Alexandre Audet : « Ça paraît déjà tellement loin… »

 
17 avril 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

Pour prendre le pouls de notre industrie au cœur de la tempête COVID-19, pour « humaniser » cette terrible crise, HRImag a décidé de donner la parole à diverses personnalités ayant figuré, au cours des dernières années, dans nos hors-séries.
 

La voix est timide. Les silences sont nombreux. Pas qu’Alexandre Audet hésite ou ne maîtrise pas son sujet. Non, tant s’en faut. Le directeur général de l’hôtel Quality Inn & Suites Val-d’Or est du genre discret, tout simplement. Mais les nombreuses récompenses glanées au cours des dernières années par son établissement devraient suffire à convaincre les plus sceptiques : malgré son caractère (légèrement) effacé et son (relatif) manque d’expérience, le jeune dirigeant fait partie de ceux qui parlent peu mais pensent beaucoup. Et qui méritent qu’on les écoute.

« D’accord, je n’avais pas encore vécu beaucoup de crises, mais je pense que de toute manière, personne n’avait jamais rien affronté de tel, souffle-t-il. C’est une crise tellement large, avec des impacts sur tous les chapitres de nos vies, personnelles et professionnelles, avec des conséquences tant sur le plan humain que financier. C’est exceptionnel. »

Lorsque la terrible COVID-19 a débarqué en sol québécois, les responsables de l’établissement de Val-d’Or ont tout d’abord choisi de mettre à pied, temporairement, une partie des 35 employés. Mais les annonces gouvernementales se succédant et l’inquiétude grandissant, tant dans les rangs du personnel que dans le chef de la clientèle, ont finalement convaincu les propriétaires et gestionnaires de mettre la clé sous la porte une dizaine de jours plus tard. « Le samedi, on nous annonçait qu’on devait fermer notre salle de sport ; le lendemain, c’était au tour du buffet. Suite aux annonces interdisant les rassemblements, on a eu une vague d’annulations pour les congrès et les événements sportifs. Les clients étaient toujours moins nombreux. Bref, la fermeture était inévitable. » Et de soupirer, quelques secondes plus tard : « Tout ça paraît déjà tellement loin maintenant… »

Après avoir accompagné chaque membre de l’équipe et rassuré les plus craintifs, Alexandre Audet met aujourd’hui un point d’honneur à fréquemment prendre des nouvelles de ses troupes. Il leur transmet notamment, à fréquence régulière, un bulletin dans lequel il glisse diverses informations sur le virus, des conseils pour bénéficier des programmes d’aide ou encore des renseignements sur l’hôtel. « Et pour le prochain bulletin, je leur ai demandé de m’envoyer quelques photos, précise le directeur général. L’idée, c’est de préserver l’esprit d’équipe. Nos employés sont très impliqués, il y a un côté très familial ici. Et j’y tiens. »

Une année à oublier

Comme tous les autres acteurs de l’industrie hôtelière, Alexandre Audet attend impatiemment la réouverture de son établissement. Pour l’heure, c’est la date du 30 avril qui a été retenue. Mais le dirigeant sait pertinemment que la situation pourrait fortement évoluer d’ici là, forçant le report du retour aux affaires. « On attend, on vit au jour le jour », glisse-t-il. Avec les règles imposant une distanciation sociale et l’annulation des festivals et d’autres événements, l’homme sait que, peu importe le calendrier, « l’été sera plus que compliqué. Le retard accumulé sera impossible à rattraper. Et cette année sera à oublier. »

Pourtant, Alexandre Audet se compte chanceux. La clientèle du Quality Inn & Suites Val-d’Or compte peu de visiteurs internationaux et beaucoup de gens d’affaires. « Dans les premières semaines après la reprise, la plupart des déplacements vont être annulés, les réunions vont se faire virtuellement, bien sûr, mais je suis certain qu’assez rapidement, les événements vont reprendre. Les gens aiment le contact, ils ont besoin de se réunir. » L’Abitibi-Témiscamingue devra aussi, souligne-t-il, profiter de l’intérêt renouvelé des Québécois pour leur propre province. « Ça me donne un peu d’espoir : souvent, notre région figure parmi les dernières visitées par les Québécois. Ceux qui ne pourront pas voyager à l’international seront peut-être curieux d’enfin la découvrir. »

En attendant cette reprise et les quelques opportunités qu’elle offrira, Alexandre Audet analyse, observe, s’informe. Et apprend. « On est bombardés d’informations depuis le début de la crise. Des études, des programmes, des chiffres. Je sais que j’ai moins d’expérience que d’autres dirigeants, mais j’apprends tous les jours. J’espère avoir développé des aptitudes et des qualités qui me serviront par la suite. »

Dans l’entretien qu’il avait accordé au HRImag en janvier 2019, l’hôtelier estimait déjà que « le plus important, c’est l’attitude et la personnalité ; le reste, ça s’apprend. »

On vous le disait : il parle peu, mais pense beaucoup.
 

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