Place du marché

Le Porc

20 octobre 2016 - Par Sophie Suraniti

Au Québec, la filière porcine a connu dès son organisation en fédération en 1966 des hauts et des bas, puis des bas et des hauts... Depuis 2010, elle renoue avec les hauts, grâce notamment à de gros investissements destinés à repositionner le produit sur les marchés intérieurs et internationaux.



EN 2015, LE PORC AU QUÉBEC, C’EST...

la première production agricole exportatrice, devant le sirop d’érable et le chocolat

8 millions de porcs d’abattage (c’est-à-dire des porcs vivants et prêts à être abattus), dont 1 million importés de l’Ontario (la capacité d’abattage québécoise étant de 8 millions)

l’exportation de 70 % de ces 8 millions de porcs, ce qui génère plus de 2,5 milliards en retombées économiques directes et indirectes pour la province

3300 éleveurs (1913 entreprises), 8 abattoirs fédéraux et 133 entreprises classées SCIAN-3116 (Système de classification des industries de l’Amérique du Nord) dont l’activité principale est la fabrication de produits carnés (plus précisément, de porc).

 [1]LE CONTEXTE INTERNATIONAL

Même si le Québec est autosuffisant sur le plan de la production de porc, il y a tout de même des importations de produits. Pourquoi ? Parce que certaines coupes [2] américaines ou européennes ne se font pas chez nous, parce qu’il existe des ententes particulières entre pays, parce que la dynamique des devises fait que le produit est plus intéressant à acheter à l’extérieur de la province, etc. Quant aux exportations québécoises, elles se sont surtout développées et diversifiées au cours des 25 dernières années — après la création en 1991 de Canada Porc International, l’agence de représentation et de promotion à l’étranger de la filière porcine canadienne. Actuellement, le Québec est le premier exportateur de porc au Canada. Ses plus gros marchés étrangers sont les suivants :

Quant à l’embargo russe décrété en août 2014 sur la plupart des produits alimentaires provenant de l’Union européenne, des États-Unis, de l’Australie, du Canada et de la Norvège (le gouvernement Poutine n’ayant guère apprécié les sanctions internationales portées à son encontre en raison de son rôle dans la crise ukrainienne), il se poursuit. Depuis, plus rien ne rentre, dont le porc québécois — le marché russe était à l’époque le deuxième marché (en volume).

DEUX GRANDS MÉCANISMES DE FIXATION DES PRIX

1. Le prix du porc vendu à la ferme : c’est le prix qu’obtient le producteur qui vend le porc vivant. Il est basé sur le prix de référence américain (lire les lignes qui précèdent).
2.Le prix à l’abattoir pour le transformateur selon : les coupes2, la saisonnalité (la demande étant généralement plus forte l’été), l’offre de porc étatsunienne, les taux de change (devises). Ce prix peut être basé sur un prix de référence américain (l’USDA signale deux prix par jour pour les coupes de porc ; plusieurs abattoirs et gros distributeurs québécois utilisent cette référence) ou par négociation selon le marché de l’offre et de la demande soumis à diverses variables.


Il peut y avoir une interrelation entre les deux grands mécanismes de fixation de prix. Toutefois, ils ne dépendent pas l’un de l’autre. Par exemple, le prix du porc à la ferme peut être à la hausse, tandis que, à l’abattoir, les prix sont à la baisse. Aussi, les prix en bout de chaîne, au niveau de la distribution, peuvent augmenter, alors qu’ils sont à la baisse en amont. On pourrait même ajouter un troisième niveau de fixation de prix, à savoir celui établi avec les distributeurs. Le système s’avère donc complexe, car beaucoup de paramètres macro et microéconomiques entrent en ligne de compte.

« Que ce soit par le biais de prix de référence ou la négociation (le jour même, à la semaine, au mois, au trimestre...), les niveaux de fixation de prix sont interreliés. Les Etats-Unis représentent le plus gros marché en termes de production et de consommation. Il y a une reprise du côté américain, après leur dernière crise sanitaire. Ils reprennent ce qu’ils avaient perdu. Il y a donc actuellement une pression sur les prix, sur la base de la devise américaine. » — Richard Davies, vice-président principal aux ventes et marketing, Olymel

QUELS SONT LES DÉFIS QUI ATTENDENT LES ÉLEVEURS ET LES TRANSFORMATEURS DE PORC ?

INVESTIR DANS LE BIEN-ÊTRE ANIMAL

Beaucoup d’investissements doivent être faits pour moderniser les porcheries, les méthodes d’élevage et d’abattage : équipements, enclos (on parle de « stabulation libre des porcs », à savoir des animaux en liberté dans les bâtiments), nourriture (moulées), soins apportés aux animaux pour éviter les maladies contagieuses comme le virus de la diarrhée épidémique porcine, modification de la mise à mort dans les abattoirs. Le Code de pratiques pour le soin et la manipulation des porcs (2014) continue de s’enrichir de nouvelles pratiques réglementaire.

Un autre dangereux virus se pointe à l’horizon dans le secteur porcin. Le 15 septembre dernier, le virus de la vallée Seneca, baptisé depuis Senecavirus A, a été détecté dans un chargement de porcs provenant du Québec et de l’Ontario.

GAGNER DE NOUVEAUX MARCHÉS

Avec les différents accords internationaux de libre-échange, la compétitivité entre les pays importateurs et exportateurs se renforce et se complexifie. Les États-Unis, après avoir traversé une grave crise sanitaire en 2014, réinvestissent dans les cheptels et accélèrent leur production.

DÉVELOPPER DE NOUVELLES VIANDES

Cela passera par la recherche et le développement en matière de génétique porcine, le développement du créneau biologique et du porc élevé sans antibiotiques, nourri sans farine d’origine animale, sans OGM ou sans ractopamine (un additif alimentaire) dans la moulée ; ou d’autres créneaux spécialisés comme le porc Nagano pour le marché japonais. La filière porcine (production, abattage, transformation et distribution de la viande porcine) évolue beaucoup. On le voit du côté des gros joueurs par la restructuration d’abattoirs, ainsi que les fermetures ou fusions d’usines de transformation.

CONCURRENCER LES AUTRES VIANDES

Sur les marchés intérieurs, la consommation de porc est en baisse et la volaille bien loin devant.

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