L’Atelier de Joël Robuchon déchaine polémiques et passions

 
12 décembre 2016 | Par Pierre-Alain Belpaire

L’ouverture, mercredi dernier, de l’Atelier de Joël Robuchon Montréal continue de faire couler beaucoup d’encre. La venue au Québec du chef le plus étoilé de la planète a évidemment attiré journalistes et caméras et rares sont les professionnels qui remettent en doute les compétences de celui qui fut désigné « Cuisinier du siècle » en 1990.

Si l’univers de la restauration conteste et proteste, c’est principalement à cause de la décision d’installer l’Atelier au sein-même du Casino de Montréal. Et la polémique ne date pas d’hier : en avril … 2015, HRImag détaillait le futur projet montréalais du chef Robuchon et soulignait les inquiétudes que celui-ci provoquerait – inévitablement – parmi les restaurateurs de la métropole. « Comme les deniers publics financeront très certainement la présence de cette entreprise, les propriétaires de restaurants nappe blanche qui peinent déjà à attirer des clients dans le contexte économique actuel pourraient y voir une concurrence déloyale. »

Quelques semaines plus tard, dans un billet intitulé « Protectionnisme 101 », l’éditeur du magazine, Robert Dion, lançait : « Nous avons perdu une bonne occasion de faire la promotion de notre culture alimentaire et d’encourager nos cuisiniers d’ici. S’il souhaite s’attaquer au marché québécois, que M. Robuchon se batte à armes égales contre les Laprise, McMillan, Godbout, Pelletier et autres, sans être subventionné par l’État… dans un marché où le milieu gastronomique est déjà fragilisé. »

L’inauguration ultra-médiatisée de la semaine dernière a bien évidemment relancé le débat. Les flèches les plus aiguisées ont été décochées par la critique du Montreal Gazette, Lesley Chesterman, qui dénonçait une « décision de colonisés ». « Bienvenue au Québec, une province qui subsidie un chef français à grands coups de millions pour torpiller nos restaurateurs surtaxés », résumait-elle, en anglais, sur son compte Twitter. Un message rapidement partagé et commenté par des dizaines d’internautes.

Dévoilé par Eater à quelques heures de l’ouverture officielle de l’établissement, le coût de la vaisselle et de la coutellerie, commandées en Europe, ajoutait à la colère de nombreux professionnels québécois. Dans les colonnes du Devoir, David McMillan, propriétaire du Joe Beef, regrettait par exemple que « la société Loto-Québec ait investi dans un concept français plutôt que de faire la promotion des restaurateurs québécois ».

Par la voix de son vice-président, l’Association des restaurateurs du Québec dénonçait à son tour cette forme de « concurrence déloyale » pour les grandes tables montréalaises. François Meunier soulignait ensuite, toujours dans Le Devoir, que « les restaurants privés du Québec ne bénéficient d’aucune subvention pour mener à bien leur entreprise ».

Fortement sollicité, le responsable des relations publiques de la société d’État, Patrice Lavoie, rappelait, à qui voulait l’entendre, que le chef de l’Atelier, Éric Gonzalez, est Québécois et que le menu mettra à l’honneur le patrimoine culinaire local.

Sans doute bien insuffisant pour calmer les esprits.

(Crédit photo : Aurélien Godet / Atelier de Joël Robuchon)

Sur le même sujet : Joël Robuchon : « Le Québec ? Des produits de qualité, des chefs exceptionnels »

L’Atelier de Joël Robuchon , 1, avenue du Casino, Montréal :

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