Eugène Tukala Vuvu : La tranquillité triomphante

17 mai 2019 - Par Pierre-Alain Belpaire

Le 7 mai dernier, le Palais des Congrès de Montréal accueillait la 15e édition des Grands prix de la relève en restauration, tourisme et hôtellerie, organisés par l’AQFORTH (Association québécoise de la formation en restauration, tourisme et hôtellerie). Partenaire de l’événement, HRImag vous propose de découvrir, durant toute cette semaine, les portraits de quelques-uns des lauréats.

« Même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais pu imaginer un tel parcours… » Quelques journées se sont écoulées depuis qu’Eugène Tukala Vuvu s’est imposé, dans la catégorie Cuisine, lors des 15e Grands prix de la relève, mais, au bout du fil, le fougueux jeune homme a encore quelques difficultés à réaliser ce que lui, « le petit gars du Congo Kinshasha », a réalisé à l’aube de ses 30 ans.

Né en République Démocratique du Congo, Eugène s’intéresse dès son plus jeune âge à la cuisine. C’est lorsque sa nombreuse famille s’installe au Congo Brazzaville voisin qu’il commence à mettre la main à la pâte. « J’étais toujours en cuisine, à observer ce qu’il s’y passait, se souvient-il. Puis un jour, on m’a demande d’éplucher tel légume, d’ouvrir et de vider une boîte, de goûter ceci ou cela… Et puis on m’a demandé de faire la cuisine et d’aller au marché. Et ça m’a plu. »

Lorsqu’à 16 ans, Eugène Tukala Vuvu atterrit au Québec, il est embauché au Domino’s Pizza. « Une job alimentaire, comme on dit, sourit-il. Dans ma seconde étape, au Montréal Poutine, j’ai rencontré un cuisinier passionné, qui m’a montré quelques techniques de base et m’a appris à bien tenir mes couteaux. C’est sans doute là que j’ai compris ce que signifiait l’amour du métier. »

Les mois et les années passent et le cuistot-en-herbe entend gravir les échelons. Embauché au Café Cherrier à 23 ans, il se voit confier de belles responsabilités. « On m’a fait commencer aux entremets, à la préparation des légumes, puis on m’a fait passer au chaud, aux viandes, on m’a nommé chef de partie puis chef de soir. Bref, on m’a fait confiance. Le chef a vu en moi un talent que je ne soupçonnais pas, que je ne connaissais pas. Je lui dois beaucoup. »

Alors qu’il évolue désormais dans les cuisines de L’Avenue (« Je voulais explorer le monde des déjeuners et des brunchs »), Eugène Tukala Vuvu sait que, pour franchir des caps, l’expérience ne suffira pas. Il veut apprendre. Il aime apprendre, précise-t-il. Son diplôme d’études professionnelles (DEP) en poche, le voilà qui s’apprête maintenant à suivre une Formation supérieure en cuisine (ASP), toujours dans les couloirs de l’ITHQ. « Je fais pas mal l’inverse des autres jeunes cuisiniers, s’amuse-t-il. J’ai eu de beaux postes, notamment au Café Chevrier, avant d’aller à l’école. On m’a parfois dit qu’avec mon expérience de terrain, je devrais pouvoir me trouver un poste de chef, sans perdre mon temps à courir derrière ces diplômes. Mais moi, je trouve ça très logique et indispensable pour m’améliorer sur les plans technique et organisationnel. »

Au fil de son parcours et des nombreuses rencontres faites, le jeune homme a également mûri son propre projet de restaurant. Dans la tête d’Eugène, le concept est devenu précis : avec sa partenaire, il en a pensé les moindres détails. Et il a suivi, comme principale ligne directrice, son envie d’en faire un établissement à son image : décontracté. « Je ne me sens pas proche de la haute gastronomie, souvent inaccessible. J’aime accueillir les gens, parler au plus grand nombre. »

Sans être définitif, le menu a, lui aussi, déjà été réfléchi. Ce devrait être, lance le chef, l’occasion parfaite de faire découvrir au public québécois ses racines congolaises. « La cuisine de mon pays natal est très variée, indique-t-il. On utilise par exemple beaucoup de feuilles (manioc, lianes, patates douces…) et des insectes. La viande est réservée aux gens qui ont un certain niveau de vie. » Mais entre feuilles et insectes, le cuisinier sait qu’il devra avancer prudemment s’il ne veut effrayer la clientèle nord-américaine, guère habituée à ces goûts et textures. « Il y aura toujours des doutes au début, c’est normal. C’est la fameuse peur de l’inconnu... », conclut-il dans un splendide éclat de rire.

(Crédit photo : Sophie Grenier Photographe / AQFORTH)

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