40 ans de La Table des Roy : Les secrets d’une tenace pionnière

10 juillet 2019 - Par Pierre-Alain Belpaire

À la fin des années ’70, Francine et André Roy, deux « trippeux de bouffe » curieux et passionnés, sillonnent l’archipel madelinot avec leur fils, Jean-François. Le couple, gourmand de nature, s’étonne d’y trouver une offre en restauration plutôt limitée. Plutôt que de s’en plaindre, les tourtereaux décident d’agir et de quitter la Capitale-Nationale pour déposer leurs valises sur ce petit bout du Québec perdu dans l’immensité du Golfe du St-Laurent.

« Ils ont acheté la maison de mes parents et c’est devenu La Table des Roy, se souvient Johanne Vigneau. J’ai eu la chance de travailler avec eux dès la première saison, en 1979. Durant sept années, ils m’ont prise sous leur aile, ils m’ont appris ce qu’était la cuisine gastronomique, dont je ne savais rien ou presque. »

Lorsque le duo choisit de mettre un terme à l’aventure en 1986, la jeune Madelinienne décide de reprendre les rênes du restaurant. Mais sans jamais penser, ne serait-ce qu’une seconde, à modifier le nom de l’établissement. « Ce sont eux, les Roy, qui l’ont pensé, qui l’ont construit, qui l’ont imaginé. Je leur dois bien ça ! Francine, notamment, a toujours été aux petits soins pour moi. Et elle a fait beaucoup pour la région aussi, en mettant par exemple à l’honneur le poisson frais ou les pétoncles. »

Une fois aux commandes de La Table des Roy, Johanne Vigneau poursuit donc la mission que s’étaient fixée les fondateurs. Et au fil des ans, le restaurant se fait un nom et se bâtit une appréciable réputation, bien au-delà des limites de l’archipel. « Évidemment, il y a eu des moments plus difficiles, plus délicats. Et évidemment, il y a eu des soirs où j’ai pensé tout abandonner. Mais je suis une tenace et je me suis battue. C’est ça, le grand secret », confie la propriétaire. Pour surprendre, pour innover, pour s’inspirer, l’entrepreneure ose aussi « aller voir ce qui se fait ailleurs », n’hésite pas à bouleverser les habitudes et, surtout, à faire rapidement confiance aux producteurs et aux transformateurs de la région. « On était de vrais pionniers en la matière, s’amuse-t-elle. On faisait du "local" bien avant que ce ne soit tendance. » Carte restreinte, restaurant de 14 tables à peine (« Bien suffisant ! »), ouverture limitée à la saison estivale : la sagesse de la maîtresse des lieux lui aura également permis de tenir durant ces quatre décennies. « La première année, j’ai voulu tenter le coup et j’ai ouvert jusqu’en décembre. Résultat : je n’avais aucun client. On apprend vite dans ces cas-là… »

Puisqu’il ne lui « reste pas 40 autres années à travailler », Johanne Vigneau met un point d’honneur à impliquer une relève qu’elle juge « étonnante et inspirante ». « Prenez Brenda Poirier, la récente finaliste de l’émission Les Chefs !, qui revient avec nous pour une seconde saison. C’est un plaisir de travailler avec des personnages comme ça ! Ils m’en enlèvent de mes épaules, ils m’apportent leurs idées, leur créativité. Et ça m’aide à continuer. Une année à fois… »

Pour se faire plaisir et découvrir d’autres horizons, la patronne lançait également, voici sept ans, la boutique Gourmande de nature. Dans ce véritable laboratoire, elle offre des ateliers culinaires, fait découvrir mille et uns produits, propose des repas sur place et du prêt-à-manger. « C’est rendu gros, concède-t-elle. Mais la demande est là, les gens répondent présents. Et ça me permet de m’amuser. Et puis, chaque matin, quand je me rends au travail, ça sent bon la mer. Ça aide à s’émerveiller. » Même après 40 années…

(Crédit photo : La Table des Roy, avec l’aimable autorisation de Johanne Vigneau)

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