Disparition des pailles en plastique : « L’occasion d’éduquer le client »

17 juillet 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

Afin de réduire leur empreinte écologique, les restaurants Cora ont annoncé ce lundi leur intention de se départir, au cours de l’année 2019, des pailles en plastique. La célèbre enseigne n’est pas le premier grand nom de l’industrie à annoncer un tel projet. A&W, Starbucks et Saint-Hubert, pour ne citer qu’eux, avaient déjà fait une telle promesse voici peu. Et gageons que bien d’autres devraient suivre le mouvement.

La multiplication de ces vertes annonces ressemble parfois davantage à un formidable coup de marketing, estiment certains éditorialistes. Dans Le Soleil, Brigitte Perron écrivait ainsi qu’il est « illusoire de penser qu’il suffira de convaincre les gens de ne plus utiliser des pailles jetables pour enrayer une menace à l’environnement et aux écosystèmes. Même si nous renonçons aux pailles, aux bouteilles d’eau et aux sacs de plastique, il restera encore beaucoup à faire. Le pratique et "peu coûteux" plastique est omniprésent. Les mesures volontaires risquent d’être insuffisantes. »

Du côté des organisations environnementales, on se félicite de ces « premiers pas dans la bonne direction » mais on rappelle que le chemin est encore long. Lors de l’annonce d’A&W, en juin dernier, Loujain Kurdi, porte-parole de la campagne Océans & Plastiques pour Greenpeace Canada, soulignait par exemple sur Radio-Canada que « l’alternative papier est une demi-mesure qui n’est pas durable, à moins que le papier soit certifié ressource durable. Le recyclage ne va pas régler le problème, il faut vraiment s’attaquer au problème à la source. »

Pour le cofondateur et directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, « il ne faut toutefois pas sous-estimer l’impact que de telles décisions auront sur les clients ».
 
 
HRImag : Steven Guilbeault, ces différentes annonces surviennent au coeur de l’été, alors que l’actualité est au plus calme. Est-ce donc un joli coup médiatique, comme l’estiment certains, ou ces gestes sont-ils sincères et à saluer ?

Il est difficile de répondre de manière catégorique. Si vous parlez aux gestionnaires et aux propriétaires, vous noterez généralement une véritable volonté d’éduquer la clientèle, vous verrez qu’il y a un fondement sincère derrière ces décisions. Mais ne nous voilons pas la face : certains le font très probablement pour des raisons marketing.

Cela vous dérange ?

Ce qui motive les gens n’est pas le plus important pour nous. Le principal, ce sont les gestes qui sont posés et leur impact sur l’environnement.

Pourquoi la paille est-elle devenue, en quelques mois, voire quelques semaines, un tel symbole ?

Parce que bannir les pailles en plastique, même pour une grande chaîne, reste un geste assez simple, une décision facilement mise en oeuvre. C’est, en outre, très bon pour la réputation d’un établissement ou d’un groupe.

Mais cette décision reste relativement simple, modeste... N’avez-vous pas un goût de "trop peu" ?

Toute cette campagne entourant les pailles de plastique doit être l’occasion d’éduquer le consommateur, de le sensibiliser. Il ne faut pas sous-estimer l’impact que de telles décisions auront sur les clients. L’avantage pour les professionnels, c’est que l’abolition des pailles de plastique ne changera rien, ou presque, à leur modèle d’affaires, ni à leur produit, ni à leur marque de commerce. Et malgré leur taille, je vous rappelle que les pailles figurent dans le top-10 des objets les plus fréquemment retrouvés sur les plages du globe. Elles sont devenues, avec raison, un symbole d’une société qui consomme à tout crin.

Ne craignez-vous pas que certains annoncent l’abandon des pailles de plastique uniquement pour suivre le mouvement, sans réellement s’intéresser aux alternatives ?

C’est un réel danger. Nous savons que certains vont prendre le temps d’étudier ce dossier, de réfléchir au remplacement des pailles, mais peu, sans doute, vont se donner la peine de faire un vrai bilan. On a aussi vu, dans le passé, que de telles situations pouvaient donner naissance à de "fausses bonnes idées". À nous d’être vigilants.

Quels autres combats écologiques l’industrie de la restauration québécoise pourrait-elle ou devrait-elle mener de toute urgence ?

Même si je dois avouer que ce n’est pas un secteur que j’ai étudié dans le détail, je pense que, comme pour l’ensemble de la société québécoise, il faudra se pencher sur les transports, en minimisant notamment l’impact des livraisons. La gestion des matières résiduelles apparaît également très complexe pour certains. Le compostage doit être vu comme une bonne façon de réduire la taille des déchets. Ce sont des thématiques sur lesquelles il faudra travailler.

Le débat entourant les pailles de plastique est né d’initiatives menées souvent par des citoyens, parfois par des professionnels. Jusqu’à présent, les différents paliers de gouvernement se montrent plutôt discrets sur cette question. Avez-vous hâte qu’ils se prononcent et légifèrent ?

On est toujours impatient de les voir prendre position sur de telles questions. Mais je suis confiant, je pense que cela s’en vient. On l’a vu avec les bouteilles d’eau ou les sacs de plastique : cela prend toujours un certain temps.

Mais d’autres pays et régions n’ont pas attendu : La Presse Canadienne notait voici peu qu’une quarantaine de pays ont déjà adopté une politique nationale pour réduire l’utilisation d’articles de plastique à usage unique, comme les pailles.

Il n’est pas simple, pour un gouvernement, d’arriver avec un règlement si toutes les entreprises et industries ne sont pas prêtes. Mais une fois encore, cela s’en vient... On voit par exemple certaines municipalités prendre les devants et décider de se passer de pailles, de concert avec certaines institutions comme des écoles. Je suis persuadé que ce genre d’initiatives va avoir un effet boule de neige.
 
 
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