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17 mai 2018 - Par Robert Dion

Travailler fort, être présent et disponible, offrir des produits et un service de qualité, être parfaitement situé... Autant de facteurs et de bonnes pratiques qui vous aideront à faire de votre établissement le meilleur de votre quartier, de votre ville, de votre catégorie. Mais en 2018, est-ce assez ? J’ai eu l’occasion de voyager aux quatre coins du Québec et de visiter de nombreux restaurants et hôtels dans le monde. Partout, j’ai pu dresser le même constat : les meilleurs sont également les plus présents.

Des incitations à voter sur TripAdvisor aux achats de mots clés sur Facebook et Google, il ne suffit plus aujourd’hui, pour être populaire, d’avoir une affiche sur les babillards d’hôtels ou à l’arrière des autobus. Certains l’ont bien compris et font déjà vivre leurs réseaux sociaux, échangent sur ces plateformes avec leur clientèle, invitent blogueurs et amis influents à leurs événements. D’autres préfèrent se faire aider et ont recours aux services d’un attaché de presse ou d’une agence de communication. Peu importe la méthode choisie, la règle est la même : soyez présents !

De nos jours, servir l’assiette parfaite ou proposer une impeccable suite quatre étoiles ne suffit plus pour se démarquer. La réalité a changé. Il faut vous rendre à l’évidence : c’est celui qui crie le plus fort qui se fait entendre.



17 mai 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

Chaque semaine, la rédaction du HRImag vous fait découvrir sur son site Internet de nouveaux établissements ouvrant leurs portes aux quatre coins de la province. Quels sont les points forts et spécialités de ces nouveaux venus ?Quels éléments de design ont-ils sélectionnés pour se distinguer de la concurrence ? Quel fut le parcours du propriétaire ou de son chef exécutif ?

De fermetures d’établissements, il en est nettement moins question sur nos différentes plateformes. Rares sont les responsables à souhaiter mettre en lumière cet événement moins joyeux de leur carrière. Rares sont ceux qui invitent les médias à partager les dernières heures de vie de leur projet. Rares sont les professionnels à avoir envie de s’expliquer sur les raisons de cet échec, quelles qu’elles soient.

Les fermetures font pourtant partie de notre réalité. Chaque année, des centaines de passionnés doivent mettre la clé sous la porte. Sauf heureuse surprise, 70 % des établissements inaugurés au Québec en 2018 ne devraient plus exister en 2023.

En vous proposant un dossier complet sur les fermetures, nous ne voulions, bien entendu, pas pointer du doigt ceux qui ont été contraints de cesser leurs activités ni dresser la liste des erreurs commises. Nous souhaitions donner les clés pour préparer au mieux cette délicate étape. En espérant évidemment que vous n’aurez pas à vous en servir...



18 mai 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

« Si tu prends une marche à la fois, tu ne tomberas pas dans l’escalier... » Cette phrase, Dominic Grondin l’a entendue à maintes reprises dans la bouche de son paternel. Il en a fait son credo. Et c’est sans doute cette prudence qui lui a permis d’être à la tête, à 39 ans à peine, de 22 restaurants Subway dispersés dans la région de la Capitale-Nationale.

« Oh, je n’y serais pas arrivé tout seul ! » s’empresse-t-il d’ajouter. L’homme a en effet pu compter sur les conseils, l’expérience et le legs de son père, Réjean, qui fut en 1992 l’un des premiers franchisés Subway de Québec. C’est lui qui poussera Dominic, encore adolescent, à devenir un « artiste du sandwich ». « Il me faisait faire ce que les autres employés refusaient de faire. » C’est encore Réjean qui lui proposera, au tournant du millénaire, de s’investir davantage dans l’aventure. Et c’est lui, enfin, qui incitera ses deux fils à mettre en commun leur énergie et à reprendre son flambeau.

« C’était en 2005, se souvient l’entrepreneur. Notre père était gravement malade. Il nous a demandé de l’épauler, puis de prendre le relais. Mon frère, Pierre, a pris une année sabbatique. On n’avait jamais travaillé ensemble. Mais à notre plus grande surprise, ça a parfaitement fonctionné. »

QUALITÉ PLUTÔT QUE QUANTITÉ

Si Dominic est un comptable, un « vrai gars de chiffres », son jeune partenaire préfère le terrain et les dossiers concrets. La sauce prend : le duo se révèle particulièrement efficace. « Notre père a fini par s’en sortir et se rétablir. Avec Pierre, on a réfléchi. Et nous avons décidé de poursuivre notre coopération. Le concept de franchise nous rejoignait : nous sommes davantage des gens d’affaires que des professionnels de la restauration. »

Entre 2005 et 2015, le duo acquiert 15 établissements. En reprenant lentement mais sûrement, les six restaurants de Réjean et après avoir mis la main sur un dernier Subway, il atteint aujourd’hui l’impressionnant total de 22 adresses. « L’idée, c’est d’y aller par étapes, explique le Franchisé canadien de l’année 2006. Lorsque tu as un ou deux restaurants, tout roule. Lorsque tu arrives à 10, il faut faire une pause, souffler un bon coup et réfléchir avant de repartir. Quand tu passes le cap de la vingtaine, tu atteins un autre palier, financier cette fois. Tu dois renflouer tes coffres et analyser sereinement la situation avant de repartir. »

Bien qu’il nourrisse d’ambitieux projets, Dominic Grondin refuse de fixer un nombre maximal d’établissements qu’il souhaite détenir. « Je privilégierai toujours la qualité au détriment de la quantité », assure celui qui représente le Québec au sein du comité Marketing canadien de Subway et qui siège également au comité Gestion stratégique de la chaîne.

ESPRIT DE FAMILLE

Aux yeux de Dominic, le principal défi n’est pas de grandir mais plutôt de parvenir à imprimer la marque « Grondin » dans chacune des succursales réunies sous la bannière Gestion SubPlus. Puisque rien ne ressemble plus à un restaurant Subway qu’un autre restaurant Subway, celui qui, durant sa maîtrise en administration, s’est notamment intéressé aux stratégies favorisant la rétention d’employés, a rapidement compris qu’il faudrait se distinguer au chapitre des ressources humaines.

« On tient à créer un esprit de groupe, à apporter nos valeurs familiales, explique-t-il. On ne voulait pas être un simple numéro dans cet empire planétaire. Et apparemment, nous y sommes parvenus : lorsque des représentants de la chaîne entrent dans l’un de nos restaurants, ils affirment savoir immédiatement qu’ils sont “ chez Dom et Pierre ”, à cause de l’ambiance et de la proximité... C’est ma plus grande fierté. »



18 mai 2018 - Par Katherine Boisvert

LES CONSOMMATEURS EN RAFFOLENT, LES CHEFS ET RESTAURATEURS SONT DE PLUS EN PLUS NOMBREUX À LES PROPOSER À L’ANNÉE LONGUE. MAIS SOUS LEUR APPARENCE UN PEU BRUTES, LES CÔTES LEVÉES S’AVÈRENT ÊTRE UN PRODUIT BIEN PLUS DÉLICAT ET DIFFICILE À PRÉPARER QU’IL N’Y PARAÎT.

Grâce à une popularité croissante et rapide, ce plat est devenu le choix numéro 1 des consommateurs : lorsqu’ils optent pour le porc, environ 50 % des clients américains prennent des côtes levées le midi ; 62 % les choisissent au repas du soir (Source : BBQ Season Means Ribs-https://smithfieldfoodservice.com/bbq-season-means-ribs/).

Produit vedette du sud-est des États-Unis, les spare ribs s’y illustrent dans les restaurants, mais également lors de populaires compétitions de barbecue organisées d’un bout à l’autre du pays de l’oncle Sam. Si le Québec accuse encore un certain retard par rapport aux géants mondiaux du barbecue (Kansas, Texas, Argentine, etc.), il semble aujourd’hui prêt à donner à ces côtes levées toute l’attention qu’elles méritent.

Les clients, de plus en plus connaisseurs, de plus en plus exigeants, rêvent d’explosion de saveurs et de tendreté inégalée. La qualité de la viande, notamment, est devenue primordiale : les consommateurs veulent des viandes naturelles, sans OGM et sans ajout d’antibiotiques ou d’hormones de croissance. Lorsqu’ils sont attablés au restaurant, ils s’attendent également à déguster un produit distinctif, qu’ils seraient incapables de reproduire à la maison.

Ne prépare donc pas de bonnes côtes levées qui veut. Dans les chaînes, les clients s’attendent à un produit de grande qualité, mais également à une certaine standardisation. Pour y parvenir, les établissements devront s’assurer de posséder un équipement adéquat.

Les chefs des restaurants indépendants devront quant à eux proposer un produit encore plus savoureux, développer leur propre signature, offrir leur propre sauce ou leurs sels à frotter (dry rub) et s’assurer d’avoir un arôme de fumée qui ne soit ni trop présent ni trop subtil.

Puisque la dégustation de côtes levées s’apparente désormais à une véritable expérience, les restaurateurs ne devront surtout pas hésiter à mettre en avant les essences de bois sélectionnées, le type de fumoir utilisé ou les prix et récompenses remportés.

Fumoir ou four ?

S’ils désirent réaliser des côtes levées qui feront la renommée de leur restaurant, les professionnels devraient se procurer leur propre fumoir. Vincent Châtigny, chef et copropriétaire de Chez Biceps B.B.Q., a par exemple fait l’acquisition d’un fumoir de 980 livres qu’il a fait venir des États-Unis.

Le plus important lorsque vous achetez un fumoir, c’est de prendre votre temps : il vous faudra apprendre à gérer sa température, son humidité et les différentes espèces de bois. À coups d’essais et erreurs, vous parviendrez à maîtriser cet outil complexe.

Dans un fumoir, les côtes levées mettront de quatre à huit heures à cuire, selon la chaleur et le flot de fumée. Pour s’assurer de la qualité et de la tendreté de la viande, il est recommandé de cuire les côtes levées au jour le jour, ce qui implique de vérifier et de maîtriser vos commandes et réservations. « Il faut s’arranger pour qu’il ne reste pas de côtes en fin de service, car on ne les recuit jamais », signale Vincent Châtigny.

Les restaurants qui ne possèdent pas de fumoir peuvent utiliser un four à cuisson lente dans lequel ils feront cuire leur viande durant près de six heures. D’autres opteront plutôt pour un four combiné, aussi appelé « four polycuiseur », avec un cycle de vapeur. Ils utiliseront alors une boîte à fumer (smokerbox) dans laquelle ils ajouteront des copeaux de bois. « Je suggère alors de faire un cycle 3-2-1, explique Louis-Philippe Dupuis, chef corporatif des produits Napoleon. Trois heures de fumée suivies de deux heures de vapeur durant lesquelles les côtes levées sont enveloppées dans du papier aluminium. Puis on termine avec une heure de cuisson pendant laquelle on ajoutera de la sauce. »

Les travers de porc peuvent être bouillis, mais ce n’est pas la méthode de cuisson la plus efficace. Si cette méthode est rapide et crée une texture tendre, presque fondante, elle équivaut toutefois à transférer la saveur de la viande dans l’eau de cuisson. Mieux vaut alors faire confire la viande, dans un mélange de beurre et de cassonade, par exemple.

Marinade, saumure ou sels à frotter ?

Pour donner aux côtes levées un goût inégalé, la viande peut être marinée, saumurée, saucée... Si la tendance a longtemps été aux côtes en sauce, les mélanges de sels et d’épices à frotter ont désormais le vent en poupe. Les clients et les chefs s’ouvrent également à d’autres techniques et préparations.

  • Sels à frotter : Au Texas et dans la région de Memphis (Tennessee), la tradition veut que l’on utilise des dry rubs. C’est la méthode privilégiée par Vincent Châtigny, qui frotte ses côtes levées avec un mélange contenant 90 % de sel et 10 % de poivre, avant de les faire cuire dans un fumoir. Il badigeonne ensuite ses côtes levées avec un léger caramel à la bière et au sirop d’érable.
  • Bec sucré : Au Québec, on a tendance à aimer les côtes levées très sucrées. Pour cette raison, Louis-Philippe Dupuis prépare un mélange d’épices dans lequel on trouve beaucoup plus de sucre que de sel. Il combine par exemple une part de sel, une part de poivre, une part de paprika et une part de chili pour quatre parts de sucre. Les rôtisseries St-Hubert marinent quant à elles leurs côtes levées 12 heures et n’ajoutent de la sauce qu’en toute fin de cuisson.
  • Plus épaisse : Au Kansas, la sauce barbecue s’épaissit et devient plus sucrée. Elle est notamment faite à base de ketchup et de mélasse, ce qui la rend épaisse mais également douce et acidulée.
  • Sauce blanche : Originaire du nord de l’Alabama, la sauce barbecue blanche commence à tirer son épingle du jeu. Cette sauce se démarque, car on utilise de la mayonnaise comme base plutôt que des tomates ou du ketchup.
  • Inspirations ethniques : Même si les dry rubs et les sauces barbecue ont fait la renommée des côtes levées, les clients souhaitent aujourd’hui davantage de variétés. Une façon de donner de nouvelles saveurs aux côtes levées est de trouver l’inspiration dans les saveurs ethniques. Certains chefs américains s’inspirent ainsi des ingrédients asiatiques, comme le gochujang, ou ajoutent du gingembre, de l’huile de sésame et des piments à leurs sauces barbecue. D’autres se démarquent plutôt en utilisant des boissons gazeuses, comme le Dr Pepper, afin de créer un délicieux glaçage sur les côtes levées.

Dos, flanc et style St-Louis

Lorsqu’on parle de travers de porc, il faut nécessairement démythifier les différentes coupes. On peut utiliser les côtes levées de dos, qui proviennent de la longe, ou celles de flanc, qui proviennent de la poitrine.

  • La côte levée de dos (baby back rib) est généralement plus petite, beaucoup plus maigre et plus tendre.
  • La côte levée de flanc (spare rib) est quant à elle beaucoup plus grosse et peut peser de 1,3 à 1,4 kg. Elle est plus en chair, plus persillée et plus grasse et contient beaucoup plus de cartilage.
  • On peut transformer une côte levée de flanc pour qu’elle ressemble à une côte levée de dos en retirant la pointe et la hampe (la partie du haut) : on parle alors de côte style St-Louis. Cette coupe allie la tendreté des côtes levées de dos à la saveur des côtes levées de flanc.

Le bœuf a la cote

Durant des décennies, le porc a été le roi incontesté des côtes levées. Mais la tendance change peu à peu, grâce notamment au poids des réseaux sociaux et à l’influence de différents champions.

Un rack de côtes levées de bœuf peut peser jusqu’à deux kilos et demi et nourrir trois personnes affamées. Comme cet impressionnant morceau contient beaucoup de collagène et de graisse, il sera savoureux après de longues heures dans un fumoir.

Difficile à rater, la côte levée de bœuf s’avère toutefois coûteuse. Il peut donc être difficile d’obtenir une marge de profit intéressante en restauration.

Si les côtes levées de bœuf gagnent en popularité, d’autres types existent. Agneau, porc Yorkshire ou ibérique, voire sanglier... les variétés de côtes levées ne manquent pas, mais leur approvisionnement sera beaucoup plus difficile. « Offrir ce type de côtes levées peut toutefois permettre à un restaurant de se distinguer », assure Louis-Philippe Dupuis.

Si certains fournisseurs, comme la Boucherie F. Ménard (Montérégie), offrent des morceaux de porc crus et sans assaisonnement aux restaurateurs, d’autres entreprises se spécialisent plutôt dans les côtes levées congelées, assaisonnées ou non. Ce type de produits a l’avantage de nécessiter peu de main-d’œuvre et d’équipements, car les côtes doivent simplement être dégelées puis réchauffées. Il ne permet toutefois pas aux restaurateurs de se démarquer de la concurrence.



22 mai 2018 - Par Katherine Boisvert

RETRAITE DE YOGA, COURS DE CONDITIONNEMENT PHYSIQUE, MATÉRIEL DE FITNESS DANS LES CHAMBRES... CES DERNIÈRES ANNÉES, LE MARCHÉ DU BIEN ÊTRE S’EST INVITÉ DANS L’UNIVERS DE L’HÔTELLERIE. CERTAINES ÉTUDES DÉMONTRENT AINSI QUE 46 % DES CLIENTS DÉBARQUENT À L’HÔTEL AVEC LA FERME INTENTION DE S’ENTRAÎNER PENDANT LEUR SÉJOUR.

SI LA PRÉSENCE D’UNE SALLE DE SPORT PEUT PERMETTRE D’ATTIRER ET DE RETENIR LA CLIENTÈLE, UNE MAUVAISE EXPÉRIENCE DANS UN GYM POURRAIT ÉGALEMENT LA FAIRE FUIR. LORSQU’ON CHOISIT DE DOTER SON ÉTABLISSEMENT D’UNE SALLE DE CONDITIONNEMENT PHYSIQUE, IL Y A DONC QUELQUES RÈGLES À SUIVRE. IL FAUT AVANT TOUT OFFRIR UN LIEU AGRÉABLE, SÉCURITAIRE ET STIMULANT. IL S’AGIT ENSUITE DE DÉTERMINER LE NOMBRE D’APPAREILS NÉCESSAIRES AUX BESOINS DE SA CLIENTÈLE ET D’ACQUÉRIR UN ÉQUIPEMENT DE QUALITÉ COMMERCIALE.

Comment aménager l’espace ?

  • EMPLACEMENT DANS L’HÔTEL : Où aménager une salle de fitness pour attirer les sportifs sans déplaire aux autres clients ? La salle idéale doit être facilement accessible et ne pas se trouver dans un sous-sol sombre ou mal fenêtré. Une salle éclairée par la lumière du jour aura d’ailleurs un effet stimulant sur les sportifs. Il faudra aussi éviter de l’installer au-dessus de chambres, car son utilisation à toute heure du jour et le bruit de certains appareils pourraient déranger la clientèle.
  • ESPACE AÉRÉ : Les lieux doivent être aérés de manière à assurer le confort des utilisateurs. De l’espace sera prévu pour ranger les poids libres, ballons et élastiques. L’espace entre les appareils devra être bien évalué afin d’éviter tout risque de blessure.
  • VESTIAIRE ET DOUCHES : Si la présence d’un vestiaire ou d’une douche peut être un excellent choix, elle n’est pas essentielle. Bien des hôteliers reconnaissent que la clientèle retournera à sa chambre pour se doucher et se changer. À moins de vouloir ouvrir la salle de conditionnement physique aux gens de l’extérieur, miser sur les vestiaires n’est donc pas une priorité. L’installation d’une fontaine d’eau et des serviettes est toutefois recommandé.
  • SPA ET PISCINE : Pour les hôtels possédant un spa, des bains nordiques ou une piscine, l’aménagement de la salle de fitness juste à côté de ces installations permettra à la clientèle de profiter des vestiaires ou de terminer son entraînement par un moment de détente. À l’Estérel Resort, par exemple, la clientèle a accès aux douches des vestiaires d’Amerispa, situé à quelques pas du gym.

Une salle de sport, mais à quel prix ?

Combien coûte une salle de conditionnement physique en milieu hôtelier ? Tout dépend des dimensions de la salle, du nombre d’appareils choisis et de la qualité de ceux-ci. Daniel Séguin, directeur des ventes Ville de Québec et Est pour STAK Fitness- Matrix Canada, estime que certains hôtels s’en sortiront avec un budget de 10 000 $ alors que d’autres investiront jusqu’à 8 0000 $.

La présence de douches et de vestiaires augmente considérablement les coûts. Les appareils de cardio (tapis roulants et elliptiques, par exemple) peuvent également se révéler très onéreux, surtout s’ils sont munis de technologies avancées, comme une télé intégrée.

  • Tapis roulant : C’est l’appareil cardiovasculaire le plus coûteux et celui qui requiert le plus de maintenance (inspection annuelle, changement des courroies, graissage, nettoyage). Si son prix oscille entre 3 500 $ et 9 000 $, cet appareil reste un essentiel. Si vous devez vous limiter à cinq ou six appareils de cardio, vous devriez opter pour deux tapis roulants, car c’est l’appareil le plus recherché, soulignent les hôteliers et professionnels consultés.
  • Vélos : Économiques, les vélos stationnaires sont simples d’utilisation et très appréciés des sportifs. Abordable, ce vélo pourra en outre être utilisé par une majorité de clients. Moins confortable, le vélo spinning reste malgré tout économique et pratique. Vous trouverez des vélos commerciaux à partir de 2 000 $.
  • Elliptique et rameur : La présence d’un ou deux exerciseurs elliptiques devrait permettre de satisfaire votre clientèle. Le rameur pourrait également être un excellent choix, car il est abordable et il offre un entraînement cardiovasculaire court, mais efficace, qui stimule l’ensemble du corps.
  • Appareil à poulies doubles ajustables (Functional Trainer) : Compact et simple d’utilisation, cet appareil se prête à une variété d’exercices. C’est un choix intéressant lorsqu’on souhaite proposer un appareil de musculation.
  • Entraînement fonctionnel (TRX) : Le TRX est un appareil formé de courroies ajustables suspendues à une structure. C’est un outil de travail fonctionnel qui permet de travailler les muscles stabilisateurs et qui améliore la flexibilité, la force, l’endurance et le cardio.

Le nombre d’appareils sera déterminé par les dimensions et l’utilisation de la salle de fitness. Certains hôtels, comme l’Entourage sur-le-Lac, optent ainsi pour une salle de gym traditionnelle, dotée de nombreux appareils, offrant en outre un abonnement annuel, des cours en groupe et un entraîneur personnel.

Le directeur des ventes de STAK Fitness recommande d’opter pour des équipements de qualité commerciale qui pourront répondre à une utilisation de six à huit heures par jour, et ce, peu importe la taille de la salle.

Du côté musculation, si le budget et l’espace le permettent, un appareil à poulies doubles ajustables est une option judicieuse, tout comme le TRX. Mais une majorité d’hôtels choisiront plutôt d’installer quelques ballons et tapis ainsi qu’une station de poids libres. Daniel Séguin conseille de se munir d’une seule paire par poids et de se limiter à des poids entre 5 et 50 livres.

L’Hôtel ALT Québec a créé un gym parce que sa clientèle d’entreprise exigeait un endroit pour s’entraîner. Certains clients ont même avoué qu’ils choisissaient l’hôtel pour une nuit, mais préféraient s’installer chez un concurrent à l’occasion de séjours plus longs... car ils ne pouvaient se passer d’entraînement ! « C’était une donnée qui m’avait échappé », reconnaît le directeur général de l’hôtel, Étienne Breault.

Cet établissement du Groupe Germain s’est donc muni d’une salle de conditionnement physique en 2017. « La création d’un gym nous a permis de récupérer des clients, se félicite Étienne Breault. À moyen terme, c’est un investissement très rentable. »

Transport, installation, réparation

Lors de la mise en place d’une salle de conditionnement physique, mieux vaut faire appel à une compagnie qui pourra vous assurer le soutien d’un technicien ou d’un représentant local. Il faudra notamment penser au service après-vente. Aurez- vous accès rapidement à un service de maintenance ou de réparation ? N’oubliez jamais que si vous ne possédez qu’un seul tapis roulant, vous ne pourrez pas vous permettre que ce dernier soit défectueux ou en panne durant un mois !

Certaines compagnies offrent également des services de livraison et d’installation clé en main. Selon l’importance de la salle de fitness et le nombre d’appareils, l’installation pourra prendre de quelques heures à une journée.

L’entraînement en résidence

De plus en plus de retraités optent pour des activités sportives comme la relaxation, la méditation, le yoga ou le tai-chi. Ils sont aussi toujours plus nombreux à utiliser les salles de conditionnement physique dotées d’appareils cardiovasculaires de haute technologie.

Pour développer leurs salles de sport, les responsables du Groupe Maurice ont basé leurs choix sur les conseils d’un ergothérapeute. Ils ont également sélectionné leurs appareils en fonction des préférences des usagers et des expériences vécues dans les autres résidences du Groupe. Leurs salles de conditionnement physique sont ainsi munies de tapis roulants, de vélos stationnaires, d’un appareil à poulies doubles ajustables, de ballons d’exercices et de poids libres.

Le Groupe Maurice propose, dans toutes ses résidences, des salles d’exercices bien éclairées offrant une vue sur l’extérieur. Des vestiaires avec douches ont été aménagés à l’entrée de ces salles.

Le kinésiologue Simon Trudel conseille de choisir des appareils qui demandent le moins de réglages possible. Il suggère de miser sur des ballons d’entraînement, des tapis de yoga et des tapis de sol, des bandes élastiques et des steps d’entraînement. Il recommande aussi fortement la présence d’un kinésiologue ou autre entraîneur qui pourra superviser les usagers et leur proposer de nouvelles méthodes d’entraînement.

Source : Hotel Brand Standards : How to Pick the Right Amenities for Your Property, https://sha.cornell.edu/faculty-research/centers-institutes/chr/research-publications/ documents/chekitan-dev-hotel-amenities.pdf



22 mai 2018 - Par Alexandra Duchaine

SELON UNE ÉTUDE MENÉE PAR L’ORGANISME GOUVERNEMENTAL RECYC-QUÉBEC EN 2016, À PEINE LA MOITIÉ DES PATRONS DES INDUSTRIES, COMMERCES ET INSTITUTIONS DE LA PROVINCE (ICI) CONSIDÈRENT QU’UNE SAINE GESTION DES MATIÈRES RÉSIDUELLES EST RENTABLE SUR LE PLAN FINANCIER. SI LES OPINIONS DIVERGENT, C’EST QUE LES RETOMBÉES ÉCONOMIQUES DU TRI VARIENT ÉNORMÉMENT D’UNE MUNICIPALITÉ À L’AUTRE.

Le conteneur à déchets placé à l’arrière de la pizzeria gastronomique Chic Alors ! est bien petit. Sa modeste dimension ne pose toutefois pas problème, puisque presque rien n’y est jeté. Croûtes de pizza, restes de pâtes, serviettes souillées, cannettes vides : 98,5 % des résidus générés par le restaurant sont recyclés ou compostés.

Le propriétaire de l’établissement, Hugues Philippin, économise 18 000 $ en frais de collecte d’ordures chaque année. Si ses économies sont aussi impressionnantes, c’est que son commerce est situé à Québec, une ville où l’enlèvement des ordures est très coûteux pour les entreprises et les institutions (au-delà de 220 $/tonne) par rapport à celui, moins cher, des matières recyclables et organiques.

Pour les gestionnaires des ICI de la Capitale-Nationale, réclamer le transport de lourdes quantités de détritus plusieurs fois par mois n’est pas rentable, puisque la municipalité facture au poids et au nombre de levées. « En sortant de la poubelle tout ce qui peut être ramassé gratuitement ou à moindre coût, on évite des dépenses inutiles », résume Hugues Philippin.

Du cas par cas

Dans d’autres municipalités du Québec, le calcul est beaucoup moins évident. « À Montréal, par exemple, les tarifs d’enfouissement sont très bas, ce qui rend les options de récupération moins avantageuses », explique l’expert-conseil en gestion de matières résiduelles Mathieu Painchaud-April, qui dirige l’un des bureaux de la firme Chamard stratégies environnementales. Dans plusieurs régions, le coût du recyclage et du compostage est similaire, voire supérieur à celui de l’enfouissement.

L’enseignant à l’École de tourisme, d’hôtellerie et de restauration de Mérici Christian Latour et Mathieu Painchaud-April s’accordent sur un point : il n’existe aucune règle d’or dictant la rentabilité d’une gestion résiduelle écoresponsable. « Dans une même agglomération urbaine, sur une même avenue, les structures de coûts sont multiples, et les services offerts diffèrent, rappelle le premier. À Montréal, rue Sainte-Catherine, les mêmes pratiques environnementales entraînent des gains dissemblables d’ouest en est », ajoute-t-il.

Plus rentable, partout

De plus en plus de municipalités cherchent à encourager le tri en entreprise et en institution en y associant des incitatifs financiers. Comme Québec, elles proposent un service de recyclage gratuit ou récompensent les bonnes conduites. C’est notamment le cas de Rimouski et de la MRC du Rocher-Percé, où les gestionnaires ont tout à gagner à arborer une poubelle à moitié vide, puisqu’ils sont facturés en fonction de la pesée réelle de leurs ordures et non au conteneur.

« Après s’être appliqués à la promotion de comportements écoresponsables auprès de leurs citoyens, les décideurs municipaux s’attaquent désormais au secteur privé et institutionnel, indique Mathieu Painchaud-April. Ce qu’ils leur disent, c’est qu’ils ont tout intérêt économiquement à récupérer et à composter », affirme-t-il.

Une tendance qu’observe Recyc-Québec, qui souligne, dans son dernier bilan publié en 2015, qu’un « nombre toujours plus significatif » de villes récupèrent les matières organiques de leurs ICI, bien qu’elles soient à ce jour encore peu à le faire. L’organisme ignore cependant leur proportion exacte. Dans le tiers des municipalités québécoises, le service est offert aux citoyens.

Au fil des ans, la réduction de l’empreinte environnementale sera plus rentable partout dans la province. En attendant, les directions organisationnelles innovent. Elles s’ingénient à trouver des moyens d’augmenter leur rendement, malgré les services peu avantageux parfois à leur portée.

Solutions économiques

L’hôtel Le Saint-Sulpice, luxueux édifice en plein cœur du Vieux- Montréal, s’est muni d’un compacteur à cartons pour réduire ses dépenses liées au recyclage, qui doit être effectué par le privé. Cet investissement de 7 000 $ sera remboursé en moins de trois ans, car l’appareil permet au directeur général, Yanick Beaulieu, de commander jusqu’à 30 % moins de levées. « Avant, nos bacs à recyclage débordaient, nous étions obligés de mettre du carton à la poubelle », se remémore-t-il, révélant du même coup qu’il conserve davantage d’argent dans ses coffres en allégeant sa boîte à ordures.

À l’Auberge de la rivière Saguenay, à La Baie, les déchets étaient ramassés chaque semaine avant que Pauline Gagnon ne prenne possession de l’établissement, il y 16 ans. Aujourd’hui, les camions passent quatre fois par année, maximum. Chaque mois, plus de 500 $ restent ainsi dans les poches de l’établissement.

La Baleriveraine a horreur de jeter. Elle transforme tout ce qu’elle peut en engrais, qu’elle utilise dans ses platebandes, car sa municipalité ne ramasse pas les résidus biodégradables. Ses surplus, elle les donne à une employée qui possède un « immense potager ». Les cannettes de bière ou de boisson gazeuse et les savonnettes utilisées sur place sont récupérées par la Maison d’accueil pour sans-abri de Chicoutimi. Les os des morceaux de viande sont donnés aux chiens du voisinage. Les carcasses de volaille sont même soigneusement triées, afin que les bêtes ne s’étouffent pas avec de trop petits morceaux. Les sacs de pain vides sont réemployés pour protéger les légumes, et les serviettes de table restées propres servent à nettoyer d’éventuels accidents.

Conscience environnementale

Par-dessus tout, l’aubergiste Pauline Gagnon essaie de réduire à la source. En salle à manger, son personnel questionne les clients pour éviter le gaspillage. « On demande tout ce qu’on peut : s’ils veulent du pain, une tomate et de la salade dans leur plat, on le sait. Les assiettes et les portions sont faites sur mesure », raconte fièrement celle qui aimerait pouvoir tout acheter en vrac.

Ces comportements, la propriétaire les adopte surtout par conviction, par souci de protéger la planète. Elle est bien consciente qu’ils rapportent peu. « Vu tout le temps de formation et l’énergie qu’on y consacre... », avoue-t-elle en riant, sans terminer sa phrase.

Christian Latour le reconnaît : l’écoresponsabilité a un prix. Pour bien gérer ses matières résiduelles, il faut investir dans le coaching des employés, l’achat ou la location de bacs, les services de transport, l’affichage et même les conseils d’experts. « L’adoption de bonnes pratiques ne sera rentable que si notre clientèle est sensible au respect de l’environnement », avance le spécialiste. Après les entreprises, les institutions et les municipalités, c’est au tour des consommateurs d’assumer leur part de responsabilités.



24 mai 2018 - Par Stéphanie Fissette

Cette demande de congé peut paraître plutôt anodine. Pourtant, que vous autorisiez ou non l’absence, bien d’autres facteurs influenceront la satisfaction du travailleur.

Les recherches ont démontré que la qualité de la relation supérieur-employé est fortement liée à l’engagement et à la fidélisation chez les travailleurs. Donc, sous des apparences banales, cette demande de congé est un véritable « moment de vérité » dans la relation de supervision.

DONNER CONGÉ POUR FIDÉLISER

L’octroi de congé est un exercice plus complexe qu’il n’y paraît. C’est une décision délicate qui peut se révéler déterminante. Une réaction inappropriée du gestionnaire peut mener à une démission ou — pire — à une perte de motivation. C’est d’autant plus vrai chez les nouveaux employés, avec lesquels il n’y a pas encore de lien de confiance.

Prenons donc quelques instants pour mieux comprendre ce que recherchent vraiment les employés dans cette situation.

FAIRE TOUT EN SON POUVOIR

Les employés souhaitent une relation de réciprocité ou, si vous préférez, du « donnant-donnant ». L’octroi d’une journée de congé personnel est une excellente occasion de reconnaître le travail et l’engagement. Sachez que cet échange fonctionne aussi à double sens : les employés satisfaits seront plus enclins à consentir un renvoi d’ascenseur lorsque vous en aurez besoin.

Au-delà de la réponse, les salariés sont particulièrement attentifs aux efforts sincères que mettra le supérieur pour les soutenir. L’intention est donc très importante.

TRAITER ÉQUITABLEMENT

Évidemment, certaines contraintes, notamment en contexte syndiqué, peuvent influencer la décision du gestionnaire. Les salariés sont capables de comprendre les règles du jeu et, lorsque celles-ci sont expliquées clairement, il y a beaucoup moins de risques qu’ils se sentent traités injustement.

Comme supérieur, vous devez vous assurer de maîtriser tous les aspects législatifs associés à votre décision. Idéalement, vous devez connaître votre convention collective ou votre politique de congé sur le bout des doigts. Révisez aussi régulièrement les normes du travail (www.cnt.gouv.qc.ca). Rappelez-vous que les employés ont des droits lorsqu’il s’agit de prendre soin d’enfants malades ou advenant le décès d’un proche. Soyez ouverts et attentifs aux demandes d’accommodements religieux et n’hésitez pas à solliciter des conseils auprès de spécialistes.

Peu importe la nature de la demande, assurez-vous d’être intègres et transparents. Lorsqu’il s’agit d’une demande de congé personnel, évitez de porter un jugement de valeur sur l’objet du congé. La demande d’un employé qui veut aller voir un spectacle rock est tout aussi légitime que celle d’un autre qui a obtenu des billets pour un tournoi de tennis.

DE LA MODERNITÉ

Les employés ont aujourd’hui accès à une panoplie d’outils technologiques qui permettent de faire des transactions en un clin d’œil. Il peut être difficile de comprendre que l’octroi d’un congé puisse susciter un casse-tête administratif.

Peut-être serait-il temps d’investir dans un logiciel de gestion des horaires ? Plusieurs outils de nouvelle génération sont maintenant offerts sur le marché et peuvent permettre, par exemple, de sonder rapidement des remplaçants potentiels.

UN PATRON QUI COMPREND...

... qu’il y a une vie à l’extérieur du travail ! Les employés, particulièrement les milléniaux, tiennent à concilier travail et vie personnelle. Votre organisation doit donc créer un environnement favorable à ce que chacun puisse trouver cet équilibre. À cet effet, de plus en plus d’organisations autorisent leurs employés à prendre des vacances même en haute saison. Il est parfois préférable d’embaucher et de former quelques personnes supplémentaires, ce qui allège les horaires et attire plus d’employés.

Sachez que le patron fait aussi figure de modèle en matière de conciliation : il est très embarrassant de demander une autorisation d’absence à un bourreau de travail. Ici, le trop grand dévouement d’un gestionnaire pourrait éloigner son équipe plutôt que l’inspirer.

UNE RÉACTION APPROPRIÉE

Les demandes de congé sont parfois faites de manière maladroite. Si l’employé choisit le mauvais moment, il y a fort à parier que la réponse spontanée du gestionnaire pourrait être assez incisive. Afin de pouvoir prendre un peu de recul, certains patrons au caractère plus bouillonnant préfèrent recevoir les demandes par écrit.

REPOUSSER LA DEMANDE, PAS L’EMPLOYÉ

Malgré tout, le gestionnaire devra souvent annoncer un refus. Dans ce cas, nul besoin de se sentir coupable. Un mot d’ordre : empathie. Il ne suffit pas de dire que l’on est désolé, il faut l’être réellement ! L’important est d’établir le dialogue ; vous pourrez ainsi mieux expliquer les contraintes menant à votre décision, et l’employé sera à même de comprendre que vous vous préoccupez vraiment de son bien-être.

ON NE QUITTE PAS UNE ORGANISATION, ON QUITTE UN PATRON

La qualité de votre relation est déterminante pour l’engagement des salariés et la bonne suite des choses. Donc, patron, je peux prendre congé vendredi ?



25 mai 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

« J’ai le cœur qui lève, la gorge qui se serre. C’est mon bébé que je suis en train de perdre. Mon rêve qui se brise. » Au bout du fil, Olivier Tali peine à contenir ses émotions. Nous sommes le vendredi 30 mars 2018. Deux jours plus tard, par un venteux dimanche de Pâques, l’homme fermera officiellement Le Cheval de Jade, son établissement inauguré en 1999 au cœur du village de Mont Tremblant. « On ne fera rien de particulier : pour les clients, ce sera un jour comme les autres. On ne veut pas organiser de cérémonie ou d’événement spécial. La fête, on la planifiait pour le 20e anniversaire du restaurant. » Elle n’aura finalement jamais lieu...

Comme les responsables du Cheval de Jade, des centaines de restaurateurs québécois mettent, chaque année, la clé sous la porte. Difficile toutefois d’avancer un nombre exact et à jour. S’il existe peu de données, c’est tout simplement parce que les propriétaires qui décident de fermer, exception faite de ceux qui déclarent faillite, n’ont pas à le signaler à un organisme public, explique l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ).

Les plus récentes données officielles disponibles datent donc de... 2008. À l’époque, un rapport émis par le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation soulignait que, dans le secteur de l’hébergement et de la restauration, le taux de survie des entreprises était de 43,6 % après trois ans, de 29,6 % au bout de cinq ans et d’à peine 15,3 % au terme de neuf années d’exploitation. Pour expliquer ces inquiétants résultats, les experts gouvernementaux pointaient, déjà, la forte concurrence dans l’industrie et le nombre élevé de nouveaux intervenants.

Soucieux de « rafraîchir ces données », François Pageau, professeur à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), décidait, plus récemment, d’effectuer quelques savants calculs. « Et les résultats n’ont pas manqué de m’étonner », confie-t-il. Selon lui, entre le 31 décembre 2012 et le 31 décembre 2014, pas moins de 7 130 restaurants ont fermé leurs portes à l’échelle de la province. « Au total, sur deux ans, ces fermetures ont touché le tiers (33 %) des établissements existants à la fin de 2012 », analysait-il dans un dossier publié dans nos pages (Pageau F. Restauration au Québec - Évolution étonnante du nombre d’établissements de restauration au Québec. HRImag Printemps 2016 ; 20(1) p. 26.)

Lourd silence

Au Québec, les fermetures sont donc malheureusement monnaie courante. Et pas une semaine ne s’écoule sans qu’un autre professionnel n’annonce son intention de prochainement cesser ses activités. Pourtant, lorsque vient le moment d’en discuter, les principaux intéressés se font discrets. Dans le cadre de ce dossier, nous avons par exemple contacté, à plusieurs reprises et par divers moyens, 13 restaurateurs concernés par une récente fermeture. Seuls trois d’entre eux ont donné suite à nos appels et courriels. L’un d’eux a toutefois insisté pour que son anonymat soit préservé.

« Il faut me comprendre : ce n’est pas ma plus grande fierté, souligne le quadragénaire. On se donne une image de bon vivant souriant, on présente nos plats colorés sur Facebook et Instagram, on organise des soirées, des anniversaires, des événements. Rien que du positif. On paraît intouchable. On se croit intouchable. Et puis soudain, hop !, tout est fini. La chute est douloureuse. Et même après plusieurs mois, ce n’est pas forcément simple d’en parler... »

Si le silence entourant ces fermetures n’est, bien évidemment, pas propre à l’industrie de la restauration, il semble tout de même plus pesant que dans d’autres secteurs. Sans doute, soulignent certains intervenants, est-ce dû à l’intense implication émotionnelle des différents acteurs dans leur projet professionnel. « Dans bien des cas, les chefs, les restaurateurs, les propriétaires s’identifient à leur entreprise, souligne Francis Gosselin, président de FG8 (conseil en stratégie et recherche économique) et cofondateur du populaire FailCamp. L’attachement qu’ils vouent à leur restaurant est profond, presque intime. »

Plusieurs raisons, plusieurs formes

En 2010, une implosion d’égouts force Sébastien Chamberland à mettre un terme à l’aventure Ayumi Sushi. L’incident survenu dans le sous-sol de son restaurant installé sur les hauteurs de Lévis n’étant pas couvert par les assurances, l’homme doit se résoudre à fermer. « La bâtisse m’appartenait, les affaires marchaient bien : même si nous n’en étions qu’à notre première année, il ne nous manquait pas grand-chose pour atteindre la rentabilité », raconte, serein, l’entrepreneur.

Quelques années plus tard, il est cette fois contraint de vendre son Bourbon Café, étranglé par les hausses de loyer imposées par le propriétaire de l’immeuble du chemin Sainte- Foy, à Québec. « Entre 2005 et 2013, mon chiffre d’affaires avait toujours augmenté ; la qualité était là, la clientèle aussi, se souvient Sébastien Chamberland. Mais en 2014, du jour au lendemain, à cause d’une décision extérieure, j’ai vu mes revenus fondre et mon loyer exploser. Mon choix a été rapidement fait, à défaut d’être facile. »

Concurrence trop féroce, augmentation des loyers ou du prix des matières premières, départ à la retraite, envie d’autres défis, besoin urgent de récupérer un capital, rénovations d’envergure... les raisons pouvant pousser un restaurateur à fermer son établissement sont multiples. Si le traitement d’une faillite est scrupuleusement réglementé, les autres types de fermetures sont bien moins encadrés, et le professionnel pourrait avoir l’impression de se retrouver quelque peu isolé dans ces instants souvent peu réjouissants.

Garder la maîtrise

Peu importe la forme qu’elle prendra ou la raison qui y mène, une fermeture se prépare et se planifie. En plus de penser au remboursement d’éventuelles dettes et à la vente ou à la location des lieux, des meubles et des équipements, le restaurateur devra, en priorité, s’inquiéter de l’avenir des membres de son personnel et les aider à prévoir la suite de leur carrière. « C’était, à mes yeux, le défi le plus important, confie Olivier Tali. Je devais prendre soin d’eux, les garder motivés jusqu’à la dernière journée, tout en sachant très bien qu’ils cherchaient ailleurs. »

Afin de rester maître de ce qui lui arrive, le gestionnaire d’établissement dressera, très tôt, la liste des démarches administratives et juridiques qu’il devra entreprendre. Pour faciliter les choses, il calculera et définira au préalable la date idéale pour fermer boutique. Il apparaît ainsi judicieux de suspendre ses activités à la fin de la haute saison, notamment dans le cas d’établissements installés en région.

Une fois la décision prise et annoncée aux équipes et partenaires, nombreux sont ceux qui décident d’avertir leur clientèle. « Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas une étape obligée, nuance François Pageau. Si vous fermez pour d’autres projets, d’autres défis, prévenez vos clients, expliquez-leur les motifs de la fermeture. Mais si vous n’avez rien à annoncer, si les raisons de la cessation ne sont pas heureuses, il n’y a aucun intérêt d’en aviser le public ou de s’épancher dans les médias. »

Et après ?

Quelle que soit sa nature ou son origine, se relever d’une fermeture de restaurant peut s’avérer délicat. Outre les inévitables questions matérielles ou financières, l’impact psychologique de l’événement n’est pas à sous-estimer. « Il est important de marquer une pause, indique Francis Gosselin. Pour certains, une semaine suffira tandis que d’autres auront besoin de quelques mois. Mais il faut prendre le temps de souffler, de réfléchir, aussi. »

Entrepreneurs dans l’âme, beaucoup de restaurateurs décideront, après une fermeture, de retenter le coup, de reprendre le chemin des cuisines, de se lancer dans une nouvelle aventure, persuadés d’avoir appris durant ces semaines et mois parfois plus compliqués.

Olivier Tali, lui, a préféré prendre un autre chemin et mettre son énergie et son expérience au service des professionnels des HRI. En contactant notamment le député du coin, en alertant les membres du chapitre régional de la Société des chefs, cuisiniers et pâtissiers du Québec (SCCPQ) qu’il dirige, il espère pouvoir faire avancer les débats sur la situation « plus que délicate » dans laquelle se trouve la restauration québécoise.

« Je veux tout faire pour aider mes collègues. C’est mon nouveau combat, glisse le chef. Je suis triste d’avoir été amené à fermer, certes, mais je reste persuadé que c’est le plus beau métier du monde. Et malgré ce qui m’arrive, si un jeune devait venir me voir avec des rêves plein la tête et des étoiles dans les yeux, je lui dirais de foncer. »



29 mai 2018 - Par François Pageau

DANS L’ENSEMBLE, EN 2017, L’INDUSTRIE DE LA RESTAURATION QUÉBÉCOISE A SEMBLÉ PROFITER DE LA CROISSANCE ÉCONOMIQUE ET ELLE AFFICHE DES GAINS. CETTE PROGRESSION DEVRAIT CONTINUER EN 2018 À UN RYTHME PLUS FAIBLE.

L’INDUSTRIE QUÉBÉCOISE DE LA RESTAURATION EN QUELQUES CHIFFRES :

  • 22 500 restaurants
  • 15,9 milliards de ventes
  • 280 600 emplois directs
  • 64 000 emplois indirects
  • 1 emploi sur 5 occupé par un jeune de moins de 25 ans

L’industrie de la restauration est directement stimulée par le dynamisme économique de la province.

Bien que l’industrie ait progressé par le passé malgré les récessions, elle bénéficie actuellement d’un élan fort et soutenu.

À ce rythme, les ventes en restauration commerciale devraient atteindre les 15 milliards de dollars en 2020 et pouvoir supporter l’ajout net d’au maximum 2 000 restaurants dans l’ensemble du territoire.
— F. Pageau

L’inflation des prix des menus a atteint 2,5 % en 2017, dans la foulée d’une hausse précédente de 2,0 % en 2016. Ajustée selon le taux d’inflation des menus, la hausse réelle des ventes du secteur commercial est de 4,4 %, comparativement à une croissance canadienne de 2,5 %.

Cette hausse des prix des menus est sans doute un facteur clé de la rentabilité des restaurants. Entraînés par la hausse des coûts en main-d’œuvre, des matières premières et surtout des loyers, les prix doivent refléter les coûts réels afin de dégager une marge suffisante pour réaliser un profit.
— F. Pageau

Les restaurants à service restreint se sont démarqués au Québec en 2017 en affichant la hausse des ventes la plus importante au pays, signe que la demande penche de plus en plus vers ce type de restauration.
— F. Pageau

Restaurants à service complet

Après trois années de modestes gains en 2013, en 2014 et en 2015, les restaurants à service complet ont démontré une forte croissance de leurs ventes pour une seconde année consécutive en 2016 et en 2017, et ce, malgré une baisse du nombre d’établissements. Ces hausses des ventes ont été favorisées par la hausse du revenu disponible des ménages et un achalandage touristique record au Québec.

Restaurants à service restreint

L’intérêt des consommateurs pour les restaurants à service restreint se maintient toujours puisque les ventes ont crû de 8,0 % en 2017, ce qui représente la plus forte croissance dans ce secteur depuis 2005. La moyenne de croissance annuelle des trois dernières années est de 7,4 % dans ce seul secteur, ce qui en fait la plus forte de tous les secteurs de l’industrie de la restauration québécoise. Attirés par l’aspect pratique et le rapport qualité/prix, notamment pour les petits déjeuners, les clients procurent un achandage élevé à ce type de restaurants. L’année 2017 a été marquée par une hausse du nombre de chaînes de restaurants et d’établissements dans ce segment de marché, ce qui n’a pas été le cas du côté des restaurants à service complet.

Traiteurs

Après une hausse anémique de 2,4 % en 2016, les traiteurs du Québec ont enregistré une hausse de leurs ventes de 11,4 % en 2017, tandis que, dans le reste du Canada, l’année 2017 a été difficile pour ce segment.

Bars et débits de boisson

Il en est tout autrement dans le segment des bars et débits de boisson qui, après une forte hausse de ses ventes en 2016 (12,2 %), a enregistré une très faible baisse de 2,3 % en 2017. Durant les 17 dernières années, ce segment a subi plusieurs pressions en raison des changements de comportements des consommateurs, de la loi sur le tabagisme et de la hausse du prix du vin, de la bière et des spiritueux. Le nombre d’établissements a chuté, passant de 4 628 en 2000 à 2 162 en 2017.

Nombre de restaurants

Au Québec, le nombre de restaurants a diminué à 22 516 en 2017, soit 100 de moins qu’en 2016. Depuis 2009, le nombre de restaurants à service restreint ne cesse d’augmenter, affichant 14,8 % de croissance pour la période de 2009 à 2017, comparativement à une baisse de 3,4 % du côté des restaurants à service complet.

Selon la firme TD Economics, l’économie québécoise devrait ralentir et atteindre un taux de croissance de 2,3 % en 2018, égal à la moyenne des provinces canadiennes. Restaurants Canada prédit une croissance des ventes de 4,2 % en 2018 en raison des revenus disponibles plus élevés des ménages, de la création soutenue d’emplois et d’une économie saine, trois facteurs qui favorisent les dépenses au restaurant.

Un bémol toutefois : le vieillissement de la population devrait nuire à cet élan et possiblement ralentir les ventes des restaurants du Québec.

Le nombre de restaurants n’est pas un enjeu critique, car le nombre de permis ne tient pas compte du nombre de sièges, du type de restaurant et de leur emplacement. Cette donnée ne reflète pas réellement la situation de l’industrie.

Ce qui semble plus problématique, c’est le revenu moyen par établissement, qui stagne sous la barre des 600 000 $. Ce niveau anémique des ventes par établissement complique l’atteinte de la rentabilité et la création d’économies d’échelle.

Dans un contexte de rareté de main-d’œuvre en cuisine, il est probable, et souhaitable, que les restaurants tentent d’augmenter leurs revenus moyens de différentes manières.
— F. Pageau

La productivité des travailleurs des secteurs restauration et hébergement s’est accrue au Québec, s’élevant à 18,10 $/heure travaillée en 2016, alors qu’elle était de 17,40 $ en 2015, soit un niveau équivalent à la moyenne canadienne. Il faut toutefois rappeler que ce taux de productivité n’est jamais repassé au dessus des taux enregistrés en 2005, malgré les percées technologiques récentes. À titre de comparaison, la productivité dans le secteur de la vente au détail s’est accrue de 21 %.

La productivité des restaurants augmente, puisque les ventes augmentent et que le nombre d’employés diminue. Cependant, comparativement à ce qui se passe dans d’autres types d’industries, cette productivité reste faible et croît modestement.

Pour accroître cet indice de rendement, les restaurants augmenteront leurs ventes sans augmenter le nombre d’heures travaillées.
— F. Pageau

Tendances des consommateurs québécois

Selon les données relatives aux ménages récoltées par The NPD Group (qui excluent les touristes et les entreprises), les restaurants à service restreint ont obtenu 62,6 % de l’achalandage des restaurants en 2017 et 47,6 % des ventes. Les restaurants à service complet ont quant à eux obtenu 23,3 % de l’achalandage, mais 43,9 % des dollars dépensés, en raison de leur facture moyenne plus élevée.

Bien que l’économie du Québec soit prospère, les consommateurs surveillent leurs dépenses dans les restaurants. La facture moyenne des restaurants du Québec n’a augmenté que de 0,08 $ en 2017, pour atteindre un modeste 8,19 $. La facture moyenne s’est accrue de 0,59 $ dans les restaurants à ambiance décontractée (casual) et a diminué de 1,24 $ dans les restaurants de fine cuisine.

Signe que les clients maintiennent leurs dépenses dans les restaurants, les factures moyennes n’ont pas augmenté (+1 %) autant que l’augmentation des prix dans les menus (+2,5 %).

Certains segments ont même vu leur facture moyenne diminuer. Si les prix demandés sont inférieurs aux prix offerts, les restaurateurs seront hésitants à augmenter ceux-ci.
— F. Pageau

Depuis 2012, les restaurants franchisés n’ont cessé de s’approprier une part de plus en plus importante des ventes : de 48 % des ventes en 2012, ceux-ci en obtiennent 54,6 % au Québec en 2017, même si les deux segments ont connu des gains durant la même année.

La hausse d’achalandage la plus importante est attribuée au petit déjeuner (50 % de croissance entre 2012 et 2017). L’achalandage au petit déjeuner est maintenant presque égal à celui du repas du soir. Ce dernier a connu une baisse de 4 % entre 2012 et 2017. La prolifération de repas « prêts à manger » proposés dans les épiceries a certainement nui à la fréquentation des restaurants le soir.

Signe que le consommateur recherche de plus en plus un meilleur rapport qualité/prix, l’achalandage augmente du côté des petits déjeuners et des lunchs (dîners). Les repas du soir (soupers) vont toujours chercher la plus grande part des dépenses dans les restaurants, mais la tendance est à la baisse.

La baisse d’achalandage au repas du soir démontre un changement important dans le comportement des consommateurs. Ceux-ci bénéficient de plus de choix à prix alléchants, sans pourboire, comme les « mets pour emporter » et le prêt-à-manger offerts dans les épiceries et les grandes surfaces, ou encore les livraisons. Ces dernières font l’objet d’une explosion de l’offre à l’échelle de la province. Mentionnons à cet égard Uber Eats, Foodora et La Boîte du Chef, par exemple.
— F. Pageau

La part des dépenses en aliments des ménages canadiens dirigée vers la restauration est de 39,3 % en 2017, soit la meilleure marque depuis 2006. Ces dernières années, une rude concurrence s’est installée entre l’offre des restaurants et celle qui a été développée par les épiceries et grandes surfaces comme Walmart et Costco.

On suppose qu’il coûte moins cher de manger au restaurant que chez soi aux États-Unis, et le contraire s’appliquerait au Canada.

De plus, l’offre alimentaire des grandes surfaces se développe rapidement, tout en maintenant les prix de détail très bas. Dans ce contexte, la recherche de l’aspect pratique, la rapidité et l’absence de pourboire favorisent les grandes surfaces et les épiceries.
— F. Pageau

Les bénéfices avant impôts s’élèvent à 4,6 % pour les restaurants du Québec, ce qui est légèrement plus élevé que les bénéfices avant impôts moyens nationaux (4,2 %).

Pour 2018, la priorité de quatre restaurateurs sur cinq sera de réduire les coûts. Plusieurs vont d’abord porter leur attention sur une modification du menu permettant de tirer parti d’ingrédients moins coûteux. D’autres ont l’intention de réduire les heures de travail et de changer de fournisseurs.

Au Québec, la tendance est à la hausse du côté des bénéfices avant impôts, ce qui rend l’industrie plus attirante pour les investisseurs. Cependant, les problèmes de pénurie de main-d’œuvre et la hausse des loyers atténuent cet élan positif vers une meilleure rentabilité.

Cette marge de manœuvre augure bien et crée un contexte propice aux investissements, à la consolidation, à la réduction des dettes et à l’augmentation des salaires.
— F. Pageau

À PROPOS DES FAITS SAILLANTS CONCERNANT LES SERVICES ALIMENTAIRES 2018

Cet article est inspiré de Foodservice Facts 2018, publié en anglais par Restaurants Canada (antérieurement l’Association canadienne des restaurateurs et des services alimentaires). Il comporte également des données propres au Québec. Les membres de Restaurants Canada peuvent se procurer un fichier PowerPoint de Foodservice Facts 2018 auprès de leur association.

© Restaurants Canada 2018. Tous droits réservés, y compris le droit de reproduire ce document en tout ou en partie sur tout support.

www.restaurantscanada.org / info@restaurantscanada.org/1 800 387-5649 Économiste principal : Chris Elliott



28 mai 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

La Côte-Nord est vaste. Très vaste. Près de 800 kilomètres séparent ainsi Tadoussac de Natashquan. Et on ne vous parle même pas de Blanc-Sablon... Pourtant, depuis quelques années, les professionnels des HRI sentent qu’il s’y « passe quelque chose ». Que les touristes sont de retour, plus curieux, plus gourmands. Que le reste du Québec s’intéresse — enfin — à leurs produits exceptionnels. « Rien n’est gagné », rappellent, prudents, tous les acteurs. Mais au nord de la rivière Saguenay, l’embellie est dans toutes les têtes, dans tous les cœurs.

LE CHEF D’ORCHESTRE

« Tout était réuni : on avait les produits, on avait les artisans, on avait le talent. Il ne manquait plus qu’une petite étincelle... Et apparemment, on l’a trouvée ! »

En évoquant les récents succès de sa région, Mario Leblanc, directeur général de Tourisme Côte-Nord, cache difficilement sa fierté, son excitation mais également ses nombreuses ambitions. « Ces dernières années, notre organisme a posé différents gestes ; on a osé, on a redoublé d’efforts. Et ça a payé, analyse-t-il. Lorsque le festival Montréal en Lumière a mis notre gastronomie à l’honneur voici quelques mois, on a compris qu’on avait franchi un cap... »

Ravi de constater que les gens du coin ont mis de côté une « certaine timidité », Mario Leblanc précise toutefois que « la route reste longue. On note encore un manque de fierté. Pour aller encore plus loin, il va falloir que tous, tant les résidents que les professionnels, se mettent à croire en cette région ! Nous allons aussi devoir poursuivre nos efforts pour nous faire connaître dans le reste de la province : nous souffrons encore d’un déficit de notoriété. » Pour marquer les esprits des visiteurs, le directeur entend miser sur l’effet de surprise. « On doit les étonner, leur en mettre plein la vue. »

Parvenir à mobiliser de Tadoussac à Blanc-Sablon n’est, évidemment, pas chose aisée, reconnaît le dirigeant. « Je mentirais si je disais l’inverse. Mais c’est un défi formidable ! »

LE CONCIERGE DU GRENIER

Depuis maintenant cinq ans, Claude Lussier et ses troupes font vivre Le Grenier boréal, la coopérative de solidarité agroforestière de Minganie. Honoré par plusieurs distinctions (dont le très médiatisé Prix Action David Suzuki), l’organisme remplit une quadruple mission, dont il a fait son slogan : Produire, Récolter, Protéger, Éduquer.

Grâce à la production maraîchère et aux cueillettes en forêt, Le Grenier boréal fournit aux chefs et aux institutions, ainsi qu’aux particuliers, des produits frais, plutôt rares sous ces latitudes. « On peut tout produire, ou presque, assure le fondateur. De l’ail aux courgettes en passant par les fraises. Tenez, l’an dernier, on a eu un superbe melon. Et cette année, on essaie deux variétés de maïs. Il n’y a que les courges qui nous résistent encore. Pour l’instant... », s’amuse celui qui précise que son principal ennemi n’est pas le froid mais le vent.

Si elle n’est pas « officiellement certifiée bio », la coopérative défend plusieurs valeurs éco- logiques. Ici, aucun produit chimique, peu de plastique, des économies d’eau... « Chacun de nos gestes est imprégné d’une profonde conscience environnementale », explique Claude Lussier.

L’angle éducatif, enfin, est officiellement apparu dans le slogan voici quelques mois à peine. Il fait pourtant partie de l’ADN de l’entreprise. « Dans les écoles, sur les marchés, lors d’activités familiales ou dans les carrefours communautaires, toutes les occasions sont bonnes pour souligner et rappeler l’importance des saines habitudes de vie. »

Originaire de Saint-Hyacinthe, Claude Lussier a œuvré, durant deux décennies, dans le domaine de la coopération internationale. Pour revenir s’installer au Québec, l’homme cherchait un défi de taille. « Je crois que je l’ai trouvé... »

LES FUMEURS EN OR

Enfant, Maxime Savard pêchait le maquereau du côté de Carleton avec son grand-père qui fumait, sous ses yeux gourmands, le poisson fraîchement attrapé. Myriam Landry, elle, a grandi dans une famille mettant à l’honneur les produits de la mer, du fleuve et de nos rivières. « Mon père est pêcheur, ma mère travaille dans une poissonnerie... Mais aucun historique de fumage de mon côté », lâche-t-elle dans un sourire.

Installé à Sept-Îles, le couple y a ouvert à la fin de l’automne dernier le Fumeur en Nord. Outre les inévitables poissons, l’atelier traite également les viandes et fromages. « En fait, tout se fume. Il suffit d’essayer », affirme Myriam.

Lui s’occupe du fumage et revisite les recettes et techniques héritées de son aïeul. Elle transforme les produits fraîchement fumés : mousse au saumon, cretons de bacon, chaudrées et tartares... « On est à mi-chemin entre la tradition et la modernité, souligne Maxime. C’est ce qui nous plaît. Et ça semble plaire aux clients. »

Le couple rêve d’un jour utiliser une majorité de produits issus de la région. « Mais ce n’est pas simple, regrette Myriam. On travaille fort là- dessus : on tisse des liens, on réseaute. Ça prendra un peu de temps, sans doute. Mais dans cette région, il y a une réelle proximité avec les producteurs, les pêcheurs... C’est une richesse incomparable. »

Vantant la cohésion entre artisans et l’esprit de famille régnant sur la Côte Nord, Maxime souligne que, malgré les beaux discours et le vent d’optimisme, « rien n’est fait, rien n’est gagné. On doit se serrer les coudes, avancer ensemble pour amener la région encore plus loin. »

LA GARDIENNE DU PHARE

Avec son toit rouge et ses façades blanches, l’Hôtel Tadoussac est un point de repère posé à l’entrée de la Côte-Nord, au cœur du célèbre village éponyme. Avec sa voix douce et son sourire modeste, Tina Tremblay est, quant à elle, devenue un véritable phare pour tous les employés de l’établissement et leurs fidèles visiteurs. « J’ai commencé ici en 1985 et je suis directrice générale depuis 2000, glisse-t-elle. Je fais un peu partie des meubles. »

Inaugurée en 1864, débâtie puis reconstruite au début des années 1940, l’enseigne affiche une rare longévité. Depuis des décennies, les clients y posent leurs valises pour se ressourcer, souffler, faire une pause. « Et admirer ce paysage exceptionnel », complète la directrice.

Native de Tadoussac, Tina Tremblay a, dès son enfance, rêvé de devenir un jour une employée du mythique établissement. Mais elle était loin de se douter qu’elle serait la maîtresse des lieux. « Quand on me l’a offert, je ne me voyais pas refuser, souligne-t-elle toutefois. Il y a bien sûr des journées plus difficiles que d’autres, mais c’est un univers passionnant et tellement enrichissant ! » Celle qui souhaite rénover et actualiser les lieux aimerait un jour faire fonctionner l’hôtel à l’année et non plus de façon saisonnière. « Mais ce ne sera pas pour demain, confie-t-elle, lucide, se refusant au passage à évoquer un éventuel départ à la retraite. Je prends une année à la fois, une saison après l’autre. »

Saluant l’apport et le dynamisme de la nouvelle génération, Tina Tremblay a noté, comme tant d’autres, « un certain renouveau, une vague de changement » sur la Côte-Nord. « Mais pour amener notre région à un autre niveau, il va falloir que l’offre soit constante partout. On n’est pas ennemis parce que l’on est concurrents », conclut-elle.

L’EXCENTRÉ CUISINIER

Toqué !, Joe Beef, Pastaga ou encore Maison Boulud... Le CV du chef Sébastien L’Écuyer mettrait l’eau à la bouche de n’importe quel gourmet. Mais si depuis quelques années, le jeune homme met son coup de couteau au service du réputé Bouillon Bilk, c’est dans un établissement moins connu — et légèrement plus éloigné du centre-ville montréalais — qu’il s’amuse une fois l’été venu.

« Ce sera ma deuxième saison estivale au Café l’Échouerie de Natashquan, explique-t-il. J’y retourne à la mi-mai. Après avoir géré les dossiers administratifs, on ouvrira partiellement à la mi-juin, puis à temps plein début juillet. Fonctionner toute l’année ne serait pas tenable. On n’est pas à Baie Saint-Paul ou au pied d’une populaire piste de ski... »

Au Café l’Échouerie, Sébastien est loin, très loin du confort des cuisines de la métropole. Il gère la paperasse. Il gère les stocks. Il gère les vins et les bières. « Mais on me donne carte blanche. Et ça, ça n’a pas de prix », tranche-t-il. Son quotidien nord-côtier diffère, en bien des points, de ses journées au Bouillon Bilk : pas les mêmes clients, pas les mêmes attentes, pas les mêmes budgets ni les mêmes factures. Pas la même main-d’œuvre non plus.

« Le plus délicat, c’est sans doute l’approvisionnement et l’aspect financier, confie le cuisinier, qui assure qu’au moins 60 % des produits utilisés à l’Échouerie proviennent de la Côte-Nord. Ce qui me motive ? Prouver que l’on peut bien manger ailleurs qu’à Montréal ou à Québec. Pourquoi un visiteur qui vient de faire 15 heures de voiture devrait-il accepter de manger le maudit menu burgers-poutines-pizzas qu’il trouvera également en Mauricie, en Estrie ou au fond de l’Abitibi ? On a perdu nos identités culinaires régionales. C’est regrettable. »



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