Eau embouteillée ou eau du robinet ?

12 août 2008 - Par Josée Rondeau

Par tradition, par convention ou pour innover, l’eau occupe la table des consommateurs depuis toujours. L’appréciation de l’eau du robinet ou de l’eau embouteillée repose essentiellement sur les perceptions. Néanmoins, l’eau en bouteille est la boisson qui a connu le taux de croissance le plus élevé dans le monde. Eau de source, minérale, distillée, enrichie ou simplement prélevée à même des réseaux d’aqueduc ou de puits artésiens, en 13 ans, la consommation mondiale de ces produits a été multipliée par 20, passant de 7,5 milliards de litres d’eau embouteillée en 1990 contre 154 milliards en 2004. Ce marché est évalué à 43 milliards de dollars. Au Canada, une étude [1] réalisée en 2006 révélait que presque 3 ménages sur 10 buvaient principalement de l’eau en bouteille, peu importe s’ils étaient raccordés à un réseau d’aqueduc municipal ou à une source d’alimentation privée.



Une source de profits

Malgré un léger fléchissement en 2007, l’augmentation des ventes d’eaux embouteillées se poursuit. Dans une entrevue qu’elle a accordée au magazine Nation’s Restaurant News, Bonnie Riggs, analyste de la firme de recherche américaine NPD, indique que leur côté pratique, le nombre important de nouveaux produits introduits, leur grande diversité et les bienfaits pour la santé qu’on leur attribue constituent les principales raisons de cette popularité grandissante. Elle ajoute que même si la croissance des ventes d’eau en bouteille a diminué, ce produit demeure important pour les consommateurs et est recherché sur les menus.

Les résultats de l’étude conduite en 2007 par ce groupe de recherche concluent que l’eau en bouteille occupe la 3e position des boissons ayant connu la plus importante croissance des ventes après le thé glacé et les cafés spécialisés. Les établissements à service rapide ont obtenu les plus fortes augmentations. Enfin, ces experts s’entendent pour dire que les ventes d’eaux embouteillées vont continuer leur progression, et ce, dans tous les types de restaurants.

Les stars montantes

On répertorie quelque 3000 marques d’eau en bouteille en provenance de partout sur la planète. Les consommateurs adorent le goût de ces eaux et, surtout, leur bouteille originale. Il existe une vingtaine d’eaux rares et recherchées, dites premium, qui se distinguent par leur origine, leur bouteille et leur goût novateurs. Par exemple, la Bling H2O offre une bouteille incrustée de véritables cristaux Swarovski, la 420 vante ses propriétés aphrodisiaques, la Ogo révèle une teneur en oxygène 35 fois supérieure à la moyenne, etc. De l’avis de spécialistes, après avoir longtemps été négligé au profit du café et du vin, le secteur de l’eau se développe enfin !

Oui, mais...

Fondée sur la croyance que l’eau en bouteille est meilleure pour la santé et plus sûre que l’eau du robinet, la popularité de ces eaux est toutefois ébranlée depuis quelque temps.

D’abord, de plus en plus d’associations de consommateurs décrient le fait que certaines compagnies vendent... l’eau du robinet ! Cette pratique, parfaitement conforme au Règlement sur les eaux embouteillées du Québec et à la Loi sur les aliments et drogues fédérale, concerne 25 % des eaux en bouteille. Les exemples les plus connus sont les marques Dasani et Aquafina, embouteillées respectivement par Coca-Cola et Pepsi, puisées à même les réseaux de distribution municipaux.

Les consommateurs sont aussi conscients que l’eau embouteillée coûte cher. Dans les grandes villes canadiennes, un litre d’eau embouteillée peut coûter de 300 à 5000 fois plus cher qu’un litre d’eau du robinet alors que la matière première, l’eau, ne coûte presque rien aux embouteilleurs. Ils ne versent que de maigres redevances aux municipalités...

Il apparaît de plus en plus évident que l’eau embouteillée n’est ni plus ni moins sécuritaire que celle coulant des robinets de la plupart des municipalités canadiennes. Les lois concernant les réseaux de distribution publics d’eau ont été considérablement resserrées depuis le drame de Walkerton en 2000. Cette tragédie de l’eau contaminée à la bactérie E. coli, qui a fait officiellement sept morts et rendu des milliers de personnes malades dans cette petite ville agricole de l’Ontario, a mis en relief la déficience des usines de traitement de l’eau potable. Aussi, dès 2001, le gouvernement du Québec a adopté le Règlement sur la qualité de l’eau potable faisant passer le nombre de normes de qualité de 44 à 77. Ce règlement prévoit également l’augmentation des fréquences d’échantillonnage et du nombre de réseaux surveillés en plus d’exiger une meilleure formation des exploitants.

Enfin, un nombre grandissant de groupes, d’associations et de personnes reconnaissent ce produit impropre au plan écologique. Après leur courte vie, la plupart des bouteilles vides se retrouvent dans un site d’enfouissement des déchets. Cela représente des tonnes de plastique qui se désagrègent pendant 1000 ans dans les sols et y rejettent des substances toxiques qui risquent de contaminer les sources d’eau souterraines. De plus, la fabrication des bouteilles de plastique, leur transport et leur recyclage nécessitent l’utilisation de ressources non renouvelables alors que leur destruction dégage des fumées polluantes.

Récupérer... enfin possible !

Les restaurants, bars, hôtels et aires publiques du Québec peuvent enfin participer à la récupération des matières recyclables. Ambitieux et prometteur, le programme mis en oeuvre en septembre 2007 par la Table pour la récupération hors foyer permet le recyclage des bouteilles et des emballages, notamment du verre et du plastique. Des entrepreneurs de collecte sont attestés pour desservir la majorité des régions du Québec. Il s’agit d’un pas important et très favorable pour l’industrie compte tenu de l’élargissement de la conscience populaire à l‘importance de poser des actions écoresponsables.

L’eau du robinet : une option valable

Il est démontré que la qualité de l’eau potable est très bonne de manière générale partout au Québec. Certaines villes se démarquent même par la qualité de l’eau qu’elles distribuent. Dans une récente évaluation de la qualité microbiologique de diverses eaux embouteillées faite par le magazine Protégez-vous, Montréal s’est d’ailleurs signalé.

Dans une entrevue accordée à TVA, Martine Ouellette, vice-présidente de l’organisme Eau Secours ! est formelle : « Les normes de qualité de l’eau au Canada sont strictes comme elles ne l’ont jamais été. L’eau qui provient des usines de filtration est traitée pour respecter des critères sanitaires et esthétiques (goût et odeur). Elle est en outre soumise à des analyses régulières afin de prévenir toute contamination microbiologique. Dans les usines de filtration de la Ville de Montréal, par exemple, des centaines d’analyses sont effectuées quotidiennement. »

Selon Mme Ouellette, lorsque l’eau potable provient de la municipalité ou d’une entreprise de services publics, le traitement additionnel que procure un filtre à eau est essentiellement d’ordre esthétique. « Les filtres à eau éliminent des particules en suspension ou des matières dissoutes et la rendent donc plus pure, mais pas meilleure. L’eau du robinet au Québec est saine. Le corps humain n’a pas besoin d’une eau pure à 100 %. » Pour les gens qui veulent tout de même avoir de l’eau pure, Eau Secours ! recommande de l’eau filtrée plutôt que de l’eau embouteillée pour éviter que des millions de bouteilles de plastique se retrouvent dans les dépotoirs.

Une approche innovatrice

Chez Pacini, on accorde beaucoup d’importance à l’eau. On sert aux clients une eau filtrée, fraîchement embouteillée dans une bouteille de verre réutilisable et gratuite. Les pratiques mises en place au cours des ans ont conduit à ce choix qui se révèle fort judicieux.

« En 2005, souhaitant nous rapprocher des pratiques européennes et offrir une eau de qualité, nous avons décidé d’offrir gratuitement à chaque client une eau en bouteille, explique Christian Champagne, vice-président exécutif chez Pacini. Lors d’une tournée dans nos restaurants, nos employés nous ont toutefois rapidement signifié leur inconfort à appliquer cette pratique qui engendrait une quantité importante de déchets. Installer des miniusines de filtration et d’embouteillage dans nos restaurants nous a permis de continuer à offrir un produit de qualité, d’éliminer un problème pour l’environnement en plus de réduire nos coûts ! » L’entreprise s’apprête d’ailleurs à ajouter l’eau gazeuse à son offre.

Dans le tout nouveau Commensal, situé à Boisbriand, l’eau est offerte en fût à même une tour à eau. Puisée dans le réseau d’approvisionnement public, elle est filtrée puis offerte en version plate ou gazeuse.

Dans le tout nouveau Commensal, situé à Boisbriand, l’eau est offerte en fût à même une tour à eau. Puisée dans le réseau d’approvisionnement public, comme chez Pacini, elle est filtrée puis offerte en version plate ou gazeuse. « L’eau est synonyme d’alimentation saine et de santé et les clients se soucient de la qualité de celle qu’ils consomment, ajoute M. Champagne. Quant aux employés, pour la plupart déjà vendus à l’idée de poser des actions respectueuses de l’environnement, ils ont facilement intégré cette pratique. Implanter cette nouvelle façon de faire a donc été facile ! » Commensal n’a toutefois pas éliminé l’eau en bouteille de ses établissements pour ceux qui préfèrent cette option. Tout le monde est content !

Sources

- www.mddep.gouv.qc.ca
- fr.wikipedia.org
- tva.canoe.com
- www.linternaute.com
- www.aquamania.net
- www.pmgeiser.ch
- www.journaldunet.com
- www.eausecours.org
- www.terra-economica.info
- www.tablehorsfoyer.ca
- www.mce-info.org

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