Équité salariale : Le difficile combat des résidences pour aînés face aux CHSLD

 
5 juin 2020 | Par Marie-Ève Garon

La nouvelle attestation d’études professionnelles (AEP) lancée par le gouvernement Legault, rémunérée au taux horaire de 21 $ afin d’avoir accès à des postes de préposés en CHSLD au salaire annuel de 49 000 $, a créé une onde de choc au sein du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA). Selon Yves Desjardins, président-directeur général et porte-parole officiel du RQRA, le fait qu’il soit impossible de concurrencer de telles conditions dans le secteur des résidences pour aînés (RPA) causera, à court et ;a moyen termes, des bris de services dans ces milieux de vie qui hébergent actuellement plus de 130 000 aînés à travers la province.

Dans ces circonstances, une importante vague de fermetures est à prévoir faute de personnel, contraignant des milliers d’aînés à se déraciner de leur communauté. « C’était d’ailleurs notre crainte de perdre du personnel puisqu’il s’agit pratiquement du double du salaire offert en résidence, confie le dirigeant. Plusieurs employés ont déjà démissionné et d’autres ont avisé les gestionnaires qu’ils avaient déposé leur candidature. » Cependant, les 10 000 places offertes s’avèrent énormément convoitées puisque plus 70 000 personnes ont fait part de leur intérêt à suivre cette formation. Le PDG reconnaît qu’il est tout à fait légitime de vouloir améliorer son sort, mais l’inévitable processus de sélection risque d’en décevoir plusieurs. « Dans un monde idéal, il faudrait que les résidences aient le moyen de rivaliser avec le réseau de la santé en offrant des conditions semblables. Mais ça semble tout à fait impossible compte tenu que nos préposés gagnent en moyenne 13 $ l’heure. » Sur le terrain, le découragement et la colère des gestionnaires se font sentir un peu plus chaque jour face aux épreuves des derniers mois.

L’urgence d’agir

Le RQRA entrevoit actuellement deux pistes de solution : la bonification du crédit d’impôt pour le maintien à domicile et l’application d’une méthode de fixation des loyers tenant mieux compte de la réalité des résidences pour aînés. En ce sens, le Regroupement demande l’aide du gouvernement afin de proposer des avenues pour sortir de cette impasse. « Si les résidences ferment, c’est le réseau de la santé qui devra automatiquement prendre la relève en maintien à domicile. Il s’agit d’une possibilité beaucoup plus coûteuse qu’une aide gouvernementale pour nous aider à rivaliser au niveau des salaires. Je ne dis pas qu’on atteindra le 26 $ que le gouvernement propose, mais on pourra à tout le moins améliorer les conditions des préposés. »

Yves Desjardins rappelle qu’en vertu de l’équité salariale, la décision quant aux mesures d’aide aura un impact sur l’ensemble des employés. Il assure toutefois que les discussions à ce sujet sont bel et bien entamées avec les instances gouvernementales et que toutes les parties se disent conscientes des dommages collatéraux pour le secteur des résidences pour aînés. « La situation est urgente ! On ne peut pas se permettre d’attendre deux mois avant de trouver des solutions parce qu’on risque d’avoir des bris de services. On ne pourra jamais continuer d’offrir des repas, s’il n’y a pas d’employés dans la cuisine. »

Le responsable croit qu’une aide externe s’avère fondamentale pour ne pas, en bout de ligne, que les aînés en paient le prix. « Cette annonce a débalancé le réseau, déplore-t-il. On salue l’audace du gouvernement de l’avoir faite, mais il faut envisager rapidement une solution pour retrouver l’équilibre et continuer de faire un tout en termes de soins à domicile et aux aînés. »

(Crédit photo : Freepik)

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