Carl Villeneuve Lepage : « Le vin ? Un loisir, une passion et une profession ! »

8 septembre 2017 - Par Pierre-Alain Belpaire

 
Quelques heures à peine après avoir été sacré Meilleur Sommelier du Canada, Carl Villeneuve Lepage réintégrait déjà les équipes du Toqué !. Infatigable curieux, véritable passionné, le jeune homme pourra tenter de poursuivre sa récolte de médailles lors du concours du Meilleur Sommelier des Amériques organisé en mai prochain à Montréal. Avant de peut-être briller en Belgique lors des championnats mondiaux de 2019.
 
 
HRImag : Carl Villeneuve Lepage, dans quel état d’esprit avez-vous abordé ce championnat canadien ?

Très honnêtement, je n’étais pas très serein. Je savais qu’il y avait d’excellents compétiteurs face à moi, et notamment Pier-Alexis Soulière. Je devais particulièrement me méfier de lui : il était le seul à avoir devancé ma compagne, Mylène, lors de la dernière édition du Meilleur sommelier du Québec. Je me suis donc concentré sur ma performance, sur les détails qui font la différence dans ces compétitions.

Quels sont justement les détails qui vous ont permis de remporter le titre ?

J’ai marqué pas mal de points lors du service du champagne. Je me suis rendu compte que je devançais les questions des juges, ça m’a sans doute aidé. Dans l’épreuve du magnum à décanter en deux carafes, j’ai osé proposé plus qu’un accord. Enfin, dans la dégustation, même si je ne pense pas avoir été génial, je suis resté très méthodique, très organisé. Mais dans l’ensemble, le secret, c’est de parvenir à gérer son stress.

Quelle fut votre réaction en apprenant votre victoire ?

Enfin ! (rires) J’avais fait troisième voici deux ans derrière Steve Robinson (troisième cette année, ndlr). Je ressentais plus de pression qu’en 2015. Quand j’avais fini sur le podium à l’époque, c’était une surprise. Cette fois-ci, on m’attendait au tournant.

Et si vous n’aviez pas fini premier…

(Il marque un temps d’arrêt) Je n’ai pas la moindre idée de ce qui se serait passé. J’y allais pour gagner et je suis ravi du résultat. Je peux maintenant me préparer tranquillement pour le concours des Amériques.

Comment peut-on encore s’améliorer lorsqu’on est déjà Meilleur Sommelier au pays ?

Il y a toujours place à l’amélioration. Je dois par exemple travailler davantage l’aspect théorique. Je connais mes lacunes, mes faiblesses. Les trois derniers mois ont été assez intenses, je vais me reposer un peu et puis je me remettrai au travail.

Comment expliquez-vous les excellents résultats obtenus par les candidats québécois lors des concours de sommellerie ?

Le fait que l’on soit davantage bilingues que les autres candidats canadiens nous aide, incontestablement. Au Québec, l’offre en vins est très large, très internationale : cela nous avantage aussi.

Si les sommeliers québécois brillent, qu’en est-il des consommateurs québécois ?Notez-vous une amélioration des connaissances ? Un amour grandissant pour le vin ?

Les consommateurs sont de mieux en mieux informés. Ils se renseignent, ils lisent, ils comparent. Dans les médias, on trouve de plus en plus de gens qui parlent du vin. Le système de pastilles à la SAQ aide également. Bref, il y a un intérêt croissant, une belle curiosité.

Comment un jeune trentenaire, fraîchement élu Meilleur Sommelier canadien, envisage-t-il la suite de sa carrière ?

Ouf ! Toute une question ça… On s’en reparle dans deux ou trois ans, d’accord ? Pour l’heure, je n’ai nullement l’intention de quitter le Toqué ! auquel je travaille depuis plus de trois ans. Je suis déjà dans le meilleur établissement au Québec, l’un des meilleurs au Canada. Si je le quitte un jour, c’est que j’abandonne le milieu de la restauration. L’enseignement pourrait peut-être m’intéresser mais pour l’heure, ma situation me convient parfaitement.

Comment ont réagi vos collègues du Toqué ! ?

J’ai reçu tout un accueil. Ils m’ont vu pratiquer, ils m’ont vu étudier, ils savent les efforts mis dans ce concours.

Qu’est-ce qui vous plait tant dans le vin ? Qu’est-ce qui vous motive à fournir tous ces efforts ?

Ce que j’apprécie dans cet univers, c’est qu’on n’en a jamais fait le tour. On apprend tous les jours. À chaque lecture, à chaque dégustation. Et puis les thématiques qu’on peut aborder sont immenses : le côté scientifique, chimique, l’aspect géologique, la géographie, le socio-politique… Moi, je me suis par exemple intéressé sur le tard à l’histoire du vin.

Diriez-vous qu’aujourd’hui, le vin est un loisir, une passion ou une profession ?

Les trois à la fois, sans la moindre hésitation !
 
 
(Crédit photo : Scott Little / tirée du site Web ACSP)

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