Banque alimentaire à l’Université : « La faim est essentiellement un problème financier »

20 septembre 2019 - Par Marie-Ève Garon

Depuis une dizaine d’années, les étudiants universitaires sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les banques alimentaires pour manger à leur faim. Dans certains établissements, la fréquentation du service n’a cessé d’augmenter, notamment à l’Université de Montréal (UdeM) où il a triplé au cours des trois dernières années. Moisson Montréal, qui fournit les denrées à ces étudiants dans le besoin, fait le constat que la faim a, plus que jamais, de multiples visages.

« Notre mission chez Moisson Montréal est de recueillir de la nourriture pour les organismes qui luttent pour la sécurité alimentaire dans la métropole, mentionne Richard Daneau, directeur général de l’organisme. L’aventure avec le milieu universitaire a commencé par une demande qui nous a été acheminée, dans laquelle il était question d’un projet de banque alimentaire. » À l’heure actuelle, McGill, Concordia et UdeM ont développé ce type de service de distribution de denrées dans l’enceinte de leur université respective.

Le dirigeant est à même de constater que le visage de la faim tend à se diversifier puisque celle-ci n’est désormais guère réservée aux plus démunis. « On voit apparaître tout un segment de gens qui ont des revenus, qui avant étaient autonomes mais qui maintenant n’y arrivent plus à cause notamment du coût de la vie élevé », mentionne-t-il. Cette réalité touche ainsi autant les étudiants qui reçoivent des prêts et bourses, que des travailleurs ou des personnes retraitées dont les revenus ou la pension ne suffisent pas. « Le coût des logements pèse très fort dans la balance budgétaire et la seule dépense qui est vraiment élastique, c’est l’alimentation. »

La faim versus le gaspillage alimentaire

Richard Daneau mentionne que Moisson Montréal a récupéré, en 2018, 15 millions de kilos de denrées qui étaient destinées à se retrouver à l’enfouissement, ce qui équivaut à 86 millions de dollars de nourriture. « La faim est essentiellement un problème financier, précise-t-il. Au Canada, si les gens ne sont pas en mesure de manger, ce n’est pas parce qu’ils n’ont pas accès à de la nourriture, c’est parce qu’ils n’ont pas les moyens. »

Le gestionnaire déplore le fait que les préjugés persistent envers ceux qui fréquentent les banques alimentaires. Il estime d’ailleurs que la pression sociale est très grande chez les jeunes actuellement. « Certaines personnes croient que les étudiants précarisés n’ont qu’à ne plus avoir de cellulaire ou de voiture. Par contre, si on désire qu’ils deviennent des adultes pleinement affranchis, ils doivent vivre de leur temps. »

Les banques alimentaires dans les universités reposent essentiellement sur le bénévolat et l’entraide. Pour le dirigeant, le fait d’être en mesure de s’organiser collectivement, afin d’avoir recours à des programmes communautaires, s’avère fort positif. « C’est vraiment un beau modèle de responsabilisation puisque les jeunes se prennent en main et s’organisent collectivement. Il y a quelque chose de très riche dans cette mobilisation et cet engagement de leur part. » Un étudiant qui a faim ne sera pas en mesure de se concentrer sur ses études et « si on veut qu’il sorte de cette situation précaire, on a intérêt à encourager ce genre d’initiative, c’est-à-dire de vouloir se structurer et s’organiser ensemble. »

(Photo fournie par Moisson Montréal)

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