Orange, la quatrième couleur du vin

Par Jean-Sébastien Delisle, sommelier, enseignant et importateur chez Symbiose vins et cies
19 octobre 2014

Ils décoiffent, ils surprennent et ils ne laissent personne indifférent ! Ils nous font voyager dans un registre gustatif inconnu, sans balises établies. Véritablement, nous sommes dans la « quatrième dimension » avec ces vins orange que l’on trouve désormais sur les cartes des vins des restaurants et qui occupent déjà une certaine place au sein des portefeuilles des agences de représentation en vins du Québec. L’engouement pour cette « nouveauté » – il faut le dire vite – est palpable, tant chez les vignerons que dans la presse spécialisée, ou encore parmi les sommeliers professionnels. Le phénomène semble être là pour rester. Question de vous y retrouver, je vous propose un déchiffrage sommaire de ces vins pour le moins cryptiques.



L’élaboration

Le principe est fort simple : il s’agit de faire du vin blanc comme on fait du vin rouge, c’est-à-dire avec une macération plus ou moins prolongée des peaux de raisin dans le moût en fermentation. Généralement, le vin blanc est issu de la fermentation exclusive du jus de raisin. En appliquant la technique de la macération sur un raisin blanc, les vignerons sont à même d’extraire plusieurs composés contenus dans la peau qui ne se retrouvent pas habituellement dans un vin blanc classique. La présence de tanins dans le vin orange est le changement le plus notable.

L’origine

Si la mode du vin orange est relativement récente, sa présence dans le paysage viticole est, quant à elle, très ancienne. Pour preuve, on sait que les premiers vignerons méditerranéens de l’Antiquité avaient pour coutume de macérer les peaux avant le pressurage et la vinification. Le but de ces précurseurs était de protéger le vin de l’oxydation par l’entremise des tanins. Mais c’est en Géorgie que cette technique est devenue une tradition, avec des vinifications en raisins entiers dans des amphores de céramique enfouies sous terre. Encore maintenant, on produit là-bas des vins de cette façon. Puis, dans les années 1990, des vignerons européens s’inspirent de ces vins géorgiens et les réinventent à leur manière, leur donnant ainsi une seconde vie. Aujourd’hui, on retrouve des vins orange venus d’un peu partout, mais principalement d’Italie, de Croatie, de Géorgie, de France et des États-Unis. La dénomination « Orange Wine » est d’ailleurs née chez nos voisins du sud il y a de cela quelques années.

Les caractéristiques gustatives

Ce qui frappe en premier lieu, c’est évidemment l’aspect visuel. Le liquide est effectivement orange, voire fauve, souvent trouble parce que non filtré, et tourne parfois au brun s’il est ouvert depuis quelque temps. Au nez, les effluves sont déconcertants, mais également intrigants, d’une grande complexité. Des arômes de fruits séchés et d’écorce confite, de racines, d’humus, d’épices et de thé marquent puissamment le vin. Dans certains cas s’ajoutent des notes plus désagréables, dans le registre des volatiles, par exemple des odeurs de vernis à ongles. En bouche, la structure est tonique et parfois austère, avec une présence tannique bien assise sur des amers prononcés. Quant au volume de bouche, il est indéniablement plus ample que dans les vins blancs traditionnels.

Boire le vin orange

Afin de bien profiter de l’expérience orange, je vous conseille de carafer le vin une bonne heure. Ensuite, il faut bien le marier à table, puisque c’est précisément là que le vin se dévoile et qu’il prend tout son sens. Il permet d’explorer de nouvelles associations. Parmi les accords mets et vins que j’ai eu l’occasion d’essayer, voici les plus intéressants : sur du homard en bisque corsée, avec des charcuteries, sur un plateau de fromages ou encore pour accompagner la cuisine aigre-douce orientale. Les vins orange ne sont offerts au Québec qu’en importation privée. N’essayez pas pour le moment d’en trouver dans les succursales de la SAQ. Au moins une dizaine d’agences de représentation en vins commercialisent ces nectars, dont les prix varient en général entre 20 $ et 40 $, voire plus.


Jean-Sébastien Delisle est sommelier, enseignant, importateur et il offre les services suivants : conférence, formation, conseils d’achat, évaluation de cave, accords mets et vins.
jsdelisle@symbiosevins.com 418 906-7677

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