Au royaume des foodies, les cuisiniers sont rois

 
4 octobre 2016 | Par Pierre-Alain Belpaire

Elles attendent. « Je préférais la programmation de l’an dernier. » Elles trépignent. « Moi, tant qu’il y a le type du Pastaga, ça me va. » Elles commentent. « Attends, on a droit aux Vézina aussi, c’est pas rien. »

Ce samedi matin, le frais brouillard d’octobre n’aura pas freiné les ardeurs des centaines de participants à la 5e édition du Foodcamp. Près de 45 minutes avant le début des conférences, une longue et gourmande file serpente déjà dans les couloirs majestueux du Château Frontenac. Parmi les convives, une large, très large majorité représente la gent féminine. « Voir des gars s’agiter derrière les fourneaux, ça doit être un vieux fantasme », glisse, hilare, une impatiente quadra. « J’avais prévenu mon chum depuis un bon bout de temps : le Foodcamp, c’est ma fin de semaine à moi ! »

Les portes s’ouvrent, la foule s’engouffre. Odeurs de café, premiers selfies, bruyantes retrouvailles et grandes embrassades. « Notre slogan est simple : apprendre, manger, partager », lance, derrière le micro, le président de l’événement, Francis Laplante. Les 500 passionnés ne sont pas là pour les discours et l’organisateur ne le sait que trop bien. « Vous connaissez notre premier cuisinier, Mathieu Brisson ? » Un oui strident résonne et une salve d’applaudissements accompagne l’entrée en scène du chef du Clocher Penché. Blagues en rafales, conseils écologiques, recette colorée et inspirante, le jeune homme aux faux airs gauches livre une performance remarquable. Et remarquée. « J’avais entendu parler de ce gamin, je suis séduite, je l’ajoute sur ma liste », m’envoie une spectatrice aux tempes grisonnantes.

« On est plus proche du show que de la leçon de cuisine », confirme Jonathan Garnier. Durant toute la fin de semaine, le fondateur de La Guilde Culinaire joue à l’animateur, remplit les blancs, taquine les chefs. « Les membres du public veulent être stimulés. On doit les inspirer, les étonner, les amuser. Mais il faut que le niveau culinaire soit là aussi. On a des experts en face de nous. Tu connais beaucoup de gens qui seraient prêts à avaler de la langue de bœuf dès 9h30, toi ? »

Sébastien Laframboise (Le District) et Rémy Couture (Crémy Pâtisserie) prennent le relais. Gougère végé et tarte au citron meringuée. Des murmures satisfaits émergent par-ci par-là. Les photos envahissent Twitter et Instagram. « Une bouchée. Une minuscule bouchée. Mais quelle bouchée ! », s’amuse un philosophe en costume-cravate agitant sous mon nez un bâtonnet de bois désormais nu et inutile.

Entre chaque démonstration, la salle se vide. À l’extérieur, les convives se ruent sur les dégustations de cocktails et de fromages québécois. L’étonnant vin à la tomate fait lever bien des sourcils. L’huile de caméline fait de nouveaux adeptes. Les chocolats. La bière. Les épices. Les producteurs sont ravis, le public encore davantage. « Apprendre, manger, partager », le message semble parfaitement compris.

Armé d’une impressionnante cloche, le maître de cérémonie sonne la fin de la récréation. C’est l’heure du rendez-vous tant attendu avec la vedette du jour, le tatoué le plus célèbre de la gastronomie québécoise, Martin Juneau. « Je le voyais plus jeune », siffle une petite voix derrière moi. Lancé dans un fumant combat face aux chefs Quang Dang (West, Vancouver) et John Horne (Canoe, Toronto), le Montréalais est une véritable bête de scène, créatif et pétillant, baveux et sympathique. Malgré la défaite de leur poulain, nombreux sont ceux qui patienteront pour obtenir leur portrait à ses côtés. Sans se départir de son large sourire, Martin Juneau se plie à l’exercice. « La moindre des choses, c’est de répondre présent. Mais je dois vous avouer que j’étais vraiment stressé en me levant ce matin. Je ne m’y fais pas vraiment... »

Les présentations se succèdent. Les bouchées s’enchaînent. Les cuisiniers se donnent. « On me demande parfois pourquoi je participe à de tels événements », souffle Jonathan Garnier. « Regarde le sourire des gens. Les chefs qui viennent ici ne cherchent pas la célébrité. Ils veulent juste se sentir aimés. »

(Crédit Photo : Foodcamp Québec / LesFestifs)

Lisez également : Martin Juneau : « Au Foodcamp, on donne encore plus au public »

Pour suivre le Foodcamp :

Mots-clés: 03 Capitale Nationale (Québec)
Produits du terroir
Chefs

À lire aussi !

© HRI 2012-2020 Tous droits réservés.
HRImag est un média francophone (site Web et magazine papier) qui offre de l'information de pointe sur l'industrie des HRI (hôtels, restaurants et institutions).