Du Congo aux cuisines du CHUM : Le courageux périple de Jean-Claude Puati

1er décembre 2017 - Par Katherine Boisvert

« Il est dévoué. C’est une bonne recrue. Il est un exemple d’intégration. » Lorsqu’il parle de son employé, Jean-Marc Riverin, chef du service alimentaire de l’Hôpital Notre-Dame, ne tarit pas d’éloges. Et le patron a de quoi être fier : après avoir été contraint de quitter son pays d’origine, le Congolais Jean-Claude Puati a galéré quelques années en Afrique du Sud avant de s’établir à Montréal, où une nouvelle vie, pleine d’espoir, l’attendait.

Arrivé au Québec en 2015, en tant que réfugié issu de minorités sexuelles, Jean-Claude Puati a ensuite entrepris une formation professionnelle à l’École des métiers de la restauration et du tourisme de Montréal. « J’ai d’abord cherché les domaines dans lesquels il y avait de la demande, explique le cuisinier. J’ai opté pour la restauration, car j’avais déjà étudié en gestion hôtelière et j’adore cuisiner. »

Dans son pays d’origine, Jean-Claude Puati a travaillé dans le milieu de la restauration durant un an avant de perdre son emploi en raison de son orientation sexuelle. « C’était très difficile », confie-t-il. Après avoir quitté son pays, il débarque en Afrique du Sud. « À certains moments, je n’avais aucun endroit où vivre car je n’avais personne là-bas. J’ai habité durant un an dans un centre comme la Maison du Père, se souvient le cuisinier. J’ai contacté plusieurs organisations pour m’en sortir. J’ai vécu dans un quartier chaud de Cape Town, où il y avait des gangsters et beaucoup de drogues. La mort m’attendait à tous les coins de rue. »

Alors qu’il était aux études, Jean-Claude Puati a rencontré celui qui allait devenir son futur patron. « Jean-Claude était très déterminé, studieux et sérieux. À l’époque, il avait manifesté son désir de faire un stage à l’Hôpital Notre-Dame, se rappelle Jean-Marc Riverin. Dans les mois qui ont suivi, il est revenu à la charge plusieurs fois pour ne pas que je l’oublie. » Et la stratégie du Congolais a marché : il a fini par effectuer un stage de plusieurs semaines. « Il voulait travailler à Notre-Dame. Quand il est venu pour l’entrevue et qu’on est allé voir la cuisine, il semble avoir eu un véritable coup de foudre. Il s’est dit : "Je ne cherche plus !", se rappelle Jean-Marc Riverin. Il a été un exemple d’intégration dans notre équipe. Il était comme dans un poisson dans l’eau. »

En avril dernier, Jean-Claude Puati a finalement été engagé comme cuisinier, mais sur une liste de rappel, tout en cumulant les postes d’aide-cuisinier et de préposé aux services alimentaires. « Je crois que le fait d’avoir fait mon stage ici m’a aidé à obtenir mon emploi, explique humblement le principal intéressé. Ils ont vu ma personnalité et ma manière de travailler. »

Depuis le transfert de l’Hôpital Notre-Dame vers le nouveau CHUM, l’équipe de Jean-Marc a été intégrée au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Il s’agit donc d’un autre défi pour Jean-Claude Puati, dont le courageux parcours a, dernièrement, été souligné par la visite du Haut-Commissariat des Nations-Unies pour les réfugiés, Filippo Grandi. « C’était une agréable surprise, car je ne m’y attendais pas. J’essaie de garder la tête sur les épaules », relate le Congolais qui espère maintenant poursuivre sa vie au Canada, approfondir ses études en gestion et trouver quelqu’un pour partager son quotidien. « J’ai bien d’autres rêves, mais je préfère les garder pour moi ! »

(Sur la photo : Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Jean-Claude Puati, cuisinier à l’Hôpital Notre-Dame, Jean-Marc Riverin, chef du service alimentaire de l’Hôpital Notre-Dame, et Natascha Antaya, directrice des ressources humaines et affaires juridiques au CHUM. Crédit photo : CHUM)

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