Reconnaissance des acquis et formation

Fidéliser et améliorer son personnel
19 mars 2008 - Par Guylaine Boisvert

En tant que gestionnaire d’un service alimentaire, vous êtes probablement le pilier central autour duquel tout bouge ! Votre menu doit s’adapter aux nouvelles tendances tout en respectant un ratio de rendement, votre décoration est à repenser de façon périodique, de nouveaux fournisseurs « débarquent » chaque semaine pour vous présenter leurs nouveaux produits, vous devez faire preuve d’originalité pour attirer la clientèle chez vous autant en haute saison que lors des périodes plus creuses… Jusque-là, ça va, ce n’est pas toujours facile, mais vous êtes l’homme ou la femme de la situation !

Là où ça ne va plus, c’est dans la gestion de votre personnel. Vous avez l’impression qu’il vous manque constamment de bons joueurs, un peu comme si vous aviez écopé d’une pénalité au hockey, sauf que les bons joueurs ne sont pas en attente sur le banc ! Et la partie continue... Il en va ainsi dans l’industrie de la restauration. On doit encourager les bons joueurs et user de stratégie avec les recrues ! Depuis longtemps, on parle de fidéliser la clientèle mais, de plus en plus, on parle de fidéliser le personnel car, sans une bonne équipe, l’échec est prévisible.



Il existe plusieurs façons de fidéliser son personnel en alimentation, telles que l’attribution de points aux employés et leur participation aux profits. Mais avez-vous déjà pensé à accompagner vos employés dans une démarche d’apprentissage et de reconnaissance professionnelle ? Au Québec, il existe deux programmes distincts qui, une fois jumelés, apportent leur lot de bénéfices, tant pour l’employeur que pour l’employé. Ces deux programmes sont respectivement le PAMT (Programme d’apprentissage en milieu de travail) et la RAC (Reconnaissance des acquis et des compétences). Le PAMT est géré par Emploi-Québec et la RAC relève du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS). Après avoir lu cet article, vous serez en mesure de mieux comprendre les caractéristiques de ces deux programmes.

Le Programme d’apprentissage en milieu de travail d’Emploi Québec

Comme son nom l’indique, le Programme d’apprentissage en milieu de travail s’exerce... en milieu de travail ! Il s’applique à plusieurs métiers dont certains en alimentation, soit les métiers de boucher (détail ou industriel), de boulanger, de cuisinier, de pâtissier et de poissonnier. Pour s’inscrire au PAMT, l’entreprise doit former un « duo » : le futur apprenti et le compagnon ou, si vous préférez, l’élève et le formateur. Le futur apprenti doit déjà travailler dans l’entreprise et être âgé d’au moins 16 ans. Le formateur doit exercer le métier pour lequel il forme l’apprenti et détenir les qualités de formateur, c’est-à-dire être compétent dans son métier, bon pédagogue et avoir suivi la session de formation pour formateurs d’Emploi-Québec, une formation qui dure une demi-journée. Le PAMT consiste donc en un compagnonnage sur le terrain. Rien de tel qu’un exemple concret pour illustrer son fonctionnement.

Il y a quelques années, Jean-Pierre Cloutier, chef-propriétaire du restaurant du Musée, au Musée national des beaux-arts de Québec, a adhéré à ce programme pour un apprenti-cuisinier. « Le processus est simple, dit-il. Je pense que, de prime abord, il faut repérer les employés non formés dotés d’une bonne volonté et d’une grande motivation. Une fois inscrit au PAMT, Emploi-Québec nous fournit des manuels d’apprentissages : le guide à l’intention du compagnon et le carnet d’apprentissage de l’apprenti-cuisinier. Il suffit ensuite de former et de superviser l’employé dans ses tâches quotidiennes. » Les guides dont parle M. Cloutier comprennent différents modules d’apprentissage conçus à partir des programmes d’études du MELS. À titre d’exemple, on y trouve des modules sur les potages, les fruits et légumes, les viandes, volailles et gibiers, les petits déjeuners, etc.

M. Cloutier voit plusieurs avantages au PAMT. « Notre brigade est relativement petite au restaurant du Musée. J’ai moi-même été compagnon d’un apprenti et j’ai trouvé l’expérience enrichissante pour la dynamique du groupe, car je n’ai pas eu le choix de me retremper dans les principes de base de la cuisine et je l’ai fait en compagnie de ma brigade. Cela permet de développer une relation privilégiée avec la brigade, car le carnet d’apprentissage devient un outil de communication sur le savoir-faire en cuisine. Comme avantage, il ne faut pas négliger l’apport financier d’Emploi-Québec. Il est vrai que nous passons plus de temps à communiquer avec l’apprenti, mais ce temps nous est remis tant par l’apport financier d’Emploi-Québec que par la rapidité et l’efficacité toujours à la hausse de l’apprenti ! »

Avez-vous déjà pensé à accompagner vos employés dans une démarche d’apprentissage et de reconnaissance professionnelle ?

Josée Hallé, du Groupe Restos Plaisirs, participe également au PAMT depuis plusieurs années. « La formule est très avantageuse, affirme-t-elle, tant sur le plan des ressources humaines que sur le plan financier. Comme nous avons plusieurs types de restaurants, nous pouvons
assurer un apprentissage varié à nos employés sur le PAMT. Par exemple, certains de nos restaurants n’offrent pas de buffet ou de
brunch, mais Le Café du Monde l’offre, alors nos apprentis vont faire leur apprentissage sur ce module à cet endroit. » Il est à noter que le PAMT est rattaché exclusivement à l’employé, qui peut, s’il le veut, compléter ses modules en travaillant dans divers restaurants. Josée Hallé ajoute : « Emploi-Québec offre un incitatif financier intéressant de part et d’autre pour adhérer à ce programme. D’une part, l’apprenti se voit offrir 1000 $ après quelques mois de formation assidue et un autre 1000 $ à la fin du programme, lors de la remise de l’attestation, appelée sceau bleu. D’autre part, l’employeur bénéficie d’un crédit d ’impôt pour chaque apprenti sous sa responsabilité. » Le taux de base du crédit d’impôt est de 30 % du montant des dépenses admissibles. Le taux horaire maximal pour l’apprenti est de 18 $/heure et le plafond hebdomadaire admissible se situe entre 600 $ et 750 $/semaine, tous métiers confondus. Josée Hallé affirme que son entreprise a bénéficié d’un crédit d’impôt totalisant 85 000 $ l’an dernier avec ce programme ! Bref, la formule est intéressante, mais n’est pas complète sans une attestation officiellement reconnue, ce qui nous a mène à parler du programme de reconnaissance des acquis et des compétences du MELS.

Nous avons bénéficié d’un crédit d’impôt totalisant 85 000 $ l’an dernier avec le PAMT

Josée Hallé, Restos Plaisirs

La reconnaissance des acquis et des compétences du MELS

La RAC est offerte par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport depuis des décennies au Québec, mais elle gagne beaucoup en popularité depuis quelques années, car le ministère a débloqué des budgets pour faciliter la participation des travailleurs. Il s’agit d’un programme qui a été conçu pour valoriser les acquis professionnels des travailleurs et offrir à ces derniers la possibilité de faire des apprentissages sans retourner sur les bancs d’école à temps plein. Le processus est autonome et comporte plusieurs finalités, objectifs et résultats tant pour l’employé que pour l’employeur. Bien qu’il n’ait pas été conçu pour faire un pont avec le PAMT, vous serez en mesure de constater que le lien se fait facilement.

Dans le secteur de l’alimentation, la RAC est offerte pour les métiers suivants :

- Cuisinier
- Pâtissier
- Serveur
- Sommelier
- Boulanger
- Boucher

Le processus de RAC peut être une façon d’effectuer un bilan des compétences de son personnel en regard du programme d’études du MELS. À titre d’exemple, une restauratrice de la rive sud de Québec a choisi d’inscrire trois de ses employés au programme de RAC : deux cuisiniers dans le programme de cuisine et un cuisinier dans le programme de pâtisserie. Elle voulait, par ce processus, évaluer les acquis de son personnel de cuisine et vérifier si son troisième cuisinier avait suffisamment de compétences pour prendre en charge la pâtisserie du restaurant. Conclusion ? L’aspirant pâtissier n’avait pas suffisamment de connaissances en pâtisserie pour se lancer seul !

Toutefois, l’un des trois cuisiniers avait toutes les compétences pour acquérir son diplôme d’études professionnelles sans retourner sur les bancs d’école. Il a ainsi obtenu une reconnaissance officielle (relevé de notes et diplômes) de ses acquis professionnels. Pour ce qui est du troisième cuisinier, comme il maîtrisait quelques-unes des compétences du programme, on lui a suggéré plusieurs moyens pour obtenir les compétences manquantes.

La RAC permet aussi à l’employeur de préciser les besoins de formation de son personnel. À titre d’exemple, il appert que les cuisiniers d’expérience sans formation ont souvent des lacunes aux mêmes endroits dans le processus de RAC en cuisine. Les lacunes les plus fréquentes se trouvent généralement dans les modules ayant trait à la gestion et à l’organisation d’une cuisine, de même qu’à la pâtisserie (pâtes de base, pâtisseries et entremets). L’employé se fera ainsi proposer divers moyens pour lui permettre d ’acquérir les compétences manquantes. Si une commission scolaire regroupe suffisamment de personnes avec les mêmes lacunes par rapport à un programme (exemples : les compétences en pâtisserie pour un cuisinier ou encore les compétences en suggestion de vins pour un serveur), le MELS financera la formation manquante qui pourra être suivie à temps partiel.


Fait à noter, le processus de RAC peut s’effectuer en groupe. La première étape consiste à ouvrir officiellement un dossier au MELS. On demandera au candidat quelques pièces telles que curriculum vitae, certificat de naissance, lettre de l’employeur, documents de scolarité, etc. Le candidat aura ensuite à remplir un questionnaire relatant différentes tâches pouvant être exercées dans ses fonctions. Il devra y indiquer s’il se sent en mesure d’exécuter ces tâches. Il sera ensuite rencontré par un formateur ayant une bonne connaissance sur le terrain des pratiques de l’industrie. Après une entrevue avec le candidat et l’analyse des réponses au questionnaire, ce formateur établira le degré de maîtrise des compétences en fonction des exigences du programme d’études. Ensuite, ou bien le candidat sera dirigé vers les évaluations qui mènent à l’acquisition du diplôme ou d’un relevé de notes officiel, ou bien une formation adaptée à ses besoins pourra lui être suggérée afin de maîtriser les compétences manquantes.

C’est une situation où tout le monde sort gagnant ! L’employeur bénéficie
d’un employé formé à sa mesure avec un sentiment d’appartenance accru à l’entreprise et l’employé élargit son champ de compétences professionnelles.

PAMT et RAC, un beau mariage !

Comme vous êtes maintenant en mesure de le constater, le PAMT aboutit naturellement sur la RAC. « C’est une suite logique,
mentionne Josée Hallé. Une fois que son carnet est complété avec succès, l’apprenti se voit décerner le sceau bleu d’Emploi-Québec mais, pour avoir un diplôme officiellement reconnu, il doit faire les évaluations du MELS. J’ai un employé qui termine bientôt son carnet d’apprentissage en cuisine. Je vais l’inscrire dans un processus de reconnaissance des acquis et compétences afin qu’il puisse compléter les évaluations du MELS et il ira ainsi chercher son diplôme professionnel en cuisine d’établissement. C’est une situation où tout le monde sort gagnant ! » L’employeur bénéficie d’un employé formé à sa mesure et accroît le sentiment d ’appartenance à son entreprise et à l’égard du métier de son employé et l’employé élargit son champ de compétences professionnelles et sa confiance en soi.

Voilà ! C’était un bref survol de deux programmes extrêmement intéressants et avantageux pour les employeurs et employés du secteur des HRI. Souhaitons que ces informations vous outillent et vous encouragent à entreprendre un mouvement de reconnaissance envers vos employés, car les conditions de travail ne sont pas toujours faciles pour eux. Tout le monde a toujours besoin d’une petite tape dans le dos à l’occasion ! Sans compter qu’avec cette méthode, vous risquez d’en bénéficier au centuple !

Pour plus d’information sur le PAMT ou pour connaître les ressources offertes dans votre région, consultez www.emploiquebec.net, choisissez la section « Entreprises », puis cliquez à gauche sur « Programme d ’apprentissage en milieu de travail ». Vous pouvez aussi communiquer avec votre Centre local d’emploi pour connaître les personnes-ressources dans votre région.

Pour plus d’information sur la RAC ou pour connaître les ressources
dans votre région, visitez www.mels.gouv.qc.ca, www.inforouteftp.org ou contactez les personnes-ressources suivantes :

Pour la grande région de Montréal et de l’Ouest du Québec
Chantal Fontaine
1 888 432-4526, poste 6594
chantal.fontaine@cssh.qc.ca

Pour la grande région de Québec et de l’Est du Québec
Andrée Gauvin
418 686-4040, poste 2310
gauvin.andree@cscapitale.qc.ca

X