Du gin au désinfectant : « Nous avons cette chance de pouvoir faire notre part »

 
25 mars 2020 | Par Marie-Ève Garon

La Distillerie Stadaconé, située dans le quartier Limoilou à Québec, a cessé voici peu sa production de spiritueux afin de contribuer à l’effort collectif mis en place pour pallier le manque de désinfectant. Devant l’ampleur de la crise, Jean-Pierre Allard, Alexandre Thomas et Jonathan Chrétien ont gardé la tête haute afin de trouver des solutions pour préserver, autant que faire se peut, les emplois de leur personnel. Les partenaires d’affaires souhaitaient, par le fait même, apporter leur aide aux employés des services essentiels qui en ont actuellement grandement besoin.

« En plus de la distillerie, nous avons une boutique, un salon de dégustation et un jeu d’évasion qui génèrent beaucoup de contacts, mentionne Jean-Pierre Allard. C’est pourquoi la décision de fermer nos portes s’est prise dès le départ (autour du 16 mars). » Tout de suite, les lieux ont été adaptés afin de répondre aux nouvelles mesures d’hygiène recommandées par le gouvernement. Les tâches du personnel ont alors changé afin que chacun puisse garder son poste. Les employés qui habituellement travaillaient à la boutique devenaient tout à coup responsables de l’embouteillage. Comme la SAQ demeure ouverte, les commandes se poursuivent. « Nous terminons actuellement la mise en bouteille du stock de gin que nous avions. »

Donner au suivant

Lorsque l’idée de produire du gel antiseptique s’est mise à circuler, les propriétaires ont d’emblée réagi favorablement. Ils ont toutefois voulu vérifier la pertinence d’une telle initiative avant d’emboîter le pas. « On s’est questionnés à savoir s’il y avait bien une pénurie de désinfectant. Puis, deux médecins nous ont contactés afin de nous faire part de ce besoin réel ressenti sur le terrain. Nous n’étions qu’au début de la crise et le manque se faisait déjà sentir ! »

Il n’en fallait pas plus au trio d’entrepreneurs pour se lancer dans les préparatifs de la production : élaboration de la recette telle que proposée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), demande d’approbation et de permis, recherche d’ingrédients et de contenants… Dans le contexte actuel, la procédure d’autorisation, émise par Santé Canada, s’effectue en accéléré, soit entre 24 et 48 heures. Le fait que la Distillerie possédait déjà un permis pour produire de l’alcool a simplifié considérablement le processus. « À partir du moment où tu as déjà ton alcool, la recette devient assez simple puisqu’il suffit de le mélanger avec trois autres ingrédients, dont l’eau. Nous utiliserons un alambic pour faire bouillir l’eau et la libérer de toutes impuretés. » Du peroxyde et de la glycérine compléteront le mélange.

Selon l’entrepreneur, le principal défi ne concerne pas tant la préparation du désinfectant, mais plutôt la recherche de contenants étant donné que plusieurs usines ont récemment fermé leurs portes. « Une quinzaine de fournisseurs ont été contactés avant d’obtenir une réponse positive. On devrait recevoir nos bouteilles mercredi prochain. Dans le meilleur des mondes, ça se ferait demain matin, mais il faut se dire que dans une semaine, ce sera tout autant pertinent ! » L’équipe cherche actuellement la meilleure solution en termes de remplissage. Elle optera sans doute pour un système par gravité ou avec une pompe. « Évidemment, nous ferons les choses le plus simplement possible, notamment au niveau de l’étiquetage. » La quantité d’alcool en inventaire à la Distillerie permettra d’élaborer une production de désinfectant oscillant autour de 1 500 litres. « Nous vendrons ce produit exclusivement aux équipes travaillant dans les services jugés essentiels et à un coût raisonnable. Notre but n’est surtout pas de profiter de la situation. Une vingtaine d’organismes nous ont déjà contactés. »

Si le moral des troupes se porte aussi bien, Jean-Pierre Allard estime que c’est en grande partie dû au fait que chaque membre de l’équipe se sent utile. « C’est vraiment motivant de pouvoir faire quelque chose ! Nous évoluons déjà dans un domaine extrêmement réglementé, alors ça nous donne une longueur d’avance. Nous avons cette chance de pouvoir faire notre part. »

(Photo fournie par la Distillerie Stadaconé)

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