La Revue HRI : HOTELS, RESTAURANTS et INSTITUTIONS

Paru dans la Revue HRI :

Printemps (Vol 14 no 1)

( 2010 )

Carnet de voyage : L’autosuffisance, un mythe ?



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JPEG Par Réal Migneault, Président de RPM Développement Durable

Au moment où vous lirez ces lignes, il fera probablement un peu plus chaud. Toutefois, il fait présentement -25 °C et je suis encore sur les vapeurs de mon voyage au Costa Rica duquel je viens tout juste d’arriver.

S’il est vrai que le Costa Rica est une terre de prédilection pour les projets environnementaux, les parcs, les réserves naturelles et les initiatives « vertes » dans le domaine du tourisme, il n’en reste pas moins que ce pays, à l’image de son climat, de sa biodiversité et de ses paysages paradisiaques, est une terre de contrastes. Les expressions « éco », « bio », « enviro », se retrouvent partout et pourtant, je n’ai pas tout vu, mais sur les 2500 km parcourus, le pays semble être une poubelle à ciel ouvert, plus particulièrement, le long des routes et près des zones habitées.

Cependant, en dehors des circuits ultratouristiques, mais parfois aussi dans des zones de fort achalandage, se trouvent des initiatives tout aussi inspirantes que les gens qui les ont mis en place.

Ainsi, c’est par hasard que je suis arrivé au Rancho Margot. Situé près du lac Arenal, le ranch se trouve à 15 km de la réserve biologique de Monteverde. Par temps clair, on peut admirer le volcan Arenal. Le site est entouré d’une forêt tropicale primaire et est traversé par onze sources naturelles ainsi que par une rivière qui se jette dans le lac.

Sans trop savoir ce qui m’attendait, j’ai bien compris qu’il s’agissait là d’un endroit différent de ceux que j’avais visités jusque là. J’ai été séduit par le projet de « ranch » autosuffisant. Vraiment, il s’agit bien d’un projet de passionnés. J’y ai rencontré Juan, le fondateur, et Frédéric, son fils, qui pour ses vingt ans, est dépositaire d’une sagesse, d’une énergie et d’une expérience inspirantes.

En un peu moins de six ans, les fondateurs ont transformé les 400 acres qui constituent le domaine, en une véritable destination touristique en harmonie avec l’environnement. Ce qui ne fut pas sans peine puisqu’au départ, le terrain était inondé une bonne partie de l’année et largement déboisé parce qu’il avait servi à l’élevage de bovins.

Bien que les fondateurs se défendent de dire qu’ils sont à 100 % autosuffisants, c’est sur place qu’ils produisent l’énergie, la nourriture et les ressources nécessaires tant pour subvenir à leurs besoins que pour poursuivre leur projet de remise à l’état naturel du terrain.

En effet, la famille s’est donné pour mission de faire de ce lieu, un lieu de conservation, d’éducation et de transmission du savoir par des programmes éducatifs et des activités centrées sur l’apprentissage par l’action. Le projet s’est d’ailleurs attiré l’attention internationale de plus de 15 universités, dont la prestigieuse Harvard, qui envoient des étudiants en stages. Le tout dans une ambiance familiale et avec le souci de faire participer et d’éduquer la communauté locale.

La philosophie derrière le projet : développer une autonomie alimentaire en rétablissant l’équilibre entre l’homme et son milieu tout en respectant les cycles naturels.

La famille Sostheim a de plus, pris le pari de démontrer que la cohabitation entre les humains, les animaux d’élevage et les différents types de cultures était possible. Contrairement à ce dont on peut s’attendre, je n’ai jamais été incommodé ni par les odeurs, ni par les insectes même si les écuries sont situées à proximité de la salle à manger. De plus, la production de volaille, l’élevage des porcs sont tout près des cabines destinées aux visiteurs. Leur secret : donner aux animaux une nourriture saine, sans produits chimiques et cultivée avec autant d’attention que celle destinée à la consommation humaine.

À ce chapitre, je dois dire que j’ai mangé comme un roi. Toute la nourriture est préparée sur place et est servie en formule buffet. Tout était savoureux et il y en avait pour tous les goûts et tous les appétits !

JPEG Par ailleurs, tous les éléments bâtis ont été construits dans le souci de s’intégrer parfaitement à la nature qui les entoure. Si bien que d’ici quelques années, lorsque les arbres qu’ils ont plantés auront poussé un peu plus, c’est à peine si nous pourrons apercevoir les bâtiments et les cabines.

JPEG Élevage bovin

On retrouve sur le site une production bovine qui fournit la viande, le lait et le fromage.

JPEG Élevage porcin

JPEG Élevage de volaille

Comme tous les animaux de la ferme, la volaille se nourrit uniquement de produits naturels qui poussent sur le ranch. Élevés en liberté, ils peuvent aussi capturer des insectes et de vers qu’ils trouvent par eux même.

Tous les rejets des animaux sont récupérés et transformés en compost ou utilisés pour la production de méthane qui sert à remplacer le gaz propane pour les poêles au gaz et le chauffage.

JPEG Production de fruits et légumes biologiques

On retrouve des plantations variées au ranch. Des parcelles de toutes tailles contiennent une importante diversité de fruits et légumes qui servent à nourrir les employés et les visiteurs.

JPEG On retrouve aussi un jardin de plantes médicinales puis une pépinière d’arbres et de plantes natives qui serviront au reboisement du site. Sans compter la production de tout ce dont les animaux ont besoin pour se nourrir.

JPEG Compost

Le compostage joue un rôle très important puisqu’il sert à transformer la matière organique et à enrichir les espaces de plantation.

JPEG Grâce à un système de serpentins enfouis sous le compost, la chaleur produite par le processus de transformation sert à chauffer l’eau domestique et l’eau de la piscine.

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Production d’énergie

Une partie de l’eau qui passe à travers la propriété est canalisée vers une microturbine afin de produire de l’hydroélectricité. JPEG ____________________________________________

Il y aurait beaucoup plus à dire sur cet endroit et sur les gens qui ont rendu ce projet possible. Cela dit, je crois qu’avec les quelques exemples mentionnés dans cet article nous sommes à même de constater qu’il est possible de rétablir l’équilibre entre l’homme et la nature pour le peu que nous nous en donnions la peine.

Bien sûr, nous ne possédons pas tous 400 acres de terrain et nous ne sommes pas tous à même de nous consacrer à l’autoproduction d’énergie ou de nourriture.

Cependant, plusieurs initiatives existent ici, au Québec. Nous n’avons qu’à penser à l’agriculture soutenue par la communauté ou encore à certaines entreprises hôtelières et touristiques qui négocient avec les producteurs des prix fondés sur des volumes d’achat garantis. L’achat local représente aussi un geste tout simple qui vous permettra de rencontrer les producteurs et les artisans locaux et de découvrir des produits faits avec passion.

Si prendre ce type de virage représente encore un risque pour certains, il y a fort à parier qu’au cours des prochaines années, le risque sera bien plus grand pour ceux qui ne le prennent pas.

Pour plus d’information sur le Rancho Margot

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