Hotelia 2016 : Juste une p’tite nuite chez Dédé

21 septembre 2016 - Par Pierre-Alain Belpaire

Quelque 150 professionnels de l’hôtellerie et du tourisme étaient réunis, le 15 septembre dernier, dans le flambant neuf hôtel William Gray à l’occasion de la deuxième cérémonie des Prix Hotelia. La soirée, organisée par l’Association des Hôtels du Grand Montréal (AHGM), avait pour objectif de récompenser six initiatives hôtelières et les établissements ou membres du personnel qui les ont prises. Du 20 au 28 septembre, HRImag dresse le portrait des six lauréats.

Câlisse reste donc, juste une p’tite nuite
Pis on va s’aimer, jusqu’au matin
T’es t’obligée d’partir, j’sais ben
Mais t’es pas obligée d’partir tout d’suite !

Vous avez reconnu ce morceau ? Évidemment ! Vous l’avez en tête ? Tant mieux ! « Juste une p’tite nuite », l’une des plus célèbres chansons des Colocs, a été écrite voici bientôt 25 ans. Jeudi dernier, nombreuses étaient les personnalités présentes à la cérémonie des Prix Hotelia qui fredonnaient cet air ou l’une des autres mélodies du groupe. Si l’ombre d’André Fortin planait ainsi sur la soirée, c’est que les équipes de l’HOTEL10 s’étaient vu remettre le prix Coup d’Éclat pour leur SUITE 2116, inaugurée au printemps dernier. « Le lien entre un établissement luxueux et un chanteur populaire, au sens noble du terme, n’est pas forcément évident », concède Jo-Anne Sauvé-Taylor, la directrice générale. « Cela a fait grincer certaines dents au début. Mais nous avons réussi notre pari. Et rendu le plus beau des hommages à Dédé Fortin. »

Lorsqu’elle rejoint les équipes de l’HOTEL10 voici deux ans, Jo-Anne Sauvé-Taylor planche sur les préparatifs du centenaire du bâtiment abritant cet établissement, l’édifice Godin. Plongée dans les archives, elle en ressort plusieurs images historiques ou anecdotiques et se fait un plaisir de les présenter sur les réseaux sociaux. Lorsqu’elle aborde la décennie ’90, la responsable décrit le véritable nid à artistes qu’était devenu l’endroit, grouillant de créatifs, de peintres, de poètes, de squatteurs. « Parmi les nombreux commentaires reçus, une petite note m’a interpellée. C’était Jimmy Bourgoing, l’ancien batteur des Colocs, qui me signalait bien connaître les lieux puisque c’était là qu’habitait André Fortin. Les Colocs sont nés dans notre édifice. J’étais abasourdie. »

Une rencontre est organisée. La première d’une longue série. « Jimmy était fébrile. Presque autant que moi. Il redécouvrait un bâtiment qu’il avait si souvent fréquenté. Je buvais ses paroles. J’étais privilégiée. Et je me suis dit qu’on ne pouvait pas en rester là… »

Jo-Anne Sauvé-Taylor entre en contact avec Réal Fortin, le frère de Dédé et responsable de sa succession. « Encore une rencontre extraordinaire… » Naît alors l’idée de rendre hommage au leader des Colocs en lui consacrant une suite. « Il a habité ici de 1991 à 1998. Imaginez les jams, les échanges, les soirées, les discussions ! Tout ce que ces murs ont pu voir ou entendre… », soupire la directrice générale. « À l’époque, l’adresse civique, sur la rue Saint-Laurent, c’était le 2116. Les gens qui venaient ici appelaient ça ‘la suite 2116’. Ça a tellement marqué les gars du groupe que c’est le titre qu’ils ont donné à l’album posthume, sorti quelques mois à peine après la mort tragique de Dédé. Si vous retrouvez la pochette de ce disque, vous y voyez un bâtiment : c’est l’édifice Godin. Notre hôtel. »

Jo-Anne Sauvé-Taylor recevant son prix des mains de Tommy Fafard, président de Virtuo360

Le projet prend de l’ampleur. La famille, les proches, les propriétaires de l’hôtel, les anciens collaborateurs, tous entrent dans la danse. « Je pense que ça faisait du bien à tout le monde de se rassembler et de construire autour de Dédé, sans seulement penser à son absence. »

Fin mai 2016, après d’âpres réflexions, de lourds travaux et quelques nuits blanches, la SUITE 2116, Chez Dédé ouvre ses portes. Si l’objectif initial était de rendre hommage au chanteur de l’un des groupes-phares de la scène québécoise, l’HOTEL10 décide de profiter de l’occasion pour redonner aux autres : 10 % des recettes tirées de la location de la suite seront remis à la Fondation Dédé Fortin.

Alors qu’elle devait se dérouler dans l’intimité, l’inauguration prend des proportions incroyables. La famille d’André Fortin est présente, au grand complet. On retrouve aussi des amis, des squatteurs et des artistes qui l’avaient côtoyé dans ce studio. L’émotion est à son comble. « Ce jour-là, l’un des visiteurs m’a confié que ‘Dédé aurait aimé ça’. C’est le plus beau compliment qu’on pouvait me faire ! », confie Jo-Anne Sauvé-Taylor. « Je n’étais pas ce qu’on peut appeler une fan des Colocs. Comme tout Québécois, je connaissais leurs chansons, je les avais massacrées dans ma douche ou derrière mon volant. Mais je n’aurais jamais cru qu’un jour, je serais aussi proche de Dédé. » Une proximité si forte que Jimmy Bourgoing la rebaptisera « la petite sœur des Colocs ».

Pour suivre l’HOTEL10 :

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