« Encore une fois, le gouvernement laisse tomber l’industrie des bars ! »

 
5 juin 2020 | Par Marie-Ève Garon

L’annonce d’une possible réouverture des restaurants à l’extérieur du Grand Montréal, le 15 juin prochain, n’a fait qu’exacerber la grogne et le sentiment d’impuissance des propriétaires de bars qui se voient exclus de ce plan de déconfinement. Les bars qui détiennent des permis émis par le Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) sont relégués à une phase de réouverture ultérieure, sans précisions supplémentaires. Comme le permis de bar a prédominance sur celui émis par le MAPAQ, les tenanciers ne peuvent bénéficier des mêmes privilèges, notamment en ce qui concerne la vente d’alcool pour emporter, sous prétexte que les bars ne possèdent pas de permis de restaurant.

La Nouvelle Association des Bars du Québec (NABQ) réclame donc des mesures d’assouplissement temporaires dans le but de pallier la situation de précarité dans laquelle cette industrie se trouve depuis le début de la pandémie. Elle réclame un plan d’action afin d’inclure tous les bars à l’extérieur de Montréal dans la première phase de réouverture.

« Il y a une lourdeur administrative présentement entre la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) et le Ministère de la Sécurité publique, confie Pierre Thibault, copropriétaire de la Taverne Saint-Sacrement et fondateur de la NABQ. Le Ministère a le droit de demander un assouplissement à la RACJ, mais il doit y avoir un décret ministériel afin de modifier la loi 170 qui permettrait d’assouplir les règles en faveur des bars. »

Avancer dans le noir

Actuellement, compte tenu de la situation entourant la crise de la COVID-19, le Ministère de la Sécurité publique n’est pas autorisé à déposer un décret auprès de la Régie. Comme celle-ci ne peut agir sans ce décret ministériel et que le gouvernement du Québec a les mains liées sans une modification législative, les propriétaires de bars se retrouvent dans une impasse. « Lorsque les restaurateurs ont bénéficié d’un assouplissement leur permettant de vendre de l’alcool avec leurs plats à emporter, de notre côté, nous avons levé la main en disant qu’on voulait en faire autant. » Mais cette demande n’a pas été entendue, constate-t-il. « Encore une fois, on sent que le gouvernement laisse tomber l’industrie des bars ! On a vraiment été mis de côté alors qu’on demandait simplement d’avoir les mêmes droits que les restaurateurs. » Devant ce constat, Pierre Thibault estime que l’association qu’il a fondée prend tout son sens et que la force du nombre permettra de se faire entendre.

Au Québec, on retrouve près de 2 000 bars représentant 760 millions de vente en 2017, 1,5 milliard de retombées économiques et 30 000 emplois. « Et personne ne vient en aide aux bars, bistrots, pubs, tavernes et bars à vin qui pourtant servent de la nourriture tout au long de l’année. On fait partie intégrante de l’économie québécoise. » La majorité des bars possèdent un permis du MAPAQ pour faire de la restauration, mais ce permis ne leur permet pas encore de proposer des repas à emporter avec alcool. Selon le responsable, le gouvernement provincial et la RACJ s’entêtent à faire valoir ce règlement-là. « C’est vraiment nul, glisse-t-il. Ça fait deux mois et demi qu’on tente de faire comprendre aux instances qu’on doit pouvoir offrir de l’alcool pour emporter et du take out pour passer à travers la crise. » Il s’agit d’ailleurs d’une requête temporaire à laquelle la Société des alcools du Québec (SAQ) ne s’est jamais opposée.

« On ne veut pas changer le modèle d’affaires ni faire de l’ingérence dans le milieu de la restauration. Tout ce qu’on souhaite, c’est de pouvoir accélérer le processus pour nous permettre de sauver la mise comme ils le font dans toutes les grandes villes du monde. On cherche juste une façon de ne pas faire faillite dans nos bars ! »

Lire aussi : Permis d’alcool : Les restaurants soulagés, les bars « insultés »

(Crédit photo : Luca Bravo / Unsplash)

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