Parlons innovation

La créativité : levier de l’innovation

31 août 2014

« LA CRÉATIVITÉ EST CONTAGIEUSE, FAITES-LA TOURNER. »

- Albert Einstein

Par Diane Tremblay, chef, MBA et DUGGA



On confond souvent la créativité et l’innovation. Pourtant, il y a des différences et des complémentarités importantes entre ces deux concepts.

Créativité vient du latin créo qui signifie « donner naissance à ». C’est la capacité d’inventer ou d’imaginer quelque chose de nouveau, la capacité de produire de nouvelles idées en changeant et en combinant celles qui existent déjà. La créativité, c’est la capacité de faire des associations entre des expériences passées et des besoins exprimés, puis d’effectuer un rapprochement entre les deux. Si vous êtes un créateur, vous faites sans cesse des allers-retours entre l’intérieur et l’extérieur de votre boîte de savoirs et d’expertises. Vous n’avez pas peur de sortir des sentiers battus, de faire fi des règles et des conventions. Vous regardez l’environnement avec des yeux différents, vous rompez avec vos habitudes et surtout vous êtes conscient du monde autour de vous, de ses besoins et des opportunités.

Innovation vient du latin innovare, qui veut dire « introduire quelque chose de nouveau dans un domaine particulier.¹ » Comme mentionné dans mon dernier billet², l’innovation est un processus allant de la recherche jusqu’à la commercialisation. Faire preuve d’innovation, c’est réaliser de nouvelles choses en prenant des risques, c’est mettre en évidence le courage et la persévérance d’agir pour la mise en œuvre d’idées créatives.

L’innovation diffère de la créativité. S’il est possible d’être créatif seul, nous innovons en équipe. La commercialisation nécessite beaucoup de connaissances et de compétences différentes, d’où l’importance d’un très bon réseau de partenaires.

Voyons des exemples de créativité et d’innovation :

- 1. El Bulli : Ferran Adrià a pris et compris les connaissances des physico-chimistes et les technologies de pointe. Il en a imaginé des idées absolument nouvelles et différentes qui avaient un potentiel d’affaires (créativité). Par la suite, Juli Soler, un entrepreneur devenu son associé, a orchestré tout le volet management pour faire d’El Bulli une offre de restauration totalement différente (innovation).

- 2. Les restaurants avec les cuisines ouvertes. Que l’on pense à Joël Robuchon, à Marie-Chantale Lepage ou à François Blais, le concept de restaurant avec cuisines ouvertes est un autre exemple de créativité/innovation. Leur créativité était de combler un besoin, dans la restauration plus haut de gamme, l’opportunité était que la clientèle puisse voir l’équipe à l’œuvre. L’innovation est d’avoir réussi à se distinguer de la concurrence et de faire une activité commerciale avec une cuisine-spectacle. Mais au fond, cette cuisine ouverte ne nous vient-elle pas des casse-croûte où le client voyait, humait et entendait le cuisinier s’affairer à la confection de son plat ? Avec le temps, les chefs de cuisine ont pensé que cela pouvait être intéressant de montrer l’orchestration des plats. Les entrepreneurs en ont fait un type de restauration.

Libérer l’esprit créatif en entreprise

Je vous dirais que la créativité se situe en amont de l’innovation. L’entreprise doit secouer sa boîte de connaissances et de compétences sans frein, ni barrière. Au contraire, émettre des idées insolites, ridicules ou absurdes permettra de voir les choses différemment.

Le but ultime d’une entreprise est de satisfaire sa clientèle afin de gagner le plus d’argent possible. Si vous êtes prêt à sortir de votre boîte, alors vous devez faire ce genre d’exercice dans un environnement différent. Donnez-vous les moyens d’avoir l’esprit libre, le cerveau au repos, les idées vagabondes. La créativité ne se commande pas, elle arrive comme un EURÊKA ! Pour ce faire, vous devez aménager des moments dans votre travail pour réfléchir. Ces séances peuvent parfois être sans issue ; c’est normal, une graine va germer en temps et lieu. Plus nous pratiquons l’activité de réflexion, plus l’esprit trace des chemins qui mèneront à la créativité.

Une autre recommandation importante dans le processus, c’est l’implication volontaire des employés dans la créativité de l’entreprise. Chose absolument réalisable à partir du moment où la culture de l’entreprise promeut le travail d’équipe. C’est-à-dire que tous les membres de l’équipe sont reconnus comme un chaînon essentiel à l’organisation et que tous ont des expériences passées et des besoins à associer. Imaginez ! C’est fantastique : la créativité ne repose pas seulement sur une personne, mais sur l’ensemble de l’organisation. L’effet sera extrêmement bénéfique pour la fidélisation des employés et l’innovation de l’entreprise.

Oui, cette façon de faire coûte de l’argent, mais le bénéfice en sera plus important. Vous trouverez peut-être des solutions simples à un problème complexe et tous les membres de votre équipe apporteront leur grain de sel. Arrêtons d’être des acteurs uniques, des vedettes égocentriques et donnons à notre entreprise cette tâche d’être la vedette et l’actrice performante qu’elle doit être dans son domaine !

Les étapes pour une équation réussie

Par la suite, la créativité se traduira par des opportunités et de nouvelles idées qui entreront dans le processus d’innovation proposé par le Modèle Stage-Gate® de Robert R. Cooper². Bien sûr, pour décider quelle idée créatrice se rendra à la commercialisation, il doit y avoir un juge ou une équipe de juges qui tranche sur la question. Ce travail tiendra compte des ressources humaines, matérielles et financières nécessaires à son implantation. Il analysera le risque et les chances de réussite. Une fois franchie cette étape d’oser, d’évaluer, de jauger et de soupeser, l’équipe doit se transformer ou céder sa place à la mise en œuvre. C’est une étape pour un guerrier ou pour une équipe de guerriers.

Ce travail demande des habiletés différentes. Les principales aptitudes recherchées sont de communiquer efficacement, de surmonter ou d’éviter les obstacles et d’articuler un argumentaire intelligent à la commercialisation. Bref, dans cette étape on doit agir, négocier, assumer et décider.

Reste la dernière étape, qui est celle de l’évaluation. Encore une fois, il est possible que le flambeau soit passé à d’autres personnes afin de bien relever les forces et les faiblesses de l’innovation et de voir de façon objective si nous pouvons catégoriser l’innovation choisie de succès ou d’échec.

Fig 1 : Entonnoir de la commercialisation d’une innovation

© Diane Tremblay pour le magazine Hôtels, Restaurants & Institutions


- ¹ Définition prise : http://www.affairesrh.ca/gestionnaires/solutions-gestion/fiche.aspx?p=309534.

- ² Magazine Hôtels, Restaurants & Institutions, Été 2014.

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