Comment gérer les demandes de gratuité des blogueurs ?

1er mars 2014 - Par Hélène Demers

Les blogueurs, ces nouveaux venus dans la restauration et l’hôtellerie, ne sont ni journalistes ni critiques, et leur rôle semble flou. Alors devant les demandes de gratuité de certains, restaurateurs et hôteliers restent perplexes… Que faire ?

Avis du spécialiste en marketing Web et médias sociaux

Frédéric Gonzalo est notamment conférencier, vulgarisateur marketing et spécialiste en cybertourisme… mais aussi blogueur ! Selon lui, les établissements devraient implanter une politique concernant les demandes de gratuité et l’afficher sur leur site Internet, ne serait-ce qu’une note comme : Nous n’offrons pas de gratuité, à moins d’avis contraire. « Ils valident ensuite les demandes selon leur politique. Les demandes du genre "je voudrais essayer votre restaurant en fin de semaine avec quatre de mes chums" sont bien sûr à écarter. Mais quand la demande est légitime et bien formulée, il vaut la peine de s’y attarder. Si le blogueur est très actif avec 8 000 abonnés Twitter, c’est avantageux d’accepter sa demande. Mais on peut limiter l’offre de gratuité, par exemple : on vous offre 75 % de réduction et 50 % à la personne qui vous accompagne. E n outre, si un établissement est sollicité, c’est signe qu’il a la cote. Alors, pourquoi ne pas saisir la balle au bond et encadrer cet engouement par une stratégie de contenu numérique ? Pourquoi ne pas organiser, un soir de semaine peu achalandé, une soirée spéciale avec des invitations aux blogueurs que vous aurez soigneusement sélectionnés ? Selon moi, ces demandes sont marginales et on doit être vigilants et faire certaines vérifications. Toutefois, cela peut aussi être intéressant, surtout si l’établissement a de la disponibilité. »

Avis de deux blogueuses

La blogueuse Lynne Faubert est catégorique. « Ceux qui demandent des gratuités sont de mauvais blogueurs ; ce sont les pique-assiette de la communauté des blogueurs et c’est très mal vu. Les restaurateurs devraient refuser toute demande d’un blogueur sans même aller vérifier sa réputation. Un refus n’entraînera pas de conséquences puisque, forcément, ces blogueurs ne comptent pas de nombreux abonnés (followers) ni un lectorat qui justifie que le restaurant s’inquiète. E n général, ces blogueurs ne durent pas très longtemps. »

De son côté, la blogueuse Katerine-Lune Rollet est plus nuancée. « C’est toujours délicat. Comme blogueuse, je ne demande jamais de gratuité, mais certains blogueurs qui commencent le font. À mon avis, c’est une minorité. C’est alors à la discrétion du restaurateur, mais celui-ci doit faire ses devoirs : visiter le blogue, vérifier sa réputation, sa visibilité, son volume d’activité…

Sur le plan éthique, le blogueur doit être transparent et mentionner dans son article que son repas lui a été offert. C’est ce que je fais quand j’accepte une invitation. Les hôteliers et restaurateurs doivent aussi comprendre la réalité des blogueurs. Contrairement aux journalistes et critiques gastronomiques, ils ne vivent pas de leur plume. Écrire un blogue, c’est du bénévolat et beaucoup de temps ! Ça relève de la passion de partager notre enthousiasme devant une découverte culinaire, un chef, un restaurant… E t si l’expérience nous déçoit, nous avons une entente tacite : nous n’en parlons tout simplement pas. »

L’association Blogues Bouffe de Montréal et du Québec (www.bbqc.ca) regroupe de nombreux blogueurs en restauration. De plus, l’Association canadienne de la presse gastronomique et hôtelière (pressegastronomique.ca) a assoupli ses règles pour que les blogueurs puissent devenir membres. Toutefois, les membres doivent s’engager à respecter les principes journalistiques d’intégrité et donc ne pas demander de gratuité, précise le président, Gildas Meneu.

L’expérience des restaurateurs et hôteliers

- À l’Auberge Saint-Antoine et au Panache, Ingrid Lemm, directrice des ventes et du marketing, a vu ces demandes augmenter depuis deux ans. « Je les analyse avec vigilance, car il y a de très bons blogueurs dans le lot. Je vérifie leur nombre d’abonnés, mais aussi leur demande ; certaines sont vraiment trop poussées… je ne finance pas les vacances familiales ! Selon le degré d’importance que je leur attribue, je peux offrir la totale, un tarif préférentiel, un repas en ma présence suivi d’une visite de l’hôtel, ou encore un tarif amical. Je tiens compte aussi de l’achalandage de notre établissement. »

- François Blais, chef propriétaire du Bistro B, reçoit de telles demandes à l’occasion. « Je ne peux pas les blâmer d’aimer la bouffe, de diffuser la bonne nouvelle si c’est bon… Mais ces demandes m’apparaissent biaisées : quand le blogueur est ainsi reçu, il profite d’un service plus attentionné que la moyenne des gens. Est-il alors en mesure d’émettre une critique négative ? J’ai déjà reçu une demande d’un blogueur de 20 ans. Moi, ça fait 25 ans que je fais de la bouffe. Qui est-il pour vraiment juger l’expérience restauration au complet en une ou deux visites ? Ces demandes sont un couteau à deux tranchants. Moi, je n’y réponds pas. Parce que même avec une réponse, on risque de se mettre dans l’embarras. Et ce sera quoi la limite ? »

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