Jean-Louis Thémis

Du bonheur à la louche

30 août 2014

« Tu es tombée sous le charme toi aussi », m’a répondu d’un air entendu ma collègue quand je lui ai avoué combien j’avais trouvé agréable ce personnage coloré à qui je venais de ne parler que quelques secondes, le temps de fixer la date de notre entrevue. Eh bien, Jean-Louis Thémis, c’est cela : un distributeur de bonheur ! Cet homme encourage l’autonomie, sème littéralement l’optimisme et la liberté sur son chemin.

Par Marie-Carole Daigle

Commençons par le commencement. Jean-Louis Thémistocle Randriantiana est avant tout cuisinier. À 18 ans, l’étudiant né à Antananarivo (Madagascar) gagne une bourse de stage. Quittant son île natale pour arriver en 1972 à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), il propose ensuite aux Québécois de découvrir la cuisine malgache en ouvrant successivement trois restaurants. Parallèlement, le Montréalais d’adoption agit durant sept ans comme porte-parole de Metro Richelieu, pour faire connaître les fruits et légumes exotiques aux gourmands et gourmets du Québec. Son livre sur le sujet, publié en 1998, nous a fait apprivoiser la carambole, la chayotte et l’igname. Celui qui préfère qu’on l’appelle tout simplement « Chef Thémis » est également enseignant à l’ITHQ depuis 10 ans. J’oubliais : jouant aussi très bien de la guitare, Thémis a signé paroles et musique d’un disque intitulé D’Antananarivo à Montréal. Il donne aussi des conférences sur le bonheur et l’estime de soi… Un peu de yoga avec ça ?

Jean-Louis Thémis ne se contente pas de faire le bonheur de ceux à qui
il mitonne un plat. « Ma femme Lucie [Carrier] et moi, nous nous étions promis de bâtir un jour quelque chose de durable, se rappelle-t-il. Notre projet était un peu vague. L’année de nos 50 ans, nous avons fait le plongeon et créé notre ONG. Notre but : amener la cuisine à un autre niveau et faire des métiers culinaires un outil de lutte contre la pauvreté. » Cuisiniers sans frontières est ainsi né, en 2003.

Retour aux sources

Selon la culture malgache, un enfant du pays qui s’installe à l’étranger doit « faire valim-babena », c’est-à-dire s’acquitter d’une certaine dette morale envers son pays natal. Le couple a donc décidé que Cuisiniers sans frontières offrirait à Madagascar une formation d’apprenti cuisinier aux personnes démunies. « On donne la canne à pêche, pas le poisson », se plaît à dire Thémis.

En 2006, Chef Thémis perd sa compagne : Lucie Carrier est emportée par un cancer. Cuisiniers sans frontières poursuit néanmoins son œuvre. « Des religieuses m’ont aidé à sélectionner mes élèves, bien souvent recrutés alors qu’ils semblaient mendier. La plupart ont été embauchés quelque part tout de suite après la formation », rapporte fièrement Jean-Louis Thémis.

Cuisiniers sans frontières a ainsi assuré une présence non seulement à Madagascar, mais aussi au Bénin, au Burkina Faso et, plus récemment, à Haïti. « À Haïti, nous avons commencé dans un local minuscule, puis ça a fait boule de neige, relate le philanthrope. Il s’y fait même de l’alphabétisation ! Chaque gain est le fruit d’un effort immense, mais la récompense vaut mieux que n’importe quelle pilule ! »

En 2008, sa démarche novatrice a valu à Thémis d’être élu chef de l’année pour la région de Montréal. Et ce sera loin d’être le dernier honneur pour lui !

En ;2012, celui qui a tous les talents a publié On m’appelle Chef Thémis et j’aime ça, un recueil d’anecdotes et de recettes. En mai dernier, l’auteur a été invité à présenter la publication au Gourmand World Cookbook Awards 2014 tenu à Beijing. Il y a obtenu une autre reconnaissance : le prix « Amérique du Nord » dans la catégorie Humanitaire.

C’est clair : on a vraiment ici un cuisinier sans frontières.

www.cuisinierssansfrontieres.org

Thémis : 514 594-8192 themisjl@gmail.com

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