Accessibilité : « Les hôteliers gagneraient à en faire davantage ! »

13 novembre 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

Interrupteurs placés plus bas, installations de douches plutôt que de baignoires, pose de rampes dans l’établissement, élimination des tapis dans les chambres, construction d’une plus vaste salle de bains dans les espaces communs… La liste des aménagements mis en place à l’Auberge des Gallant de Ste-Marthe, en Montérégie, est aussi impressionnante qu’inspirante. « Et il y aurait pourtant encore bien du travail à faire, croyez-moi », assure la maîtresse des lieux, Linda Strong Gallant.

Assurant se référer à la loi lors de chaque rénovation, l’aubergiste indique avoir remarqué que les besoins, en termes d’accessibilité, se faisaient toujours plus grands. « Le public qu’on aide en effectuant ces modifications est particulièrement large. Ici, on accueille par exemple de plus en plus de personnes âgées restées actives. Et les jeunes familles qui débarquent avec une poussette, ce ne sont pas des personnes handicapées mais ces aménagements peuvent malgré tout leur faciliter la tâche. »

Niche très intéressante

Les responsables de l’organisme Kéroul rappelaient voici peu aux professionnels de l’industrie que les propriétaires de condos-hôtels devaient, en cas de construction ou de rénovation majeure, rendre 10 % de leurs suites accessibles aux personnes handicapées. Le Code de construction du Québec impose d’ailleurs ce quota à tout type d’établissement hôtelier. Mais cette règle n’est malheureusement que « rarement respectée », déplore André Leclerc, président directeur général de Kéroul. « Le problème, c’est que la Régie du bâtiment ne peut intervenir s’il n’y a pas de plainte. Et comme elles sont très rares… »

Kéroul, qui a fait de l’accessibilité dans les hôtels québécois l’un de ses chevaux de bataille, a déjà mis beaucoup d’énergie dans ce dossier complexe et technique. Et si de maigres avancées ont été constatées sur le terrain, la province accuse encore, à ce niveau, de gros retards par rapport à d’autres marchés, tels les États-Unis, l’Allemagne ou l’Espagne. « C’est pourtant une niche très intéressante pour les hôteliers, poursuit André Leclerc. La population vieillit, les clients ayant des difficultés à se déplacer sont toujours plus nombreux. »

Plusieurs propriétaires estiment que les aménagements nécessaires pour rendre leurs immeubles accessibles sont trop dispendieux. Pourtant, aux yeux du responsable, si les aménagements sont patiemment planifiés ou s’intègrent dans un large projet de rénovations, « ils ne feront pas exploser le budget ». Un programme d’aide aux établissements touristiques peut d’ailleurs permettre aux gestionnaires de recevoir une enveloppe pouvant atteindre les 20 000 $. Au-delà de l’aspect financier, certains professionnels craignent peut-être de se retrouver empêtrés dans des dossiers administratifs complexes ou de défigurer leur établissement, regrette le responsable.

« Très payant ! »

Ces arguments et excuses, Linda Strong Gallant les balaie d’un revers de main. Des aménagements onéreux ? « Le crédit d’impôt pour rénovations existe. » Compliqués ? « Il suffit de se poser les bonnes questions et de faire appel aux bonnes personnes. » Peu rentables ? « Oh que non ! Ce serait même l’inverse : si vous saviez le nombre d’événements et de réceptions que j’ai eus parce que mes compétiteurs ne pouvaient accueillir des grands-parents ou des personnes handicapées. C’est très payant. Les hôteliers gagneraient à en faire davantage en matière d’accessibilité », assure la dynamique aubergiste.

Pour « faire bouger les choses », Kéroul appelle de ses vœux une réunion des différents acteurs, qu’ils soient hôteliers, politiciens ou architectes. Et rappelle être toujours disponible pour informer, aiguiller ou conseiller un hôtelier. « On a noté de légers gains au cours des dernières années, se félicite Julie-Anne Perrault, responsable des communications au sein de l’organisme. Les professionnels semblent davantage conscients des problèmes liés à l’accessibilité, mais la route est encore longue. »

L’accessibilité est l’affaire de tous et ne doit pas préoccuper uniquement les grands, riches ou puissants acteurs de l’industrie. Auberges de jeunesse, hôtels géographiquement isolés ou établissements de taille limitée, tous devraient tout mettre en œuvre pour être capables d’accueillir des clients à mobilité réduite. « Le besoin est là, répète André Leclerc. Et tout le monde y sera gagnant ! »

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