Edito : Le parfum des cacahuètes

8 avril 2019 - Par Pierre-Alain Belpaire, Robert Dion

Y a-t-il encore quelqu’un qui ignore que le Québec, et notamment l’industrie des HRI, est actuellement frappé par une exceptionnelle pénurie de main-d’œuvre ? Depuis plusieurs années déjà, tant dans nos pages que sur nos plateformes électroniques, notre rédaction a abordé, à maintes reprises et sous diverses formes, cet important dossier. Et après les premiers – et inquiétants – constats chiffrés, nous sommes passés, comme tant d’autres, en mode « solutions ». Comment revaloriser les métiers de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme ? Comment séduire les jeunes qui désertent les écoles hôtelières ? Comment éviter que, semaine après semaine, des établissements ferment définitivement leurs portes, faute d’employés ? « Il n’existe pas de solution miracle », écrivions-nous en novembre… 2014. Toutes les idées, toutes les pistes, toutes les annonces sont donc à saluer, à considérer et à étudier.

Mais, comme l’avait déjà constaté ce brave Cicéron, l’argent est et reste le nerf de la guerre. Professionnels et observateurs attendaient donc beaucoup de l’annonce faite vendredi dernier à Québec. Deux ministres (Caroline Proulx, en charge du Tourisme, et son collègue Jean Boulet, au Travail, à l’Emploi et à la Solidarité sociale) et les responsables des principales associations professionnelles avaient convié les médias pour leur présenter des initiatives visant à « faire face aux besoins de main-d’œuvre de l’industrie touristique ». Mais face à un tel défi, les investissements de 2,5 millions de dollars annoncés peuvent sembler bien faibles, voire dérisoires. Bien sûr, le programme visant à former 90 aide-cuisiniers dans neuf régions du Québec est intéressant. Évidemment, la future campagne de valorisation des métiers du tourisme ne peut qu’être bénéfique à notre industrie. Mais on était en droit de s’attendre à plus. À beaucoup plus.

Puisque un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras », les associations se sont officiellement réjouies de ces annonces, l’Alliance de l’Industrie touristique estimant par exemple qu’elles viendront « aider concrètement les entrepreneurs de l’industrie » tandis que l’ARQ saluait pour sa part « un très beau coup de pouce ». Mais d’autres voix, plus discrètes, regrettent le manque d’ambition, le manque de moyens. « Ces 2,5 millions $, ce n’est qu’une poignée de cacahuètes, nous glissait ce lundi matin un enseignant d’une école hôtelière. Mettez sur pied un plan 100 fois plus costaud, avec un budget 100 fois plus important et là, on aura peut-être de quoi se réjouir… »

L’industrie touristique québécoise a généré l’an dernier des recettes de 15 700 millions de dollars, en hausse de près de 5 % par rapport à 2017. Et quelque 400 000 emplois sont associés à cet univers. 400 000 Québécois qui doivent aujourd’hui espérer que le gouvernement Legault aura rapidement d’autres annonces à effectuer, d’autres plans à dévoiler. Et que la « poignée de cacahuètes » distribuée vendredi dernier ne soit que la mise en bouche précédant un gargantuesque festin.
 
 
Robert Dion, éditeur et fondateur du HRImag
Pierre-Alain Belpaire, rédacteur en chef du HRImag

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