L’APRQ voit le jour : « Il y avait un vide à combler »

 
10 juillet 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

Pour défendre les droits des serveurs, sommeliers, commis et autres plongeurs, David Marcheterre et Hugo Sabourin ont mis sur pied l’Association des professionnels de la restauration du Québec (APRQ). Si le concept est né voici deux ans déjà et si le logo et le nom du jeune regroupement sont apparus sur les réseaux sociaux voici quelques mois, les cofondateurs entendent aujourd’hui passer à la vitesse supérieure. Actuellement en phase de pré-adhésion, ils souhaitent procéder à un lancement officiel de leur association l’automne prochain. HRImag s’est entretenu avec David Marcheterre, président de l’APRQ.
 

HRImag : David Marcheterre, quand et comment vous est venue l’idée de fonder cette Association des professionnels de la restauration du Québec (APRQ) ?

Ça remonte à 2018, durant les débats sur le partage des pourboires. On aurait voulu entendre davantage la voix des salariés, on avait la triste impression qu’ils n’étaient pas représentés. À force de creuser, de réfléchir, de faire nos recherches, on a fini par se dire qu’il fallait fonder une association. Et on l’a enregistrée durant l’été 2018.

Deux années se sont donc écoulées entre cette décision et le lancement. Pourquoi avoir autant attendu ?

Durant ces deux ans, on a fait des études de marché, on a pris le pouls de l’industrie, on a rencontré différents acteurs, comme l’ARQ ou le CQRHT, on s’est informés sur l’économie sociale ou l’entrepreneuriat. On a surtout compris que, même si certaines associations représentaient des segments de l’industrie de la restauration, il y avait une réelle demande pour qu’une organisation rassemble tous les travailleurs.

Pourquoi, selon vous, une telle association n’existait-elle pas encore ?

Ah ça, c’est LA question qu’on se pose depuis 2018… Peut-être parce que les chefs ou les gestionnaires de restaurants sont souvent eux-mêmes d’anciens salariés, qu’ils ont l’expérience des différents postes ? Honnêtement, je ne sais pas. Beaucoup de gens ont eu l’idée et l’envie de mettre sur pied un tel regroupement, ils trouvaient eux aussi qu’il y avait un vide à combler. Mais entre avoir l’idée et la mener à terme, il y a une marge.

C’est finalement dans un contexte très particulier, celui d’une pandémie lourde de conséquences, que vous avez décidé de lancer l’APRQ. Pourquoi ?

La COVID a durement touché le marché de la restauration québécois, mais paradoxalement, ça a beaucoup fait parler de notre industrie. Comme on veut être du côté des solutions, c’était le bon moment, d’après nous.

Ces « solutions », quelles sont-elles ? Qu’allez-vous amener aux employés de la restauration ?

L’APRQ veut les représenter, leur donner une voix. On veut aussi leur offrir un soutien sur le plan psychologique, en matière juridique ou en termes d’avantages sociaux, comme des REER ou des assurances collectives. On souhaite aussi revaloriser nos métiers, redorer le blason de la restauration et sensibiliser la population aux beaux côtés de cette industrie. On est bien conscients que c’est tout un mandat, mais on est prêts !

Revaloriser les métiers, aider les travailleurs … : d’autres acteurs se sont déjà donné de telles missions, comme l’ARQ, la SCCPQ ou plus récemment la NABQ. Allez-vous être alliés ou concurrents ?

On veut se battre pour l’industrie, qu’elle soit plus forte. Pour l’heure, certains segments sont déjà bien représentés et défendus. La SCCPQ, par exemple, se concentre sur les chefs, les cuisiniers. Parfait ! Nous, on veut travailler "avec" eux et non "contre" eux. On veut s’asseoir à la même table. Ce n’est pas en divisant nos énergies qu’on rendra l’industrie plus belle.

Comment ces autres organisations ont-elles accueilli votre arrivée dans le paysage ?

Très positivement. Du côté de l’ARQ, par exemple, ils ont été très réceptifs, ils nous ont accordé beaucoup de temps et ont ouvert la porte à des collaborations futures. Les autres acteurs aussi ont vu d’un bon œil le lancement de notre association.

Qui sont les travailleurs que vous entendez représenter ?

Tous les salariés de notre industrie, à l’échelle de la province. On veut parler pour tous les métiers de la restauration professionnelle, tant en cuisine qu’en salle ou derrière les bars. Sans oublier la plonge. Oui, ça peut sembler un gros mandat, mais c’est nécessaire !

Vous insistez sur le fait que l’APRQ est une association et non un syndicat. Quelle différence y a-t-il selon vous ?

Nous, on veut faire de la représentation, offrir notre aide et nos services, mais on tient à le faire en parallèle de l’entreprise, pas au sein de celle-ci. Pour dire ça autrement : on ne veut pas s’ingérer dans les décisions de l’entreprise, on ne veut pas travailler contre les propriétaires de restaurants, contre les patrons, mais avancer à leurs côtés. C’est toute une différence !

À moyen et à long termes, quels seront les principaux chantiers et les combats prioritaires de l’APRQ ?

Je dirais l’éducation, la sensibilisation aux normes du travail et à l’application des lois. On tient aussi à offrir toujours plus de privilèges aux membres : on veut aller chercher des avantages sociaux concurrentiels, établir des partenariats d’affaires. Et, bien sûr, on veut s’asseoir avec les différents acteurs et voir, avec eux, comment améliorer les conditions de travail des employés de la restauration.

Avez-vous déjà eu des contacts avec les différents paliers de gouvernements ?

Ça aussi, ce sera sur un plus long terme, quand on aura bâti notre marché. Ce qui est important, c’est qu’on veut garder notre indépendance, ne pas être attaché aux gouvernements par un quelconque financement.

Votre budget reposera donc principalement sur les adhésions. Combien en avez-vous à ce jour ? Et combien de membres visez-vous ?

Nous sommes actuellement en phase de pré-adhésion et nous avons déjà une centaine de réponses. D’ici fin août, d’ici la fin de l’été, on espère avoir 300 inscrits. Et d’ici 2021, franchir le cap des 2000 membres.

Pour rappel, combien y a-t-il de travailleurs dans cette industrie ? Et donc de membres potentiels pour l’APRQ ?

Avant la COVID, on comptait environ 235 000 professionnels au Québec.

Comment allez-vous vous y prendre pour séduire et convaincre tous ces gens ?

Nous ne sommes heureusement pas seuls, Hugo et moi. Il y a déjà une petite équipe autour de nous. Je ne vous cacherai pas que, pour l’heure, c’est encore très montréalais et que le premier grand défi sera de sortir de Montréal. Mais il faut bien commencer quelque part. Je suis moi-même originaire de la Côte-Nord et je vous assure qu’on n’oubliera pas les régions !

Quand l’APRQ grandira, Hugo Sabourin et vous-même pensez conserver vos emplois « sur le terrain » ?

L’industrie, c’est notre passion, on ne veut pas la quitter. Pour l’instant, on bosse sur l’association en journée et dans la restauration le soir. Et puis, garder un pied dans l’industrie, c’est primordial si on veut parler en son nom, non ?

(Crédit photo : gracieuseté APRQ)

Pour suivre l’APRQ :

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