Est-ce payant pour un établissement de participer à un concours ?

12 mars 2015 - Par Sophie Suraniti

Votre hôtel affiche fièrement sur son site Web le certificat d’excellence obtenu grâce aux retours positifs de votre clientèle. Votre chef revient tout sourire une fois son prix remporté pour le meilleur plat estival. Concourir, est-ce gagnant-gagnant sur tous les plans ?


L’AVIS DE JEAN-PHILIPPE TASTET, CHRONIQUEUR GASTRONOMIQUE

« Je ne choisis jamais un restaurant ou un hôtel parce qu’il a reçu tel prix ou telle reconnaissance. En fait, tout dépend de la nature du concours. Ceux ouverts au public, avec des commentaires du type Wow ! C’était tellement bon ! que l’on peut lire par exemple sur TripAdvisor ne me sont d’aucune utilité ! Par contre, s’il s’agit de critiques émanant de professionnels, là, j’y accorde un jugement. L’aspect “grand spectacle” de certaines compétitions culinaires me dérange au moment de goûter, comparativement à d’autres plus sérieuses – des Chefs en or (Gold Medal Plates) ou les Bocuse d’Or, par exemple – qui me rassurent. Cela signifie que le chef qui y participe fait un travail de qualité. Même s’il ne remporte aucun prix, il en ressortira auréolé. Je fais donc la différence entre un concours comme celui organisé chaque été par le spa Balnea (au demeurant très sympathique et bien fait) et les Bocuse d’Or, une compétition internationale. Toutefois, dans un cas comme dans l’autre, ce sera toujours bénéfique pour les établissements et les chefs participants qui voient leur taux de fréquentation et leur notoriété augmentés. Quant à savoir s’il existe une totale impartialité dans les compétitions… Hum… Si elle est bien faite, tant mieux. Sinon… »


L’AVIS D’ALEXANDRE TESSIER, DIRECTEUR DES VENTES ET DU MARKETING AU SAINT-SULPICE HÔTEL MONTRÉAL

« L’hôtel a remporté le prix Or aux Grands Prix du tourisme québécois 2013 (dans la catégorie d’hébergement le concernant) et le Grand Prix aux Worldwide Hospitality Awards 2013, à Paris, pour sa campagne marketing articulée autour d’un court-métrage intitulé La Valise. Cette fiction de 15 minutes, produite par l’hôtel pour fêter ses dix ans, a énormément contribué au renouveau de l’établissement en termes d’image et de positionnement. Il y eut beaucoup de retombées dans la presse et un impact positif sur notre taux d’occupation. Lorsqu’un établissement participe à un concours, il est important d’avoir le bon momentum : dates de tombée des prix, clientèle visée. Après la reconnaissance, il faut savoir communiquer partout et insister sur ce qui fait notre différence. Notre campagne de notoriété "Surprenez votre imaginaire” dans laquelle s’inscrivait le court-métrage a duré plusieurs mois (relais sur les réseaux sociaux, film diffusé dans les chambres, microsite dédié) et a eu des répercussions sur tous les services de l’hôtel. Même sans prix, notre campagne aurait marqué, car La Valise se distingue comme vidéo corporative. Depuis, le travail sur l’image de marque de l’hôtel se poursuit avec l’exposition permanente d’œuvres originales et la parution d’un livre. »

Photo : © Saint-Sulpice hôtel Montréal


L’AVIS DE PASCALE BANVILLE¹, DIRECTRICE MARKETING, COMMUNICATIONS ET SERVICE CLIENT POUR L’HÔTEL LE BONNE ENTENTE, À QUÉBEC

« Lorsqu’on gagne un prix, cela active les relations publiques, le réseau de connaissances, et nous amène une nouvelle clientèle. Le Bonne Entente a remporté le World Luxury Hotel Awards (catégorie affaires) en 2013 et un autre en 2014 (catégorie plus bel hôtel romantique). C’est difficile d’évaluer les impacts quantitatifs suite à ces reconnaissances. Par contre, sur les pages des réseaux sociaux, lorsqu’on met le logo TripAdvisor ou celui du Forbes Travel Guide, l’hôtel gagne en réputation et en notoriété. Pour ceux qui accordent de l’importance aux commentaires en ligne, cela incite à réserver. Dans le secteur hôtelier, il faut savoir se renouveler, trouver des façons de se démarquer, car les concours sont rares. Notre chef Jean-François Bélair ne s’inscrit pas à des compétitions. Par contre, en 2014, nous lui avons offert plus de visibilité grâce à sa présence à l’émission Oui, chef ! Comme son tartare a obtenu le prix du “meilleur tartare”, nous avons mis une pastille l’indiquant sur le menu. Les retombées ? Il y eut davantage de commandes de tartares pour le MC Lounge, l’un des restaurants de l’hôtel ! Participer à ce genre d’évènements est certes plus dispendieux, mais rayonne sur l’ensemble de l’établissement. Les employés sont fiers de partager ce prix. »

¹ Pascale Banville a quitté Le Bonne Entente le 18 décembre 2014 après 18 ans de service. Changement de carrière et changement de pays !

Photo : ©Le Bonne Entente


L’AVIS DE LAURENT GODBOUT, CHEF PROPRIÉTAIRE DU RESTAURANT CHEZ L’ÉPICIER À MONTRÉAL. REPRÉSENTE LE CANADA AU BOCUSE D’OR 2015.

« Participer au Bocuse d’Or est un défi avant tout personnel, car cette compétition internationale n’est pas connue au Québec. Mais à la fin de 2014, l’intérêt des médias (et ce que représente le concours) fut plus marqué. L’émission L’Épicerie de Radio-Canada montrant mes préparatifs (NDLR le premier reportage a été diffusé le 10 décembre) y est pour quelque chose. Toutefois, avant l’épreuve, les retombées restent de l’ordre du soutien moral. Les Bonne chance ! et les Félicitations ! se manifestent sur les pages des réseaux sociaux. Après ma participation aux Olympiades culinaires d’Erfurt en Allemagne en octobre 2012, il est clair que mon restaurant a gagné en notoriété et en reconnaissance. Prendre part à un concours place indéniablement l’établissement sur la carte touristique gastronomique d’une ville ; un critère d’appel devenu aujourd’hui hyper important. Mais les “vrais” retours viennent après l’évènement : plus de clients au restaurant, plus d’invitations à l’extérieur (pour concourir, juger, etc.), plus d’offres pour représenter des produits, etc. Si je ne gagne pas ? L’impact sera moindre, mais toujours positif pour moi, pour l’équipe, pour le restaurant. Si je gagne le Bocuse d’Or ou si j’arrive dans les trois premiers… alors là, ce sera vraiment quelque chose ! »

Laurent Godbout ne sera finalement pas monté sur le podium. C’est la Norvège qui a remporté les honneurs, et ce, pour une cinquième fois dans l’histoire de ce prestigieux concours.

Photo : © Le Fotographe


En tête d’article, le chef montréalais des restaurants Park et Lavanderia (à gauche) à remporté la médaille d’argent lors de la finale canadienne du concours Des Chefs en or (Gold Medal Plates). La première place a été remportée par Ryan O’Flynn de l’hôtel Westin, à Edmonton, alors que le bronze est revenu à Kristian Eligh du restaurant Hawksworth , à Vancouver.

Photo : © Yuri Akuney

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