Fondation Compagnom : Quand l’hôtellerie finance la bienfaisance

14 décembre 2016 - Par Pierre-Alain Belpaire

La Fondation Compagnom a pour principal objectif de favoriser une meilleure santé mentale au sein de la population. Elle gère et exploite, depuis cinq ans, deux établissements d’hôtellerie québécois : le Manoir D’Youville (appartenant à la Ville de Châteauguay) et le centre de formation et d’hébergement écologique La Huardière, à Saint-Michel-des-Saints (propriété de l’UQAM). Grâce aux revenus tirés de ces activités commerciales, Compagnom offre des séjours de repos à moindres coûts, au sein-même de ces deux établissements, aux personnes atteintes de problèmes de santé mentale. « Une fondation qui s’autosuffit », précise fièrement son président-fondateur, Serge Choinière.

Figure bien connue de l’industrie des HRI, Serge Choinière a dirigé pendant près de 30 ans Gescona, un cabinet de consultation et de gestion actif principalement dans le domaine du tourisme et de l’hôtellerie. Il a également pris part à l’organisation d’événements de taille, tel le désormais célèbre Tour de l’Île de Montréal. Récompensé du titre de « Mérite hôtelier du Québec » et salué par la Commission Canadienne du Tourisme, Serge Choinière se consacre désormais pleinement à cette Fondation, à cette « nouvelle vie ». « J’ai 68 ans. J’ai eu une belle carrière, bien remplie. Il est normal de redonner quand on a tant reçu. »

HRImag : Serge Choinière, pourquoi avez-vous opté pour ce modèle d’affaires particulier ?

C’est une question de philosophie et de coïncidences. De philosophie tout d’abord parce que les citoyens québécois sont très fortement taxés, imposés, et que les fondations sont très souvent sollicitées. On avait ici la possibilité de financer l’intégralité de nos actions à même notre travail. Nous ne sommes bien évidemment pas réfractaires aux dons et subventions mais nous avons décidé de ne pas en solliciter. Vous pouvez chercher sur notre site, vous ne trouverez aucun onglet dédié aux dons.
C’est une question de coïncidences ensuite : j’ai été consultant durant toute ma vie avant de prendre ma retraite en 2012. À cette époque, ma compagnie traitait notamment les contrats de gestion de deux établissements hôteliers, le Manoir D’Youville et La Huardière, et nos clients souhaitaient que je poursuive cette gestion. J’avais des projets philanthropiques, je souhaitais rester actif : j’ai donc transféré les deux contrats à la modeste fondation que j’avais créée en 2000 et qui a pris du même coup une tout autre dimension. Les honoraires de gestion de ces deux établissements sont versés à la fondation.

Après cinq années, quel bilan tirez-vous de ce modèle d’affaires ?

Le bilan est extrêmement positif, pour tout le monde. Ce modèle fait notre fierté. Les mandats que l’on reçoit impliquent de bien gérer ces adresses, de faire du profit et/ou de diminuer au maximum les déficits et de tout mettre en œuvre pour que les actifs tangibles demeurent en bon état. Et nous atteignons ces objectifs. Une belle réussite économique…

… et humaine ! Pourriez-vous donner un exemple concret de la manière dont Compagnom intervient auprès de personnes qui en ont besoin ?

C’est simple : prenons un organisme, une association dont les patients voudraient par exemple aller séjourner à Châteauguay et qui aurait une facture de 200 dollars par personne. Notre client, la ville de Châteauguay, percevra l’intégralité de l’argent facturé. Mais Compagnom va financer une partie du séjour du groupe, jusqu’à 60 % de ces frais. En même temps, ça permet d’accroître les revenus pour nos clients. C’est un modèle d’affaires très intéressant pour tout le monde.

Le monde des affaires et celui de l’humanitaire semblent bien souvent incompatibles...

On prouve pourtant l’inverse ! Mais que ce soit clair : nos clients, nos contrats ont la priorité. Nous avons pris l’engagement que nos activités de bienfaisance ne devront jamais contrevenir au succès hôtelier de ces établissements.

Souhaitez-vous voir grandir le nombre de contrats gérés ?

On a deux mandats pour l’instant mais on n’est pas fermés à en prendre davantage, c’est certain.

Vous vous décrivez également comme un « employeur compréhensif ». Pourriez-vous préciser ce que vous entendez par-là ?

Notre fondation est orientée vers les gens qui ont des problèmes de santé mentale. J’ai moi-même un trouble de l’humeur, ce qui fait que j’ai une certaine proximité avec cet univers. Il y a des gens qui, à cause des troubles, ont de la difficulté à trouver une job. Si c’est possible, on leur donne donc préséance, on les aide. Mais c’est arrivé dans deux cas seulement.

Comment réagissent vos anciens confrères, les membres de cette industrie hôtelière que vous connaissez si bien ?

Les réactions sont - évidemment - très bonnes. Quand j’étais membre du conseil d’administration de l’Association Hôtellerie Québec, on se disait qu’en Amérique, les professions de l’hôtellerie et de la restauration ne sont pas valorisées comme en Europe, qu’on devrait avoir davantage d’interventions valorisant ces métiers-là. Je pense humblement que ce genre d’initiatives rejaillit sur notre profession.

Quels sont les prochains objectifs de Compagnom ?

Nous mettons sur pied une campagne sur le trouble dépressif persistant (TDP), qui devrait être rendue publique au printemps 2017. C’est un trouble très répandu mais encore relativement peu connu du grand public. Si dans un an ou deux, une grande partie de la population québécoise connaît ce trouble, on aura accompli quelque chose de grand.
J’espère également que nous pourrons avoir plus de revenus pour distribuer encore davantage. On a des moyens limités, certes, mais on a une bonne équipe, on a de bons chefs, on a une bonne gestion hôtelière : je suis certain qu’on peut faire encore plus que ce qu’on fait présentement !

Pour suivre Compagnom :
- Sur le Web : compagnom.org
- Sur Facebook : Fondation Compagnom
- Sur Twitter : @CompagnomORG

(Illustration : Manoir D’Youville et Serge Choinière / Crédit photo : courtoisie Compangom)

Alors qu’approchent à grands pas les Fêtes de fin d’année, soupers caritatifs, guignolées et autres belles actions se multiplient. Une fois encore, l’univers de la restauration et le monde de l’hôtellerie démontrent leur pouvoir de mobilisation et font preuve d’une incroyable générosité. Bravo et merci à tous !

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