Allison Van Rassel : LE BON SENS DE LA GIROUETTE

11 février 2019 - Par Pierre-Alain Belpaire

Journaliste, blogueuse, chroniqueuse, critique et désormais auteure, Allison Van Rassel est une touche-à-tout. « On m’a souvent dit que j’étais une girouette, sourit-elle. Je ne sais pas toujours dans quelle direction je vais ni pourquoi j’emprunte telle voie, mais je fonce. Et puisque ce sont les émotions et les rencontres que je recherche, je prends tout ce qui vient. Mon seul véritable objectif dans la vie, c’est d’être heureuse de me lever chaque matin ! »

Et heureuse, la pétillante jeune femme semble bien l’être. Depuis un peu plus de deux ans, elle décortique pour le compte de Radio-Canada l’actualité de l’industrie de l’alimentation et prend notamment un flagrant plaisir à mettre en valeur ceux qui y évoluent souvent dans l’ombre. Si elle estime être une « véritable privilégiée », Allison Van Rassel a pourtant roulé sa bosse, tenté différentes carrières et visité plus d’une ville avant de poser ses valises et ses lunettes colorées dans les bureaux du diffuseur public de la rue Saint-Jean, au cœur de « sa » ville de Québec.

Née à Mattawa, dans une communauté franco-ontarienne du nord de l’Ontario, Allison découvre, à six mois à peine, la Cité de Champlain. Mais c’est un peu plus à l’est, dans le jardin et la cuisine de ses grands-parents, que naît son intérêt pour les bons produits. « Mon grand-père était pisciculteur et ma grand-mère, artiste céramiste. Ils habitaient dans le Bas-Saint-Laurent, où ils avaient un potager et élevaient des dindes. Tout ce que nos ancêtres faisaient pour vivre en autarcie, ils le faisaient. J’adorais passer du temps à les regarder ramasser des fèves ou enlever les "bibittes à patates”. Et quand ma grand-mère cuisinait, c’était toujours savoureux. Toujours... » soupire la journaliste, qui mentionne également l’influence de son beau-père, Bernard, passionné de cuisine et fan inconditionnel du chef Paul Martin.

Liberté de ton

De gastronomie, il n’en sera pourtant presque pas question durant ses premières années professionnelles. Après avoir fourbi ses armes sur les ondes de CHYZ, Allison Van Rassel atterrit à Toronto et rejoint les équipes du Daily Commercial News. Après une mutation à Montréal, elle intègre la station CHOM-FM. « J’y ai animé pendant trois ans. J’y ai aussi découvert les secrets de la réalisation et de la mise en ondes. » Malgré tout, et bien qu’elle décroche un autre mandat (elle enseigne le journalisme dans une école secondaire de la métropole), Allison sent alors le profond besoin de retrouver ses proches et cette ville de Québec qu’elle affectionne tant.

De retour « à la maison », la demoiselle quitte – momentanément – l’univers des médias et découvre celui du service à la clientèle. Ce sera pourtant dans ce contexte que se produira le déclic. « J’ai fait beaucoup de belles rencontres et, surtout, j’avais l’occasion d’aller au restaurant plusieurs fois par semaine, se souvient-elle. J’ai vite noté chez moi une curiosité naturelle pour la nourriture, pour l’industrie de la restauration. À force de donner des conseils à mes amis, j’ai décidé de partir mon blogue, Foodie Québec. »

« Ce sont les émotions et les rencontres que je recherche. »

La machine est en marche. CBC la repère en premier ; son pendant francophone s’empresse de lui demander de traduire ses papiers. De 2013 à 2016, c’est dans la salle des nouvelles de Radio-Canada qu’elle poursuit son apprentissage. À temps plein. De la radio, du Web, de la télé. Jamais rassasiée, Allison Van Rassel obtient une dérogation et l’autorisation d’exercer ses talents dans d’autres médias, sur d’autres tribunes. « Et depuis septembre 2016, je gagne officiellement ma vie à couvrir l’univers gastronomique », précise-t-elle, non sans fierté.

Assez rapidement, Allison étonne et détonne. Elle n’hésite pas, par exemple, à critiquer, à pointer les lacunes de telle assiette, à questionner les idées de tel établissement. « Ce n’est jamais de la méchanceté : c’est de l’authenticité, justifie- t-elle. J’ai besoin de cette liberté de ton. Je comprends l’univers des blogueurs et des médias sociaux ; je le connais... Mais à mes yeux, il est difficile, voire impossible de parler et d’écrire sincèrement dans ce monde là. » Ses commentaires parfois acerbes lui ont valu quelques conflits ou réactions déplaisantes. « Dans cette industrie de passionnés, il est évident que ça ne fait pas plaisir quand on pointe du doigt tes points faibles. Certains auraient sans doute préféré que je le dise en privé plutôt que de l’étaler sur le site de Radio-Canada, que je leur laisse le temps de corriger. Mais ce n’est pas mon rôle, ce n’est pas ma job ! Dans la très grande majorité des cas, s’empresse-t-elle tout de même de préciser, tout se passe merveilleusement bien. »

Gourmand humanisme

Au fil des saisons, au gré des reportages, Allison Van Rassel a notamment noué des liens très forts avec différents artisans, ces discrets créateurs ô combien indispensables ! « Ce sont eux les véritables vedettes de notre gastronomie et, pourtant, on les avait oubliés », regrette-t-elle. En plus de courir les meilleures tables de la capitale nationale, cette baroudeuse dans l’âme parcourt donc la province, à la recherche d’histoires, d’anecdotes, de confidences. À la rencontre d’humains. « Être gourmand, c’est aimer les couleurs, les saveurs, les découvertes, les émotions. Mais être gourmand, c’est surtout aimer les gens », souligne la souriante philosophe.

D’ici quelques mois, cette curieuse invétérée publiera son premier ouvrage. Dans ces pages et chapitres, elle abordera des questions de santé, de société, d’agriculture, d’environnement. Elle parlera tendances, bio et nutrition. Elle tentera, une fois encore, de faire réfléchir sa « gang de gourmands ». « J’aimerais que ce livre devienne, en toute modestie, le petit guide du meilleur consommateur », résume-t-elle.

Journaliste, blogueuse, chroniqueuse, critique et donc désormais auteure, Allison Van Rassel collectionne les chapeaux. « Et ne me demandez surtout pas de n’en garder qu’un seul ! »

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