Boire « Made in Québec »

4 mai 2014

Par Jean-Sébastien Delisle, sommelier, enseignant et importateur chez Symbiose Vins et Cies

En novembre dernier, le gouvernement du Québec annonçait une série de mesures afin de stimuler la filière viticole québécoise. Les engagements pris en ce sens par l’ancienne première ministre Pauline Marois, totalisant près de 4,3 millions de dollars sur trois ans, permettront aux vignobles de chez nous de mieux commercialiser leurs produits, notamment avec une plus grande visibilité sur les tablettes des succursales de la SAQ¹. Décidemment, boire « Made in Québec » n’aura jamais été aussi facile ! Mais est-ce que ce sera suffisant pour séduire non seulement les consommateurs, mais également les sommeliers, les restaurateurs et les hôteliers ?

DES MESURES NÉCESSAIRES

Outre la plus grande présence des vins québécois à la SAQ, l’autre aspect visé par le plan du gouvernement concerne l’aide financière directe aux vignobles. En clair, le gouvernement bonifiera les sommes versées aux producteurs qui respecteront un certain nombre de critères, ce qui pourra représenter une aide valant jusqu’à deux dollars d’économie par bouteille pour les vignobles. Cet incitatif permettra aux vignerons de commercialiser plus de vin par la SAQ. Auparavant, les marges bénéficiaires étaient si faibles qu’il était impensable pour un vigneron d’offrir plus de 30 % de sa production à la SAQ. « Grâce aux nouvelles mesures, ce pourcentage va pouvoir grimper jusqu’à 80 % », estime le directeur général de l’Association des Vignerons du Québec, monsieur Yvan Quirion.


UNE JEUNE INDUSTRIE QUI SE BAT ENCORE CONTRE LES PRÉJUGÉS

Bien que la vente de vins québécois ait augmenté de près de 40 % à la SAQ en 2013, il reste encore du chemin à faire pour convaincre l’opinion publique quant à la notoriété des produits viticoles d’ici. Plusieurs mythes méritent d’être mis au rancart ! Voici quelques exemples :

  • Les vins d’ici ont la réputation d’être peu qualitatifs. Comment se fait-il alors que nos vins québécois se distinguent sur la scène nationale et internationale, ayant remporté plus de 200 médailles lors de la dernière décennie ? Et ce, dans tous les types de vins, du blanc sec au rouge sec en passant évidemment par le vin de glace.
  • Les vins d’ici sont souvent trafiqués. En 2009 est née la dénomination « Vin certifié du Québec ». Il s’agit d’une garantie de qualité pour le consommateur  : principalement quant à la pratique de la viticulture durable et quant à la traçabilité. Afin de mieux faire reconnaître la spécificité de la viticulture québécoise, les vins ainsi libellés assurent que les raisins proviennent à 85 % du Québec et à 100 % du Canada. Si le vin est produit et élaboré au domaine, la totalité des raisins sont québécois.
  • Les vins d’ici sont trop chers. Avant l’aide gouvernementale, les bouteilles de vin québécois étaient vendues en moyenne 16 $ à la SAQ et 14 $ au domaine. Or, les chiffres de la société d’État démontrent quant à eux que la bouteille moyenne achetée par le consommateur se trouve autour de 16 $...

UN DERNIER OBSTACLE QUI S’EFFACE : LA DISPONIBILITÉ

Avec l’arrivée de plus de vins de chez nous sur les rayons de la SAQ, on espère que les consommateurs porteront plus attention à cette offre. Les restaurateurs et les hôteliers pourront également se prévaloir de ces nouveaux produits pour les placer sur leurs cartes des vins. Et n’oubliez pas que les producteurs sont à même de timbrer les bouteilles vendues aux clients licenciés. Donc, il est possible pour un restaurateur de faire affaire directement avec un vigneron québécois. Pour le moment, cette stratégie est particulièrement utilisée dans les établissements situés près des régions productrices de vin. Beaucoup de cartes des vins de la région de Québec, de l’Estrie et même de Charlevoix offrent des vins locaux, ce qui est très apprécié de la clientèle touristique, qu’elle soit d’ailleurs… ou d’ici !


  • ¹ Le gouvernement péquiste de madame Marois a été délogé du pouvoir par le parti libéral lors des élections provinciales tenues le 7 avril dernier.

Sur la photo en tête d’article, le Vignoble Coteau Rougemont.

Photos : © Association des vignerons du Québec

Jean-Sébastien Delisle est sommelier, enseignant, importateur et il offre les services suivants : conférence, formation, conseils d’achat, évaluation de cave, accords mets et vins.
jsdelisle@symbiosevins.com 418 906-7677

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