Événements écoresponsables

Quand la tendance devient la norme

31 août 2010 - Par Caroline Rodgers

En juin dernier, le Conseil québécois des événements écoresponsables (CQEER) et le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) ont lancé la norme en gestion responsable d’événements. Cette norme vient répondre à un besoin : établir des façons de faire uniformes pour l’industrie des événements et éviter l’utilisation abusive des termes reliés au souci de l’environnement dans la publicité faite par les organisateurs et les établissements. Cette norme risque aussi de modifier la donne pour les restaurateurs et les hôtels qui reçoivent des réunions et des congrès. Aperçu des impacts sur l’industrie.

Depuis une dizaine d’années, les groupes qui se réunissent ont commencé à se soucier de l’empreinte écologique que laissent leurs rencontres. En effet, l’industrie des réunions et des congrès génère une part importante de déchets et d’impacts environnementaux. Par exemple, si aucune mesure de réduction n’est prise, un congrès de 5 jours réunissant 2500 personnes génère environ 90 000 bouteilles d’eau, 75 000 verres à café et 87 500 serviettes de table, rapporte Meeting Strategies Worldwide.

Or, selon un sondage réalisé par le même organisme, 6 Canadiens sur 10 considèrent la préoccupation environnementale d’un hôtel lorsque vient le temps de choisir un hébergement. La tendance aux événements écoresponsables n’est pas une simple mode, elle est là pour rester. Ailleurs dans le monde, des normes pour ces événements existent déjà sous différentes formes, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni. Une norme ISO devrait même voir le jour en 2012 ou 2013.

Au Québec, déjà plusieurs établissements d’accueil et organisateurs d’événements ont senti le vent tourner et se sont lancés dans le créneau des événements verts, de façon parfois sérieuse, mais aussi quelquefois de façon improvisée. Il fallait donc définir des critères et des exigences pour qu’un événement puisse être qualifié d’écoresponsable. Fruit de cinq ans de travail, la nouvelle norme du BNQ établit désormais les principes directeurs des événements qui se tiennent au Québec.

Qu’est -ce qu’un événement responsable ?

Une gestion responsable d’événements intègre le développement durable à toutes les étapes de l’organisation d’un événement. Elle vise donc à :

  • réduire les impacts négatifs d’un événement, notamment sur l’environnement, par exemple la réduction des déchets générés, des gaz à effets de serre émis, des ressources naturelles consommées ;
  • augmenter les répercussions positives d’un événement, par exemple le commerce local et équitable, les entreprises d’insertion locale, l’accessibilité à l’événement, notamment pour les étudiants et pour les organisations sans but lucratif.

« La norme, qui oriente l’organisateur quant aux choix des fournisseurs, des moyens de transport, du matériel, des sources d’énergie et d’eau et du traitement des matières résiduelles à privilégier, prévoit notamment un programme de compensation de carbone pour minimiser les impacts environnementaux des démonstrations publiques auxquelles nous apprécions participer », explique France Levert, présidente du Réseau des femmes en environnement, un organisme associé au projet depuis son origine.

De plus en plus, les organisateurs d’événements chercheront des établissements qui leur permettront de tenir ces activités en respectant les critères de la norme, car ils voudront offrir des événements certifiés à leur clientèle. Un restaurateur ou un hôtelier a donc tout avantage à offrir les services adéquats pour répondre à cette demande. « Ils ont tout intérêt à se tenir au moins au courant pour pouvoir répondre aux questions des clients. Même s’ils n’ont pas l’intention de se certifier, ils devraient se procurer la norme et la lire pour savoir de quoi il s’agit et comment cela fonctionne », dit Caroline Voyer, directrice du Réseau des femmes en environnement et directrice du CQEER.

La norme est offerte au Bureau de normalisation du Québec et coûte 53 $. Mais quels sont les avantages d’en connaître le contenu ?

« Selon moi, cela peut devenir un avantage concurrentiel sur le marché, parce que plusieurs organisateurs d’événements commencent à avoir des politiques de développement et d’approvisionnement durables, dit Marc Belley, directeur général de Takt-etik, une entreprise d’écoconseil qui organise des événements écoresponsables et qui fait partie des fournisseurs officiels du Centre des congrès de Québec. Par exemple, la fonction publique, pour se conformer aux plans d’action du gouvernement sur le développement durable, va commencer à chercher des lieux qui lui permettent de tenir des événements respectant la norme. »

Certifié ou fournisseur ?

Comment s’assurer de ne pas manquer le bateau ? On peut d’abord devenir un fournisseur écoresponsable inscrit au répertoire officiel du CQEER. Pour en faire partie, il faut en faire la demande au comité consultatif du CQEER, lequel évalue les candidatures. Leur seul critère de sélection : déterminer si ce fournisseur permet aux organisateurs d’événements d’introduire l’écoresponsabilité à leurs pratiques.

En ce sens, un fournisseur doit démontrer qu’il a de bonnes pratiques et qu’il est soucieux de préserver l’environnement, l’humain et l’économie dans son offre de produits et de services. Il augmente ainsi ses chances d’être sélectionné par les organisateurs certifiés en démontrant qu’il est prêt à collaborer. L’inscription au répertoire est gratuite. Toutefois, il faut payer pour consulter le répertoire, et le prix varie en fonction de la taille de l’organisation.

Pourquoi une norme sur la gestion responsable d’événements ?

  • Pour favoriser la prise en compte des principes de développement durable
  • Pour permettre aux organisateurs d’événements de promouvoir leur gestion responsable
  • Pour reconnaître un cadre commun de référence
  • Pour mettre en valeur les efforts de concertation de l’industrie
  • Pour permettre au Québec de se démarquer sur les marchés nationaux et internationaux

Par ailleurs, pour un hôtelier qui collabore de très près à l’organisation d’un événement et dont l’offre de services est plus élaborée, il peut être intéressant d’obtenir la certification. De grands établissements se préparent d’ailleurs à entrer dans la danse. C’est le cas du Delta Montréal. « Nous sommes en train d’étudier la possibilité d’offrir à notre clientèle des forfaits de différents niveaux qui correspondront aux niveaux de certification, en fonction de leur intérêt et de leurs besoins », dit Sylvain Pierre, gestionnaire de comptes au Delta.

Pour certains établissements qui ont déjà fait un bon bout de chemin en matière de gestion environnementale, il ne sera pas difficile d’obtenir une certification. À l’Hôtel des Seigneurs, à Saint-Hyacinthe, on examine la question. « Nous sommes en réflexion à savoir si nous allons nous certifier ou encore nous positionner comme fournisseur de services qui peut accompagner les organisations désireuses de tenir ce genre d’événements. Nous avons déjà fait un pas en avant par rapport à bien d’autres à ce chapitre, et ce serait facile de nous certifier. Mais nous allons d’abord regarder les intérêts de notre clientèle », explique Jade Guilbert, spécialiste en environnement et en horticulture pour l’Hôtel des Seigneurs.

Un logo, cinq niveaux

« Une fois qu’un organisateur est certifié, il est autorisé à apposer un logo sur un ou plusieurs événements durant l’année qui suit. Il existe cinq niveaux de certification », dit Caroline Voyer. Il n’est donc pas nécessaire d’être parfaitement écologique à tous points de vue pour recevoir un événement écoresponsable dans son établissement ! Les différents niveaux de certification (voir encadré) permettent d’accueillir des événements écoresponsables plus ou moins élaborés et les exigences minimales des premiers niveaux sont relativement accessibles pour un établissement qui a déjà intégré au moins quelques mesures environnementales à sa gestion.

Quoi qu’il en soit, les gens de l’industrie qui fournissent des efforts importants en matière d’environnement se disent soulagés de voir apparaître la norme dans le paysage. « Pour nous, c’était frustrant de voir des organisations envoyer de la publicité basée sur les termes environnementaux et se donner une image verte, alors que d’autres le sont beaucoup plus mais n’en font pas nécessairement un outil de vente », dit Michelle Robineau, directrice des ventes et du marketing de l’Hôtel des Seigneurs.

Cinq secteurs d’exigences particulières

La norme en gestion responsable d’événements tient compte d’exigences particulières classées en cinq catégories reliées au développement durable et auxquelles est rattaché un
système de pointage. Le fait de respecter ces exigences permet d’accumuler des points pour les cinq niveaux de certification. Les voici :

  • La sélection des fournisseurs (par exemple : où est situé le siège social ? À quelle distance est-il situé ? Quelles sont ses préoccupations en matière de développement durable et de responsabilité sociale ?)
  • La gestion du matériel, de l’énergie et de l’eau (l’équipement utilisé est-il à contenu recyclé, réutilisable ou réduit à la source ? Avons-nous mis en place des mesures d’économie de l’énergie et de l’eau ?)
  • La gestion des matières résiduelles (que fait-on des surplus de nourriture, les déchets sont-ils recyclés ou compostés ?)
  • La sélection de l’alimentation (pourcentage de produits locaux, biologiques ou équitables)
  • La gestion des moyens de transport (cette mesure concerne davantage les organisateurs et peut inclure le calcul des émissions de gaz à effet de serre (GES)). Un hôtel peut toutefois offrir un programme de compensation des GES en collaboration avec un organisme spécialisé dans le domaine qui peut, par exemple, planter des arbres
    pour compenser

Dans cette édition

M’as-tu lu ?
Le Tour du proprio
Les patrons sont-ils tous des menteurs ?
SodexoMAGIC…
Moins de sel, svp !
Sur la SELlette
Alain Pénot
Justine de Valicourt
Recommandations pour augmenter votre chiffre d’affaires durant la période des fêtes…
Des protéines au menu !
La planification d’un SERVICE RÉSERVATION
Inventaires de nourriture
Ce que vous devez savoir à propos des clients qui accèdent à votre service réservation
Comment trouver un nom de plat, de produit ou d’entreprise ?



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