Dany Thibault (Association hôtellerie Québec) : « La route est encore longue »

7 juin 2019 - Par Pierre-Alain Belpaire

En milieu de semaine, le gouvernement Legault annonçait que des règles plus strictes seront prochainement introduites afin de mieux contrôler l’hébergement collaboratif (et notamment l’incontournable géant Airbnb) et de sanctionner les contrevenants. Les principaux acteurs de l’industrie ont unanimement salué cette décision mais précisent que ce n’est qu’un « pas dans la bonne direction ». « Nous sommes encore loin de la ligne d’arrivée », confirme Dany Thibault, président du C.A. de l’Association hôtellerie Québec.

HRImag : Dany Thibault, en quoi l’annonce de ce mercredi est-elle si importante ?

Elle représente beaucoup pour nous. C’est tout d’abord le signal que nous avons un gouvernement provincial qui est à l’écoute de notre industrie et qui est proactif, prêt à réagir à nos demandes. Ensuite, cette modification du règlement permettra un suivi plus serré de ceux qui pratiquent l’hébergement collaboratif de manière illégale. Je tiens ici à rappeler qu’il y a une différence essentielle à faire entre ceux qui font ça occasionnellement, pour arrondir leurs fins de mois, et ceux qui en ont fait une véritable activité commerciale. Ceux-là sont au cœur du problème.

Ce dossier traînait depuis plusieurs années. Qu’est-ce qui a changé la donne et permis qu’il soit enfin bouclé ?

Nous avons un nouveau gouvernement depuis quelques mois, cela n’y est évidemment pas étranger. Mais je pense que de notre côté, nous avons aussi insisté davantage sur ce dossier. Nous avons travaillé aux côtés des élus pour obtenir cette modification. Et ça a payé.

Vous le savez parfaitement : ce n’est pas parce qu’un règlement existe qu’il est respecté et appliqué. Ne craignez-vous pas que contrôler son application s’avère complexe ?

Cela doit passer par des contrôles et des suivis, c’est indispensable. Je sais qu’il sera difficile de tout contrôler, que certains vont tout faire pour passer à travers les mailles du filet, mais je suis persuadé que les 25 agents de Revenu Québec chargés de surveiller les manquements ont tous les outils nécessaires et disposent d’un mandat clair. Et que les sanctions éventuelles devraient également en décourager quelques-uns.(*)

Certains estiment que ce nouveau règlement « manque de mordant », pour reprendre les termes du député solidaire Andrés Fontecilla. Il souligne notamment que les modifications et les sanctions visent les utilisateurs d’Airbnb et non la maison-mère, la « multinationale ». Le regrettez-vous aussi ?

Il peut sembler séduisant de vouloir attaquer le monstre dans son cœur, comme cela fut fait pour UBER par exemple. Mais dans le cas d’Airbnb, l’histoire nous incite à la prudence. J’étais récemment à Barcelone où les représentants de 40 pays ont échangé sur ce dossier, ont comparé leurs approches. Toutes les législations qui ont décidé de s’attaquer de front à Airbnb ont eu de grandes difficultés à avancer et se retrouvent freinées par des armées d’avocats et des combats devant les tribunaux. Si on veut opter pour une avancée rapide, commencer par une obligation d’inscription me semble plus efficace.

Après l’annonce de cette semaine, diriez-vous que la guerre contre Airbnb et les autres plateformes est gagnée ? Ou n’était-ce là qu’une bataille ?

Je n’aime pas le terme « guerre ». Il est difficile d’être en guerre contre une réalité, contre une pratique désormais bien installée. Ce que nous souhaitons, c’est que l’hébergement collaboratif soit encadré, contrôlé. Mais cette modification au règlement n’est qu’un premier pas. Il va falloir maintenant avancer sur les chapitres de la taxation et de l’équité fiscale.

Et sur ce plan-là, où en sommes-nous ? Comment se déroulent les discussions aux différents paliers gouvernementaux ?

Sans vouloir trop m’avancer, je pense qu’on pourrait rapidement avoir une décision au niveau québécois. Le ministère du revenu a déjà le dossier en mains. Notre souhait est que la TVQ puisse être collectée immédiatement. On espère que le fédéral va emboîter le pas au Québec, même si ça semble plus compliqué à cet échelon-là : le gouvernement aujourd’hui en place à Ottawa semble avoir beaucoup de réticences à taxer les grandes plateformes. On l’a vu récemment avec Netflix.

Mais les élections approchent…

Oui, et vous pouvez compter sur nous pour faire part de nos revendications aux différents partis. Avant les élections québécoises, nous avons clairement indiqué que l’équité fiscale était au cœur de nos demandes : nous avons été entendus. Nous agirons de la même manière au niveau canadien, en espérant avoir les mêmes soutiens.

Au fédéral, certains partis ou représentants vous semblent-ils plus ouverts sur les questions d’hébergement collaboratif ?

Le gouvernement fédéral actuel n’est pas sourd à nos revendications, il est conscient de l’importance du tourisme. Avec la ministre Mélanie Joly, on note une bonne écoute, une bonne réceptivité. De toute façon, le gouvernement Trudeau ne pourrait pas faire pire que ce que les conservateurs de Stephen Harper ont fait à notre industrie. Mais ça prend plus de temps au fédéral, c’est une immense machine.

Sur le terrain, loin de ces discussions politiques, comment réagissent les hôteliers québécois suite aux annonces de ce mercredi ?

Ils sont contents de voir qu’un pas est fait dans la bonne direction, mais ils savent que nous sommes encore loin de la ligne d’arrivée. Il faudra encore avancer au Québec et à Ottawa, mais la solution passera également par les municipalités. Bref, la route est encore longue.

(*) « Un premier avertissement serait servi aux contrevenants. Une amende serait imposée en cas de récidive — entre 1 000 $ et 10 000 $ pour les particuliers ou entre 2 500 $ et 25 000 $ pour les personnes morales. Dans le cas où le gouvernement doive intervenir une troisième fois, le propriétaire perdrait le droit de louer à des fins touristiques », indiquait Le Devoir ce jeudi.

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