Connaissez-vous bien les Québécois francophones ?

10 avril 2011 - Par Christian Latour

En 1978, le publicitaire québécois Jacques Bouchard (1930-2006) publiait :Les 36 cordes sensibles des Québécois, une analyse de l’identité sociale des Québécois francophones basée sur leurs habitudes de consommation. Depuis sa parution, cet ouvrage a servi de guide et a donné le ton à toute l’industrie publicitaire québécoise 1. Cet ouvrage important contient des informations qui nous aident à comprendre les comportements des consommateurs québécois, mais également les comportements des employés québécois, des fournisseurs québécois, des partenaires financiers québécois, etc. L’ouvrage de Jacques Bouchard contient, à mon avis, des connaissances fondamentales pour toute personne qui exploite un restaurant au Québec ou qui envisage de le faire.

Ce qu’il faut absolument savoir concernant les Québécois francophones
Nous sommes « uniques », aucun autre peuple au monde ne possède le même bagage génétique. Nous sommes la conséquence de notre environnement singulier et de nos 400 ans d’histoire. Selon Jacques Bouchard, il résulte de cet assemblage particulier une structure identitaire spécifique qui nous caractérise et qui influence aussi bien nos décisions d’achat que l’ensemble de nos comportements (les émissions que nous regardons à la télévision, nos lectures, nos voyages, les hôtels, et les restaurants que nous fréquentons, etc.).

Notre structure identitaire est composée de 6 racines et de 36 cordes sensibles, et c’est à partir de cette structure que nous pouvons commencer à dresser le portrait type des Québécois francophones.

Les 36 cordes sensibles et les 6 racines des Québécois

RACINE TERRIENNE très profonde
- 1. Le bon sens
- 2. L’amour de la nature
- 3. La simplicité
- 4. La fidélité au patrimoine
- 5. La finasserie
- 6. L’habileté manuelle

RACINE MINORITAIRE
- 7. Le mercantilisme
- 8. L’envie
- 9. La tolérance
- 10. Le matriarcat
- 11. Le potinage
- 12. La surconsommation

RACINE NORD-AMÉRICAINE
- 13. La recherche du confort
- 14. Le goût bizarre
- 15. La solidarité continentale
- 16. La bosse des technologies
- 17. Le sens de la publicité
- 18. L’entrepreneuriat

RACINE CATHOLIQUE
- 19. Le scepticisme
- 20. L’esprit moutonnier
- 21. Le fatalisme
- 22. Le conservatisme
- 23. L’hédonisme
- 24. La joie de vivre

RACINE LATINE
- 25. L’amour des enfants
- 26. Le besoin de paraître
- 27. Le talent artistique
- 28. La sentimentalité
- 29. L’instinctivité
- 30. Le chauvinisme

RACINE FRANÇAISE
- 31. Le cartésianisme
- 32. L’individualisme
- 33. La sensualité
- 34. La vantardise
- 35. La tergiversation
- 36. Les « nationalismes »

Source : Bouchard, Jacques. Les nouvelles cordes sensibles des Québécois, Montréal, Les Éditions des Intouchables, 2006, 261 p.

Que nous soyons restaurateurs, clients, employés, fournisseurs, etc., notre structure identitaire spécifique nous influence. Elle détermine nos us et coutumes. Elle se concrétise expressément dans l’ensemble de nos choix et de nos comportements sociaux.

Pour en savoir encore un peu plus sur les Québécois francophones, vous êtes invité à explorer, dans les lignes qui suivent, les six cordes sensibles issues de leur racine terrienne et l’utilité que nous pouvons en tirer dans le domaine de la restauration.

NOTRE RACINE TERRIENNE

Nous sommes tous, à quelques générations près, des filles et fils de la terre, des « habitants ». Grâce à cette racine, nous avons une affinité particulière avec la cuisine du terroir. Pour nous, cette cuisine est pleine de bon sens puisqu’elle prend les produits dans nos champs, dans nos bois, dans nos jardins et même dans nos eaux, et elle les amène jusque dans notre assiette.

De notre racine terrienne nous avons hérité de six cordes sensibles :

Corde sensible numéro 1 – nous priorisons le gros bon sens

Balzac définit le bon sens comme « la solide intelligence des gens simples ». Par exemple, les fraises au Québec, ça se mange l’été, pas l’hiver. Ce qui vient de la terre est bon pour la santé. Le vin, ça vient de la terre, donc c’est bon pour la santé. Un restaurant où nous pouvons apporter notre vin, quelle bonne idée !

C’est à cause de cette corde sensible que le consommateur québécois se dit : « Si je paye une bouteille de vin à la SAQ 15 $, pourquoi devrais-je payer 45 $ pour la même bouteille au restaurant ? Pourquoi devrais-je payer en plus 6,75 $ de pourboire au serveur qui va prendre environ 5 minutes pour me l’apporter et l’ouvrir ? Et en plus, pourquoi devrais-je payer un autre 6,25 $ au gouvernement pour la taxe, simplement parce que je consomme ce vin au restaurant plutôt qu’à la maison ? »

Corde sensible numéro 2 – nous aimons la nature et les animaux

L’appel de la campagne, des grands espaces et du terroir, ça fait partie de nos gènes. « Ils aiment la chasse, la navigation et les voyages », constatait l’intendant Hocquart au début de la colonie.

C’est en raison de cette corde sensible qu’on voit arriver sur le marché des restaurants avec des noms comme : Restaurant Ô Chalet, Le Club Chasse et Pêche, Restaurant Panache, Restaurant Le Filet ; également des livres de recettes avec des titres tels que : Comme au Chalet de Laurent Godbout. Notre amour de la nature se manifeste également dans les décors et objets de décoration que nous privilégions.

Corde sensible numéro 3 – nous sommes des gens simples qui recherchent la simplicité

Au Québec, on dit : « Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple ? »

Malgré le tapage médiatique que l’on a fait autour de la cuisine moléculaire, il n’en demeure pas moins qu’actuellement, la grande majorité des consommateurs réclame une bouffe réconfortante, simple, saine, vraie, reconnaissable et accessible. Le pâté chinois est devenu, depuis 2007, notre plat national, et nous en sommes fiers, parce que nous aimons ce plat simple qui nous rappelle notre enfance.

Pour les consommateurs, vouloir la simplicité c’est aussi, malgré ce que pensent plusieurs cuisiniers et restaurateurs, la recherche de la simplicité dans l’appellation des plats. À cause de cette corde sensible, les phrases interminables pour décrire les plats sont à éviter.

Ce que les consommateurs désirent dans leur assiette, c’est de l’abondance, de la générosité et de la couleur. Ils veulent sortir de leur quotidien, sans qu’il y ait complication ou danger.

De très bons exemples de restaurants faisant appel à cette corde sensible ont ouvert leurs portes depuis un an : Bar F, Brasserie T ! et Cabine M.

Corde sensible numéro 4 – nous aimons notre passé…et notre patrimoine

Depuis quelques années, les Québécois voyagent de plus en plus dans leur province. La ville de Québec, avec ses 400 ans d’histoire, est devenue pour nous l’espace touristique par excellence. Notre devise, je me souviens, explique pas mal de choses.

C’est en raison de cette corde sensible qu’on voit des restaurants avec des noms comme Aux Anciens Canadiens. Le retour de nos classiques d’antan et de la cuisine réconfortante (comfort food) sur les cartes fait aussi écho à ce trait de caractère des Québécois.

Corde sensible numéro 5 – nous sommes de fins finauds

Nous sommes les champions canadiens de l’absentéisme avec rémunération. Payer en argent pour épargner sur les taxes, dépasser les limites de vitesse sans nous faire prendre, passer sur les feux jaunes (orange), ralentir aux stops sans arrêter, manger la bouffe du patron sans la payer, etc., voilà autant de pratiques normales pour un grand nombre de Québécois. Bizarrement, dans la tête des Québécois, « déjouer » le méchant système ou les riches patrons, ce n’est pas faire preuve de malhonnêteté. Finasser avec le ministère du Revenu est une pratique normale pour un Québécois, selon M Bouchard 2. Le ministère du Revenu prétend même que les restaurateurs sont parmi ceux « qui font le plus "d’oublis" dans leurs rapports d’impôt… »

C’est à cause de cette corde sensible que, régulièrement, des restaurateurs doivent offrir des compensations à des clients, pour se faire pardonner d’avoir apparemment perdu des réservations qui, en réalité, n’ont jamais été faites par les clients. Les fins finauds le savent très bien… les clients ont toujours raison.

Corde sensible numéro 6 – nous sommes habiles manuellement

Le système « D » nous vient naturellement de notre nature terrienne. Nous sommes des bricoleurs naturels. Selon Jacques Bouchard, « c’est dans nos gènes : nous savons quoi faire de nos dix doigts, comme si nos mains étaient des outils ». Nous sommes, grâce à notre héritage terrien, de super « patenteux ».

C’est en raison de cette corde sensible que nous passons notre vie à rénover, à décorer et à (re)décorer nos appartements ou nos maisons. En conséquence, c’est également cette corde sensible qui nous amène à visiter des restaurants parfois plus pour leurs décors que pour ce qu’on y mange. Les restaurants, ce sont comme des vitrines dans lesquelles on peut entrer pour voir de près des aménagements et des décors originaux. On peut leur emprunter plein de bonnes idées, avec simplement l’intention de s’en servir un jour ou l’autre, lors d’une prochaine rénovation.


- 1 En 2006, l’auteur nous a livré une mise à jour de son oeuvre, c’est-à-dire une nouvelle lecture et interprétation de nos habitudes et comportements.
- 2 Selon Jacques Bouchard, le succès de la série télévisée Les Bougons témoigne de notre admiration pour les experts de la finasserie !

Nous vous invitons à poursuivre cette découverte des 36 cordes sensibles en vous rendant sur le blogue de notre site Internet.

Dans cette édition

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Harold Côté
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