Bas-Saint-Laurent

5 avril 2019 - Par Marie-Ève Garon

Le fleuve et ses multiples paysages sont des atouts indéniables du Bas-Saint-Laurent. Tout comme les sourires accrochés aux visages de ses habitants. Entre la réalité parfois abrupte du travail saisonnier, l’abondance de son terroir et les possibilités encore insoupçonnées du territoire, on retrouve des bâtisseurs qui créent un monde selon leurs convictions et leurs valeurs. L’incertitude des mois d’hiver laisse toujours place à de belles éclaircies.

L’ARTISTE ET LE BOULANGER

Lorsqu’elle a fait la route de Québec vers sa région natale, Denise Pelletier était loin de se douter qu’elle allait laisser une telle empreinte sur le paysage gourmand du Bas-Saint-Laurent. C’est dans une maison victorienne de Kamouraska que l’artiste-peintre imagine tout d’abord un gîte pour créateurs. « En 1993, Jochen Niemand a été le premier client de mon gîte, se souvient-elle. C’était un boulanger-meunier allemand qui faisait un voyage à vélo. Il n’est jamais reparti… »

Le couple transforme le gîte ; la Boulangerie Niemand est née. L’engouement pour l’enseigne se fait rapidement sentir, s’inscrivant dans la révolution gastronomique que traverse le Québec durant la décennie 1990. « La première année, le succès nous a surpris : nous répondions vraiment à un besoin. Par la suite, tout a concordé avec la popularité nouvelle des produits artisanaux. »

Malgré cette réussite, l’aspect saisonnier demeure, comme pour toutes les entreprises de l’endroit, un défi de taille. « L’hiver, c’est le désert blanc, ici ! Et plus on est nombreux dans le village à avoir des commerces, plus on se "tiraille" nos employés », note la propriétaire en insistant sur l’enjeu que la main-d’oeuvre représente dans cette région touristique.

Grâce notamment à la vue imprenable sur l’archipel de Kamouraska, la Boulangerie Niemand est devenue un arrêt estival incontournable. « On est, en quelque sorte, victime de notre succès, note Denise Pelletier. L’authenticité de nos produits me rend heureuse. C’est du bonheur qu’on partage avec les gens. » L’intégrité de la marque est, sans contredit, l’un des secrets de son succès. « En étant visionnaires, nous avons contribué à changer les mœurs ! »

AUBERGISTES AMOUREUX

À l’aube du 21e siècle, Liette Fortin et Hugues Massey quittent leur emploi respectif aux Hôtels Jaro pour créer l’Auberge du Chemin Faisant. « Au départ, nous regardions vers Baie-Saint-Paul dans le but d’acquérir un B&B qui deviendrait notre projet de retraite », se souvient le natif des Îles-de-la-Madeleine. Mais la vie en décide autrement, et le couple tombe sous le charme de cette maison de Cabano qui va rapidement le mener vers un nouveau mode de vie. « Nous trouvions que, malgré le fait que ce soit une région sublime, il y avait beaucoup à faire sur le plan touristique », poursuit-il, admettant que le développement du Témiscouata continue d’être ardu.

Avec le temps, Liette étudie la sommellerie, et Hugues devient le chef de cette table raffinée. « Nous avons uni nos forces pour créer un concept à notre image, confie-t-elle. On est fiers de l’avoir fait en région et sans compromis. » À mesure que l’offre touristique s’étoffe dans le Bas-Saint- Laurent et malgré les immenses enjeux liés à l’approvisionnement, l’Auberge gagne en notoriété. « Un de nos plus grands défis est de continuer à évoluer après avoir atteint un certain sommet », glisse le chef, qui constate que les exigences de sa clientèle se comparent maintenant à celles des grands centres urbains. « Ce n’est plus vrai qu’on pardonne tout sous prétexte qu’on est en région ! »

Après 20 ans d’activité, le couple envisage de ralentir mais souhaite assurer la pérennité de son entreprise. « C’est un rêve que de passer le flambeau, confie Liette. On verra ce que l’avenir nous réserve. »

LES AMANTS DE LA NATURE

Au cœur des montagnes de la luxuriante vallée de la Neigette, l’entreprise Manger Saison cultive et transforme ses produits maraîchers pour le plus grand bonheur d’une clientèle locale. « Quand on a commencé nos activités en 2012, il était clair que nous répondions à un besoin dans la région », note Marise Bélanger, cofondatrice de la marque avec son amoureux, Luc Bélanger. Elle constate qu’il n’existait, à l’époque, aucun concept semblable. Depuis, la demande visant leurs produits de qualité et de proximité n’a fait qu’augmenter, et plusieurs restaurateurs bas-laurentiens ont emboîté le pas. Certains travaillent même en étroite collaboration avec Manger Saison. « Nous partageons les mêmes valeurs », estime-t-elle.

Bien que, au départ, il croyait pouvoir compter sur son commerce en ligne, le couple s’est plutôt dirigé vers le Marché public de Rimouski pour aller à la rencontre de sa clientèle. « Ce n’était même pas dans notre plan d’affaires initial, mais il s’est avéré que le Marché public était essentiel pour démarrer et faire croître notre entreprise. »

Aujourd’hui, le principal défi de l’entreprise est de maintenir des standards de qualité élevés tout en demeurant concurrentielle. « Ça doit rester attrayant et abordable pour nos clients. Nous avons opté pour une grande diversité de produits, car nous visons beaucoup plus le marché local que provincial. » Ce choix n’est pas étranger au fait que Manger Saison corresponde parfaitement au mode de vie authentique recherché dans ce bassin de population. « Ça me rend fière que les gens connaissent nos produits et qu’ils commencent à les rechercher. »

Et si tout cela n’était qu’un début ? Cette région au cadre enchanteur pourrait développer son offre agrotouristique encore davantage, estime la maraîchère. « Chaque nouvelle entreprise est un plus pour diversifier le milieu agricole d’ici. »

LES AMIS BRASSEURS

La microbrasserie Ras L’Bock, située non loin de l’entrée du Bas-Saint-Laurent, c’est le projet d’Alexandre Caron, Julien Chabot- Chouinard et David Lebel, trois amis qui ont un jour décidé de revenir sur les lieux de leur enfance pour exploiter une passion commune. Depuis quatre ans, le trio développe son enseigne avec, en toile de fond, la beauté du fleuve. « Nous revenions souvent dans la région et nous nous rendions compte qu’il y avait peu de microbrasseries à des kilomètres à la ronde, confie Alexandre, copropriétaire de l’entreprise. Nous avons donc commencé à brasser notre bière. Et ce fut le début de l’aventure ! »

À la fois tenanciers du pub et producteurs brassicoles, les responsables du Ras L’Bock bénéficient de l’affluence touristique de la belle saison, puisque Saint-Jean-Port-Joli attire des visiteurs de partout, notamment pour ses sculptures sur bois et la splendeur de son paysage. « Nous avons une cinquantaine de points de vente entre Montréal et Rivière-du-Loup, mais on a du mal à fournir sur le plan de la distribution puisque, l’été, nous épuisons nos stocks sur place. » À cette période de l’année, la population du village triple en effet, passant de 3 000 à près de 10 000 résidents.

Forts de ce constat, les entrepreneurs travaillent donc sur la croissance de leur marque. « Nous sommes actuellement en train de construire notre nouvelle usine de production à La Pocatière. Le défi sera de devenir une entreprise de moyenne envergure », lance Alexandre Caron. Pour réussir cette transition, les partenaires misent sur leurs atouts afin de faire vivre à leur clientèle une expérience dont elle se souviendra longtemps. « Il y a un petit côté romantique, ici. Combiné à un produit unique comme le nôtre et qui fait appel aux sens, c’est une combinaison gagnante. »

BOUQUINISTE ET CIE

Depuis un quart de siècle, l’Auberge du Grand-Fleuve de Métis-sur-Mer accueille ses visiteurs, bercés par une mer à la largeur de l’horizon. Imaginé par un bouquiniste breton et une Matanaise d’origine, ce lieu sympathique avait au départ toutes les allures d’une auberge de jeunesse. Depuis, l’endroit s’est raffiné, et l’entreprise a pris un tournant familial. « Il y a plus de cinq ans que ma soeur et moi travaillons dans l’entreprise, raconte Manuel Pay, fils du fondateur de l’Auberge. Notre père n’aurait pas continué sans nous, et nous ne l’aurions pas fait sans lui. Nous avons une belle liberté à travailler ensemble. »

L’important changement démographique qu’a subi ce coin de pays a transformé la réalité de ses habitants. « Quand j’étais petit, il y avait ici deux dépanneurs, autant d’épiceries, et trois ou quatre bars. Actuellement, on peine à maintenir l’épicerie et une station-service en activité », glisse Manuel Pay, en spécifiant tout de même qu’on y retrouve maintenant une diversité de produits sans précédent.

Cette transformation du territoire n’a toutefois jamais fait ombrage à la notoriété de l’enseigne puisque ses hôtes ont su lui insuffler une âme qui, combinée à l’air salin, en fait un lieu unique au Québec. « La majorité de nos clients sont des gens qui reviennent depuis qu’ils nous ont découverts. Malgré le fait que nous ne sommes sur aucune plateforme de réservation, on affiche complet toute la saison. » Ce succès a aussi une autre explication : la seule chose qu’on entend à l’Auberge du Grand-Fleuve demeure le bruit des vagues. « Et le soleil des derniers étés a mis en scène un décor propice à faire vivre à nos invités une expérience sans faille. »

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