Les travailleurs de la restauration sous la loupe

11 août 2017 - Par Mélanie Gagné

Les émissions, films et magazines de cuisine sont nombreux. Ils inspirent, éduquent et font souvent rêver à une carrière en restauration. Le métier de chef cuisinier est souvent glorifié. Il y a le succès, la passion, le glamour, mais il y aussi la pression, le risque, les horaires chaotiques, la fatigue. Quelques documentaires, comme le film Sous pression de Marie Carpentier, montrent le côté difficile du métier. Aucune étude n’a toutefois été menée au Québec pour identifier les problématiques que vivent les professionnels du milieu de la restauration. Emma Glorioso-Deraiche, chercheuse en psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a décidé de se pencher sur le sujet dans le cadre d’un essai doctoral.

C’est son intérêt pour la cuisine qui a entre autres motivé le choix de sujet de la doctorante. « J’ai longtemps voulu aller en cuisine dans ma vie. C’est un univers qui me passionne. Mais je sais que c’est un métier difficile et ingrat. J’ai donc choisi la psychologie, un domaine que j’aime beaucoup également. Avec cette étude, je rallie mes deux passions ! », explique-t-elle. L’étudiante travaille d’ailleurs à temps partiel dans un restaurant de Montréal.

Travailleurs de la restauration recherchés

Emma Glorioso-Deraiche s’intéresse aux problématiques de santé mentale que pourraient vivre les travailleurs de la restauration. Pour les fins de son étude, elle souhaite observer ces personnes d’après quatre variables : le stress, l’épuisement, les comportements à risque (consommation de drogue et d’alcool) et les attitudes alimentaires.

Les professionnels qui souhaitent participer à l’étude devront simplement répondre à un questionnaire en ligne, de façon confidentielle. Les participants ne sont pas identifiés par leur nom, mais par un code alphanumérique. Emma Glorioso-Deraiche a reçu près de 80 témoignages jusqu’à maintenant et aimerait en compter environ 135*. Le recrutement des participants se fait jusqu’au 1er janvier 2018.

La chercheuse veut établir le profil psychologique des travailleurs des régions autant que des grands centres : « Nous pourrons ainsi cibler où sont les problématiques. Nous regarderons les différences entre les milieux, c’est-à-dire, région ou grand centre, poste occupé (serveur, cuisinier, etc.), type d’établissement (restaurant gastronomique, bistro, etc.), diplômé dans le domaine ou autodidacte. »

En 2015, l’Association des restaurateurs du Québec (ARQ) estimait à près de 210 000 les employés en restauration dans la province. Pour la doctorante, il s’agit d’une statistique significative : « C’est environ 5,1 % des travailleurs au Québec. C’est beaucoup ! Il est donc important de s’attarder à la santé mentale et physique de ces personnes. Je veux provoquer une réflexion sociétale. Si les résultats nous indiquent qu’il y a des problématiques en lien avec les quatre variables, des interventions pourront être faites ainsi que de la prévention. Je veux aussi donner envie à d’autres chercheurs de se pencher là-dessus, pour le bien-être des travailleurs. »

Emma Glorioso-Deraiche travaille avec quelques assistants sur le sujet, sous la direction du professeur Jacques Forget. Au terme de cette étude, la chercheuse sera sans doute en mesure de comprendre si le milieu de la restauration mène les travailleurs à adopter des comportements problématiques ou si ce sont des prédispositions.

Questionnaire

* Mise à jour : depuis l’entrevue, ce sont maintenant plus de 270 participants qui ont complété le questionnaire. « Mais je continue le recrutement car la plupart viennent de Montréal et sont des femmes » précise Mme Glorioso-Deraiche.

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