Colombe St-Pierre : « Il faut être fortes pour percer en gastronomie »

8 février 2018 - Par Katherine Boisvert

« Que tu sois un homme ou une femme, être chef, c’est un métier difficile. Je pense que ce métier, on ne pourra pas vraiment le changer, lance Colombe St-Pierre, chef du réputé restaurant Chez St-Pierre de Rimouski et l’une des têtes d’affiche de Women with Knives, qui se tient cette semaine au Centre Phi. Il faut que les femmes soient faites fortes si elles veulent percer en gastronomie. »

On ne peut le nier, être une femme comporte son lot de difficultés, surtout lorsqu’on doit jongler avec la conciliation travail-famille. « Les moments où j’ai le plus senti que j’étais une femme en cuisine, c’est quand j’étais enceinte, quand j’ai accouché, souligne la mère de trois enfants. Il y a quand même des embûches supplémentaires pour une femme qui décide de faire de la cuisine professionnelle. Il faut être passionnée. »

« Meilleure femme chef »

Au cœur de la discussion, la place des femmes dans les médias et la reconnaissance par leurs pairs. « Ce que l’on a décrété presque unanimement, c’est que la femme chef est moins tentée par les reconnaissances, souligne la chef du Chez St-Pierre. Mais quand on lui en donne, elle l’apprécie. On est difficilement sortable de nos cuisines, mais heureusement, il y a des femmes qui sortent du lot. »

C’est d’ailleurs le cas de la chef slovène Ana Roš, élue meilleure femme chef au monde en 2017 par le palmarès The World’s 50 Best Restaurants. La nécessité de créer des catégories « meilleure femme chef » était d’ailleurs sur toutes les lèvres, lundi soir. « Les femmes ne sont pas moins bonnes en cuisine, répond d’emblée Colombe St-Pierre. Ce que l’on a dit lundi, c’est que ce n’est pas nécessaire de faire des sous-catégories. Ce n’est pas en se séparant que l’on apprend à vivre ensemble. »

Mouvement #moiaussi

Le milieu de la restauration n’a pas été épargné par le mouvement #moiaussi. Mais aux yeux de Colombe St-Pierre, il y a une majorité de bons gars en cuisine et il faut le souligner. « J’ai travaillé avec des hommes extraordinaires et je suis amie avec beaucoup d’hommes qui sont chefs et qui me respectent. Mes mentors étaient des hommes, souffle-t-elle. Les fois où je me suis retrouvée face à des machos en cuisine, ça ne m’a pas impressionnée. Je m’en allais quand je trouvais que ce n’était pas cool. »

Colombe St-Pierre souligne d’ailleurs que beaucoup d’hommes étaient présents à l’événement de lundi soir. Les conférencières ont d’ailleurs voulu transmettre un message clair aux jeunes femmes présentes dans la salle. « On leur a dit : choisissez vos mentors, choisissez les cuisines dans lesquelles vous allez travailler. N’endurez pas des ambiances qui n’ont pas d’allure. Il y a une pénurie de cuisiniers, donc c’est facile de changer de place quand on n’est pas bien. »

Pour Colombe St-Pierre, le problème de la place des femmes en cuisine n’est pas réglé, « mais le discours est entamé », conclut-elle, pleine d’espoir.
 
 
(*) Lundi soir, Colombe St-Pierre participait à l’activité En conversation avec Ana Roš, qui lançait la série d’événements Women with Knives. Rappelons que la discussion, animée par Mitchell Davis, réunissait Colombe St-Pierre, Dominique Dufour (Ludger, Magdalena) et la sociologue Deborah A. Harris. La discussion a toutefois eu lieu sans Ana Roš, celle-ci ayant manqué son vol de liaison à Chicago.

(Sur la photo : Colombe St-Pierre et Dominique Dufour. Crédit photo : Sandra Larochelle – Centre Phi – Facebook.)




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