Les confidences d’une relève affamée

3 avril 2017 - Par Pierre-Alain Belpaire

Le 23 mars dernier, l’Espace Saint-Grégoire de Québec accueillait le 13e Gala des Grands prix de la relève en restauration, tourisme et hôtellerie. Si le jeune David Giroux s’est vu remettre le Grand Prix de l’Excellence en plus de la palme dans la catégorie restauration / DEP cuisine, plusieurs autres candidats ont été honorés et récompensés par l’AQFORTH, l’Association Québécoise de la Formation en Restauration, Tourisme et Hôtellerie.

HRImag vous propose de faire connaissance avec la crème de la relève de l’industrie des HRI.

Anaïs Marchand-Favreau - ITHQ

DEP Service de la restauration et sommellerie

« Je suis choyée. C’est un superbe coup de pouce pour la suite de ma carrière. » Anaïs Marchand-Favreau, 22 ans, s’envolera l’été prochain pour l’Europe afin d’effectuer un stage (non-rémunéré) dans un prestigieux établissement alsacien. « Ce prix me retire donc une certaine pression. Il va aussi m’aider pour d’autres futurs projets, peut-être une visite dans des vignobles mexicains. »

La finissante de l’ITHQ découvre voici plusieurs années l’industrie de la restauration. Séduite par le service à la clientèle et l’aspect humain, elle fourbit ses armes et s’essaie à différents postes. « Mais la sommellerie m’a longtemps semblé inaccessible, trop technique, difficile à comprendre. J’ai pourtant décidé de tenter l’expérience. Et ce fut le coup de foudre. »

En se lançant dans la sommellerie, la demoiselle espère apprendre, voyager et, surtout, s’amuser. « Pour l’heure, je considère ça comme un jeu, pas comme un travail. Je sais que les horaires sont contraignants mais les 12 heures en ligne ne me font pas peur. On verra si je tiendrai toujours le même discours après avoir enduré ça pendant 10 ans… »

La sommellerie est indéniablement un métier d’avenir. Un nombre croissant de consommateurs québécois s’intéressent aux vins, bières et spiritueux. Mais la partie est pourtant loin d’être gagnée, souligne Anaïs Marchand-Favreau. « Le vin a un côté intimidant, mystérieux, qui peut freiner les nouveaux venus. Ce sera à nous de mieux expliquer, de vulgariser davantage, analyse la lauréate. Notre viticulture s’améliore également. Elle propose aujourd’hui de superbes produits qui ne demandent qu’à être dégustés et mis en valeur. »

Justine Nadeau – ITHQ

DEC Techniques de gestion hôtelière

Lorsqu’elle a choisi d’intégrer les rangs de l’ITHQ, Justine Nadeau a longuement hésité avant de choisir le département dans lequel elle s’inscrirait. « La filière Tourisme me tentait, confie la jeune femme, mais j’ai finalement opté pour l’Hôtellerie. J’aime l’idée d’accueillir des gens issus des quatre coins du globe, de les aider à réaliser leur voyage de rêve, de rencontrer des passionnés… »

À 21 ans, la jeune lauréate sait qu’elle a fait le bon choix. Après avoir fini son DEC, elle effectue actuellement un bac, toujours en gestion hôtelière. « Le DEC était très technique, le bac me permet d’aller plus loin et d’aborder notamment des questions stratégiques. »

Séduite par le concept des hôtels-boutiques, Justine Nadeau aimerait, plus tard, être responsable du marketing ou du volet événementiel au sein d’un établissement « de taille humaine ». « Les gens de ma génération vont aborder les choses de manière différente, analyse celle qui avoue une certaine curiosité pour les nouvelles technologies et le développement durable. Les services proposés dans les hôtels québécois seront toujours plus personnalisés. La mise en avant de valeurs et la création d’une véritable communauté seront également de plus en plus importantes. Enfin, le fait qu’on ne vende plus un hôtel mais une destination dans son ensemble viendra également changer bien des choses. »

Geneviève Lamarche – Collège LaSalle

AEC Gestion d’un établissement de restauration

« Décrire ma fierté lorsque j’ai entendu mon nom ? Impossible. Il n’y a pas de mots pour ça ! » À 40 ans, Geneviève Lamarche sait qu’elle n’a pas le même profil ni le même parcours que ses jeunes collègues récompensés lors du Gala. « Mais dans ma tête, j’ai le même âge qu’eux. Et une motivation et une volonté peut-être plus grandes encore. »

Si la lauréate a toujours aimé cuisiner, l’opportunité d’en faire un métier ne s’était jamais vraiment présentée. Mais en s’intéressant aux menus proposés aux enfants dans les restaurants, en garderie ou dans les institutions, la jeune femme se rend compte que la place laissée à la créativité, à la diversité et à l’originalité était minime. « Et je suis persuadée qu’il faut changer cela. Ça m’a poussée à franchir le pas et m’inscrire en restauration. »

Alors qu’il lui reste encore une année d’études à achever, Geneviève Lamarche planche déjà sur de sérieux et concrets projets. Elle envisage ainsi l’ouverture d’un restaurant dans lequel les menus seraient adaptés à un jeune public. « Le plan d’affaires a été approuvé, confie-t-elle fièrement. Tout sera basé sur les superhéros, les jeux, les Lego, … Je veux amener les enfants à s’intéresser aux fruits et légumes grâce à des plats colorés et originaux. » Un FabLab (un laboratoire numérique), basé sur l’approche S.T.I.A.M. (Sciences, Technologies, Ingénierie, Arts, Mathématiques), devrait quant à lui permettre aux enfants de s’intéresser à la chimie, à l’art, à la géométrie… grâce à la nourriture.

« Je suis une femme passionnée, une travailleuse enthousiaste, une entrepreneure innovante, souligne-t-elle. Je suis certaine que ces qualités me seront bien utiles dans cette industrie. Quand j’ai décidé de me lancer, plusieurs personnes ont tenté de me raisonner, de me freiner. Mais il était trop tard. C’était osé, oui, mais ma décision était prise. Et je ne le regrette nullement. »

Catherine Huysmans-Gervais – CFP Jacques-Rousseau

DEP Pâtisserie

« J’étais un peu nerveuse. Je n’ai pas l’habitude de parler devant un public, j’avais peur de m’enfarger dans mes phrases. Mais dès que j’ai entendu mon nom, je me suis retrouvée sur un petit nuage. Je flottais littéralement. »

Si le prix remis par l’AQFORTH a à ce point ravi Catherine Huysmans-Gervais, c’est qu’il est venu saluer un choix courageux et que d’aucuns auraient pu juger insensé. Après s’être essayée au design intérieur, la jeune maman décidait voici un an et demi de « réaligner » sa carrière et de « se faire plaisir ». « Ce qui m’attire dans la pâtisserie, c’est la place accordée à la créativité, à l’imagination. Les bases sont toujours plus ou moins les mêmes, mais les possibilités sont infinies. Le défi technique et l’aspect scientifique de la pâtisserie m’allumaient aussi. »

Alors qu’il lui reste moins de deux mois de formation, Catherine Huysmans-Gervais pense, bien évidemment, à l’avenir. Et se prend à rêver de pièces montées colorées, de gâteaux festifs, d’œuvres d’art sucrées. « Je m’inspire davantage de peintures et de sculptures que de gâteaux et desserts déjà réalisés par d’autres. J’aime les challenges », précise celle qui avoue adorer travailler le chocolat, « un produit capricieux mais exceptionnel ».

Si elle affirme vouloir prendre son temps et espère qu’un grand chef la prendra sous son aile, la pâtissière aimerait un jour travailler à son compte. « Je sais ce dont je suis capable, assène-t-elle. En pâtisserie, tu vois rapidement les progrès réalisés. Ça aide à te situer. Quand je regarde le chemin parcouru, ce que j’ai appris, ça me donne envie d’être encore meilleure, ça me pousse à travailler encore plus fort. Jusqu’où vais-je me rendre ? Le plus loin possible... »

Gabriela Posada – Collège LaSalle

DEC Gestion d’un établissement de restauration

« Je sais que ça ne se dit pas mais je suis vraiment fière de moi. » Le sourire de Gabriela Posada ne ment pas. « J’ai travaillé dur pour gagner ce prix. Je suis heureuse. J’espère que cette belle récompense m’ouvrira certaines portes et me permettra de faire de belles rencontres professionnelles. »

D’origine colombienne, la jeune femme est arrivée au Canada voici une quinzaine de mois. Diplômée d’une école de cuisine en Argentine, elle décide alors de compléter sa formation au collège LaSalle. « En choisissant d’étudier la gestion d’un établissement, je voulais voir la gastronomie sous un autre angle, explorer les différents aspects du service, connaître le processus complet », explique la demoiselle de 24 ans.

Si elle ne sait pas encore si elle souhaite ouvrir son propre restaurant ou intégrer un établissement déjà bien installé, Gabriela Posada ne peut imaginer évoluer en dehors de cet univers culinaire dans lequel elle baigne depuis toute petite. « La culture gastronomique est dans mes veines. Plusieurs de mes proches travaillaient en cuisine, on m’a parlé de restauration dès mon jeune âge, glisse-t-elle. Les restaurateurs actuels ont une grande mission : redonner le goût de la nourriture, la curiosité des produits, l’envie de partager un repas avec d’autres. »

Frédrick-Anthony Ghali – ESG UQAM

BAC Gestion hôtelière et restauration

Il est capable de converser en cinq langues. Il a choisi d’étudier la gestion hôtelière et restauration alors qu’il avait déjà en poche un bac en sciences politiques et un certificat en économie. Et plutôt que de rester à Montréal ou sur les berges du fleuve St-Laurent, il préfèrerait s’en aller développer l’offre en hébergement touristique du côté de la Baie-James.

« Je suis un gars de défis, résume Frédrick-Anthony Ghali. J’ai envie de me démarquer et de me dépasser. Mais je ne fonce pas dans l’inconnu. Si on prend le projet de la Baie-James par exemple, je connais le contexte et je m’intéresse à cette région. Et je sais qu’au niveau touristique, il reste énormément à faire. »

Cet insatiable curieux s’est tourné vers l’industrie des HRI, séduit par les nombreuses et variées perspectives. « Je déteste la monotonie. Et dans l’univers hôtelier et la restauration, les clients, les problèmes et les solutions, les approches, les réalités changent chaque jour, sourit l’étudiant de 25 ans. Je vais être servi ! »

Malgré son impressionnant CV, Frédrick-Anthony Ghali ne sait pas encore exactement de quoi sera fait son avenir professionnel. « Je déciderai après la maîtrise si je me lance en consultation. Je pourrais aussi intégrer une Association Touristique Régionale. Je suis également intéressé par le marketing et les ressources humaines. Au point de me lancer dans d’autres études ? On verra… »

(Crédit photo : Joanie Breault, photographe)

Pour suivre l’AQFORTH :
- Sur le Web : aqforth.qc.ca
- Sur Facebook : AQFORTH
- Sur LinkedIn : Association québécoise de la formation en restauration, tourisme et hôtellerie

Magazine
X