Le monde est SPA

10 avril 2011

À l’heure où spa rime avec santé, le milieu hôtelier souhaite attirer une clientèle concernée par son mieux-être. Toutefois, l’ajout de ce créneau exige la présence d’une équipe spécialisée pour répondre aux besoins d’une clientèle à l’affût de nouveautés. Mais cela en vaut-il le « coût » ?

Par Danielle C. Marier

Il y a moins d’une décennie, les spas en milieu hôtelier étaient décriés. Facile à comprendre à l’époque, car tout était à faire, autant du côté du personnel que de la clientèle. Sept ans plus tard, le vent a tourné : les baby-boomers, le stress du quotidien et la révolution du mieux-être ont changé la donne. Un spa n’est plus une frivolité, mais plutôt une activité qui s’inscrit dans un régime de vie sain et équilibré. Sanitas per aquam, disaient les Romains (la santé à l’aide de l’eau).

Le Réseau de veille en tourisme pose la question : « Le spa en hôtel, simple service complémentaire ou centre de profits ? » Car, pour les hôteliers, il est indéniable que les spas présentent de nombreux avantages. Pensons à une recrudescence de l’achalandage, à une hausse des revenus et des profits, à une augmentation de la valeur immobilière.

Des résultats indiquent que les clients résident plus longtemps et dépensent davantage dans un hôtel avec un spa.

En pleine expansion partout sur la planète, l’industrie des spas s’avère lucrative. Depuis quelques années, l’institut de recherche américaine SRI International observe son évolution. En 2008, le revenu de l’industrie des spas se chiffrait à 60,3 milliards, auxquels s’ajoutaient 194 milliards liés au tourisme et à l’hôtellerie. Des résultats indiquent que les clients résident plus longtemps et dépensent davantage dans un hôtel avec un spa.

Tout indique que les hôtels-spas sont là pour rester. Un grand nombre offrent déjà des forfaits, qui comprennent – outre le spa – le Pilates, le yoga, le taï-chi, différents massages et autres soins corporels. Par ailleurs, ils n’hésitent pas à se redéfinir pour se démarquer. Seules limites : l’imagination et le budget !

OÙ COMMENCER ?

N’a pas un spa qui veut ! Entre l’idée sur papier et le premier client, le chemin est long et coûteux. La conception et l’installation exigent des investissements importants et des connaissances particulières. « Comment établir le budget ? », demande Angélique Carrière, consultante en gestion de spa. « Quel éclairage convient à chaque soin ? Comment recruter le personnel ? » Un spa qui assure une qualité constante dans les soins et les services réussit à se démarquer de la concurrence. Chaque étape influence le résultat, et chaque erreur peut être coûteuse. D’où l’importance de consulter des experts dans le domaine.

TROUVER SON CRÉNEAU

Architectes et designers collaborent avec les consultants en spa pour créer des lieux inspirants. Imaginez : le Tibet annonce déjà l’hôtel-spa de luxe le plus haut du monde ! Mais il n’y a pas que le décor qui compte. Encore faut-il choisir sa clientèle et la fidéliser. Pour ce faire, le concept est crucial, et les formules varient à l’infini. En voici quelques exemples :

Entre la vinothérapie et la chocothérapie, les spas russes et finlandais se taillent une place avec énergie. Et, depuis peu, une nouvelle catégorie de voyage s’impose : le tourisme de santé, pour répondre aux besoins des baby-boomers qui aiment voyager.

Autres clientèles : les générations X et Y, qui découvrent les bienfaits des bains nordiques. Ils en font une activité à la fois sociale et familiale, qu’ils intègrent à leur mode de vie.

Photo : Amérispa Hôtel Sheraton Laval

On connaît le spa de destination, un concept global axé sur le mieux-être, comme le Spa Eastman, Le baluchon et L’eau à la bouche. Mais on constate que les enfants raffolent des spas. On commence d’ailleurs à concevoir des environnements adaptés pour accueillir le jeune et son parent.

Photo : Nature Spa Pohénégamook

Un bain nordique ou un massage à l’érable ? Près des chevreuils ou des cerfs de Virginie ? D’un côté, le Pohénégamook santé plein air à flanc de montagne, et de l’autre, le Spa des Gallant, qui offre des produits bioécologiques et des soins de maternité.

Et que dire d’un bain de vapeur à la mode russe, avec massages thérapeutiques et thérapies holistiques ? Le Spa Izba de l’hôtel Le Crystal, à Montréal, s’est adjoint un kinésiologue certifié.

Un décor des mille et une nuits, deux salles de vapeur aromatisées (l’une tiède, l’autre chaude) pour éliminer les toxines etrelaxer. Au Rainspa, premier hammam à Montréal, on peut expérimenter plusieurs techniques de massage.

Et la chromothérapie ? Elle dépose sur le corps des couleurs diffusant l’énergie dont celui-ci est privé. Amérispa du Sheraton Laval convie ses clients à profiter de ses bienfaits.

ET L’ENVIRONNEMENT ?

La consigne chez les porteurs de projets : le respect des ressources naturelles. Car être vert, c’est plus que recycler ! Par exemple, la géothermie sert au chauffage, et les eaux sont récupérées. Et par leurs engagements écologiques, les entreprises peuvent devenir des moteurs économiques de leur région.

Dans le respect du développement durable, les hôtels-spas écolos tentent d’utiliser le plus possible la main-d’oeuvre et les ressources locales, ainsi que des matériaux de la région. Ils collaborent avec les producteurs des environs et, ce faisant, ils contribuent à la création de petites entreprises. Dans cet esprit, Le Baluchon a invité chaque employé à laisser une trace de son passage en plantant un arbre.

Photo : Hôtel Sacacomie/Géos spa

La Coalition Bois Québec coordonne la campagne Je touche du bois, qui encourage la construction et la rénovation en bois pour lutter contre les changements climatiques et contribuer au développement économique des régions. L’Hôtel Sacacomie s’associe à cette campagne : son nouveau Géos spa, une installation écologique et écoénergétique, se compose de près de 85 % de bois certifié FSC.

DES FORMULES GAGNANTES

L’association entre un hôtel et un spa peut prendre différentes formes. Pour un mariage réussi, le spa doit être administré de façon précise et rigoureuse, comme la gestion d’un hôtel. C’est pourquoi des directions d’hôtel préfèrent établir un partenariat avec un gestionnaire de spa.

- La concession. Le spa devient locataire dans un hôtel. Amérispa, pour n’en citer qu’un, possède expertise et réputation en matière de santé, beauté et bien-être. Cette association permet à l’entreprise québécoise d’être présente dans 10 environnements d’hôtels et de centres de villégiature.

- La franchise. Elle tend à devenir populaire. Un hôtel s’associe à un spa (installé sous un autre toit) et profite de son savoir-faire et de son expérience. Au quartier DIX30, à Brossard, l’Hôtel Alt et SkySpa ont créé une alliance pour offrir à leurs clients ce qu’ils ont de meilleur. Chacun, spécialisé dans son domaine, devient le fournisseur de l’autre.

- La propriété unique. Quelques hôtels administrent le spa, une gestion qui exige de solides compétences en hôtellerie, mais aussi en soins. L’Hôtel Sacacomie a créé le GÉOS Spa Sacacomie. Joyce Plante, la propriétaire, compte plus de 35 ans d’expérience en gestion de soins de beauté. L’Auberge du Lac Taureau est un autre exemple de ce type de gestion. Au Québec, quelques établissements administrent les deux entités.

Une foule d’autres gestes contribuent à protéger les ressources et l’environnement :
- Un système de chauffage et de climatisation qui récupère la chaleur ;
- Des produits nettoyants écologiques et biodégradables ;
- Un système d’éclairage DEL à faible consommation d’énergie ;
- Des douches à faible débit et une gestion de l’eau chaude ;
- Des produits équitables et sans parabène ;
- Du papier fait de fibres 100 % recyclées ;
- Des électroménagers de type Energy Star ;
- Des toilettes à double chasse d’eau.

D’où proviennent les serviettes, les peignoirs et les draps ? Qu’en est-il des savonnettes, des shampooings et des huiles ? Dans un hôtel-spa vert, aucune étiquette ne porte la mention Made in China !

L’Alliance Spas Relais® santé adhère à des valeurs environnementales et sociales. Elle guide ses membres à respecter les ressources : « Actions et décisions sont guidées par une même ambition : prendre soin de la santé, et de celle de la planète. »

DES MATÉRIAUX

La technologie fournit désormais des choix impensables il n’y a pas si longtemps. Bien sûr, le concept même exige des matériaux précis : un spa rustique utilise les bois, et un spa urbain se pare de béton, de verre, de métal. Mais on joue avec les textures, et la porcelaine se donne des airs de marbre. Outre le béton, l’acier inoxydable sert aussi à fabriquer des bassins, ce qui ouvre quasi à l’infini les possibilités. Ne reste qu’à choisir, selon le concept et le budget !

À cela s’ajoute la domotique, qui devient un élément de gestion indispensable pour assurer notamment la salubrité de l’eau et l’entretien des bassins.

Au sujet de la qualité de l’eau, voir UN GAGE DE QUALITÉ en complément exclusif à cet article.


Photo : Manoir des Sables/Spa Villegia

DES TENDANCES EN 2011

Susie Ellis, présidente de Spa Finder New York, partage sa vision des tendances 2011 sur le site www.spafinder.com. En voici quelques-unes à surveiller :

- Les baby-boomers. Des millions d’entre eux ont 65 ans et repoussent les effets du vieillissement. C’est à eux que l’on doit l’ère des spas et du mieux-être ! Parce qu’ils ont mal au dos, les spas « sensés » créent des programmes thérapeutiques, comme le Spa Therapy for Staying Active, au Willow Stream Spas de l’Hôtel Fairmont, à Banff.
- Les générations X et Y. Ces jeunes gens ont vu leurs parents profiter des spas et, désormais, souhaitent y emmener leurs enfants.
- Le spa.net. Internet force les entreprises à revoir leur mise en marché. Grâce aux réseaux sociaux et aux quelque 500 sites de rabais comme Groupon, les consommateurs cherchent les bonnes occasions. D’un clic sur son portable, on trouve un spa à proximité, on achète un bon de réduction et on réserve...
- Le spa express. La nécessité est la mère de l’invention. Pour satisfaire les gens pressés, le Auriga Spa du The Setai Fifth Avenue, à New York, offre un spa de 15 à 30 minutes ; par exemple, le client y reçoit un massage, un soin des pieds, une manucure et un soin du visage en même temps. Et pour économiser, l’on tend à utiliser le bambou pour remplacer les pierres de massage, plus coûteuses à faire chauffer. Au Planet Beach Contempo Spas, un automate donne massage, soin du visage et méditation !

Photo : Nature Spa Pohénégamook

Nous tenons à remercier

Amérispa, amerispa.ca ; Angélique Carrière, consultante en gestion de spa, 514 943-8538 ; Auberge du Lac Taureau, lactaureau.com ; Dennis Plante, designer et chargé de projet, Version III design, version3design.com ; Hôtel Alt, dix30.althotels.ca ; Hôtel Sacacomie/GÉOS Spa Sacacomie, sacacomie.com, geos-spa-sacacomie.com ; Jean-Pierre Lajoie, Aqua Solutions, aqua-solutions.ca ; Le Baluchon, baluchon.com ; Lucie Brosseau, PDG, Alliance des spas Relais Santé, spasrelaissante.com ; Pohénégamook santé plein air, pohenegamook.com ; Rainspa, Place d’Armes Hôtel & Suites, hotelplacedarmes.com ; Spa des Gallant, gallant.qc.ca ; Spa Eastman, spa-eastman.com ; Spa Izba, Hôtel Le Crystal, izbaspa.qc.ca.

Sur la photo en tête d’article : Manoir des Sables/Spa Villegia

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