L’homme qui voulait sauver la SCCPQ

6 décembre 2017 - Par Pierre-Alain Belpaire

La SCCPQ de la région de Québec organisait dimanche dernier sa traditionnelle remise des prix dans le cadre prestigieux et gourmand du restaurant L’Initiale du chef Yvan Lebrun. Si l’événement fut l’occasion d’honorer Stéphane Modat (Fairmont Le Château Frontenac) et Julie Vachon (Julie Vachon Chocolats), respectivement élus chef cuisinier et chef pâtissier de l’année 2017, il permit également d’introniser Sébastien Bonnefis, dorénavant directeur de la section locale de la Société des Chefs, Cuisiniers et Pâtissiers du Québec. Prenant brièvement la parole au cours du repas dominical, le nouveau responsable a notamment promis de « redynamiser » ce vénérable regroupement qui s’apprête à célébrer son 65e anniversaire.

Débarqué au Québec à 24 ans, Sébastien Bonnefis a passé plusieurs années à La Table de Serge Bruyère avant de devenir, voici exactement 20 ans, professeur au collège Mérici. Il y occupe, depuis 2004, le poste de coordonnateur du programme de gestion d’un établissement de restauration. Couronné à deux reprises chef-pâtissier de la région de Québec et vainqueur au national en 2014, celui qui mit également durant huit ans ses talents au service de Paillard confie, dans un sourire, qu’on ne pourra pas lui reprocher d’avoir accepté ce poste de directeur pour embellir son palmarès. « Je n’ai plus rien à gagner. J’ai envie maintenant de faire gagner les autres », souffle-t-il.
 
 
HRImag : Sébastien Bonnefis, pourquoi est-il indispensable, selon vous, de « redynamiser » la SCCPQ ou, du moins, sa section québécoise ?

Au fil des années, j’ai vu cette société décliner. Tenez, lors du 60e anniversaire, on était 600 à Montréal. L’an dernier, on a péniblement atteint la barre des 70 lors de notre rassemblement à Gatineau. C’est catastrophique.

À quoi attribuez-vous ce déclin ?

Le problème est simple : il ne se passe rien ou presque. Oui, il y a des élections, oui, il y a quelques événements… mais plus rien durant le reste de l’année. Sur le Web, on est absents, on est transparents. Les régions sont peut-être un peu plus vivantes que le national. Et encore… On part de très loin. On doit tout reconstruire.

Combien la SCCPQ compte-t-elle de membres à Québec ?

60, peut-être 70. Dans une région qui compte pourtant des centaines de chefs et cuisiniers…

Vous êtes désormais en charge de l’antenne de la Capitale-nationale. Pourquoi avoir accepté ce poste si tout va aussi mal ?

Voici quelques mois, les responsables de la région de Québec étaient tellement déçus qu’ils ont eu l’intention de fermer boutique. Mais on avait tous le goût de réembarquer, de tenter de redonner vie à ce mouvement. Philippe Castel m’a assuré qu’il m’épaulerait. Jean-Luc Boulay nous a promis qu’il s’impliquerait de son mieux… Et finalement, on a tous décidé de poursuivre. Mais on doit se poser les bonnes questions avant qu’il ne soit trop tard, prendre des décisions intelligentes si on veut que les choses changent.

Par où pensez-vous commencer ? Par le déficit d’image ?

Tout à fait ! Lors de l’événement de dimanche à L’Initiale, on avait invité des représentants des médias et on avait fait appel aux services de professionnels de la communication. C’était une première. Résultat : on a fait parler de nous, on a eu une superbe visibilité ! C’est ainsi, en étant présents sur le Web, sur les réseaux sociaux, qu’on ira chercher de nouveaux membres. Cela fait 20 ans que j’enseigne : je ne pense pas qu’un seul de mes anciens élèves soit membre de la SCCPQ ! Il faut parler le langage de la jeune génération. Pour leur montrer qu’on tient à ce qu’ils participent à la vie de notre organisme, on a même pris une décision inédite : l’inscription est désormais gratuite pour les étudiants.

Offrir l’inscription ou de sérieux rabais, c’est bien joli, mais il faudra sans doute également prouver aux chefs qu’ils ont un certain intérêt à intégrer votre association. Comment les convaincre de l’utilité de la SCCPQ ?

On organise quatre événements par an (un brunch, une cabane à sucre, le Gala du président et un tournoi de golf, ndlr). C’est bien, c’est sympa, c’est l’occasion de réseauter et de rencontrer de grands chefs, mais je suis persuadé que les potentiels adhérents, notamment les jeunes, veulent autre chose. J’aimerais ainsi ajouter des formations. Je connais l’emploi du temps chargé des chefs, il faudra donc que ce soit court, bien ciblé, pratique et concret. Une formation sur les allergies, le sans-gluten et le végane pourrait par exemple remporter un certain succès. On devra sans doute aussi songer à d’autres types d’activités.

Ce discours et ces projets ne concernent, actuellement, que la région de Québec ?

Pour l’heure, ce sont des actions que je vais prendre au niveau de ma région. On va agir comme dans un laboratoire et observer si les réactions sont positives. Si c’est le cas, on amènera ces idées au niveau national. On espère que ça va inspirer le reste de la province.

Pourquoi est-il si important, à vos yeux, que les chefs, cuisiniers et pâtissiers se réunissent ainsi ?

Imaginez que l’on veuille attirer l’attention d’un acteur de poids, comme le MAPAQ par exemple. Que pensez-vous que ce géant pensera d’une action menée par quelques dizaines de cuisiniers ? Si par contre on parle au nom de milliers de membres, notre discours résonnera bien plus fort et on recevra beaucoup plus d’attention.

On entend souvent, dans les événements, congrès ou discussions, des chefs insister sur l’importance de se rassembler, d’agir ensemble, de parler d’une seule voix. N’est-il pas dès lors paradoxal de constater que la SCCPQ rencontre des difficultés à recruter des membres ?

C’est le grand mystère des cuisiniers… Mais il ne faudrait pas oublier qu’on a vu, ces dernières années, la mise sur pied de plusieurs initiatives, menées bien souvent par de jeunes chefs. Je pense par exemple à la Frate dans la région de Québec. Le problème, c’est qu’au lieu d’embarquer avec nous, de profiter de nos réseaux et de nos structures, ils ont préféré monter leurs propres projets. Ils veulent former leur groupe, leur association, car ils ne voient pas ce qu’on peut leur apporter. Mais ils devraient voir les choses différemment : que peuvent-ils, eux, nous amener ? C’est en mettant nos énergies, nos expériences et nos idées en commun qu’on fera avancer notre cause.

On a l’impression, à vous entendre, qu’il y avait là comme un conflit de générations ?

On peut résumer ça comme ça. Et les torts sont partagés ! Il y avait sans doute un manque de communication, peut-être aussi certains malheureux préjugés. Mais, une fois encore, il est indispensable d’unir nos forces. On n’a rien contre les barbes et les tattoos. J’espère qu’ils n’ont rien contre les cheveux gris ou blancs…
 
 
Pour suivre la SCCPQ :
- Sur le Web : sccpq.ca
- Sur Facebook : Société des chefs, cuisiniers et pâtissiers du Québec.

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